Tu ne peux pas comprendre (8/?)

Tu ne peux pas comprendre (8/?)
Désolée pour le retard! ^-^;;;;;;
Je ne pensais pas que le temps passerait si vite. >.>
Voici une partie de ce que j'avais prévu de poster. Il manque encore une petite partie (avec les G's que je vous promets depuis longtemps, lol), alors je posterai vite un prochain petit chapitre qui sera exceptionnellement dédicacé à Stern dont c'est l'anni aujourd'hui (joyeux anni! ^o^).
Bonne lecture! (et merci de ne pas m'avoir *trop* menacée pour mettre la suite ç_ç XD)

***

Les anneaux du rideau crissèrent sur la tringle. Dehors, les flocons de neige scintillaient comme des diamants aveuglants sous les rayons du soleil hivernal.

- Debout là-dedans ! chanta une joyeuse voix de femme.

S'éveillant en sursaut au vacarme, Bill ouvrit et écarquilla les yeux.

Il les referma bien vite cependant en comprenant que Simone venait d'ouvrir les rideaux de la chambre. Se tournant sur le côté en gémissant plaintivement, le brun plissa ses paupières, espérant barrer la luminosité intempestive qui tentaient de les traverser.

Il voulait se rendormir, il voulait retourner dans cet étrange rêve et voir qui était dissimulé sous ce fichu rideau. À côté de lui, Tom grogna, semblant également vouloir se replonger dans ses propres songes, quels qu'ils fussent.

- 'man ! geignit Bill en plongeant son visage dans le coussin, frustré de son intrusion indélicate.
- Il est presque dix heures, les informa-t-elle jovialement en ignorant royalement les grognements de ses fistons paresseux. Je n'allais pas partir faire les courses sans vous réveiller quand même.

Bill marmonna un 'on s'en serait facilement passé pourtant' en se recroquevillant avec embarras sous les draps en constatant subitement que son rêve avait quelque peu émoustillé son entrejambe.

À cette constatation gênante, ses genoux vinrent cogner nerveusement contre les cuisses de son frère qui lui tournait le dos dans l'espace restreint où ils se trouvaient, et le blond grogna plus fort d'être ainsi dérangé dans son sommeil.

Se roulant en boule, Tom remonta les couvertures sur sa tête pour se barricader douillettement. Son frère, sa mère et le soleil n'étaient que des empêcheurs de dormir en rond !

S'arrêtant au milieu de la pièce pour observer ses ronchonneurs de fils, Simone marqua une pause, perplexe de les voir tous deux dans la même chambre. Elle pencha la tête sur le côté avec étonnement.

- Vous n'avez pas descendu le matelas pour Andréas ?
- On a oublié, je lui ai laissé mon lit, marmotta Bill de sa voix groggy de sommeil, soulagé de voir que la présence de sa mère et la mention d'Andréas calmaient radicalement son excitation.

Simone étouffa un rire.

- D'accord, je ne vais pas aller le réveiller alors, je vous laisse le faire. Mais n'en profitez pas pour traîner pas au lit ! On mange à midi trente et je tiens à ce que vous trois preniez un petit-déjeuner avant, compris ?
- Entendu, répondit Bill sur un ton un peu exaspéré.

En plus d'être une maman poule, couveuse et gaveuse, sa mère était également une véritable montre suisse pour qui le rituel des repas était sacré et surtout à horaires fixes. Personne n'échappait à sa dictature... d'ailleurs, pourquoi Andréas avait droit à quelques minutes de sommeil supplémentaires alors que Tom et lui devaient subir son réveil tonitruant, d'abord ?

Bill fit la moue face à ce traitement de faveur, et projetant secrètement de se venger en versant un seau d'eau froide sur la tête du jeune homme en guise de réveille-matin dès que sa rabat-joie de mère serait sortie, il remonta les draps au-dessus de sa tête en grognant. Simone gloussa.

- Bien.

Contournant le lit, elle se rapprocha et se penchant, elle tira sur les draps pour déposer une grosse bise sur le front de son plus jeune fils. Bill geignit plaintivement pour forme en l'entendant s'extasier d'une voix aiguë sur son 'gros bébé' mais leva néanmoins la tête pour à son tour embrasser tendrement sa maman sur la joue en guise de 'bonjour'. Elle était rabat-joie, mais c'était quand même la meilleure des mamans de la Terre entière.

Simone se redressa ensuite, un sourire pensif sur les lèvres en les regardant. Ses fils étaient quasiment collés l'un à l'autre, Bill recroquevillé contre le dos de son frère.

- Vous êtes vraiment trop grands pour dormir dans le même lit, soupira-t-elle, surtout dans un lit une place. Je ne sais pas comment vous vous débrouillez pour ne pas finir par terre le matin.
- 'man, geignit encore Bill en contestation en levant les yeux au ciel.

Ils en avaient parlé des centaines et des centaines de fois, et même si elle était convaincue que ses fils perdraient tôt ou tard cette habitude enfantine de dormir ensemble, elle savait qu'elle ne pouvait contraindre ses fils têtus d'arrêter. Souriant un peu plus, Simone se retourna, revenant vers la porte.

- Ok, ok, je ne dis rien, se défendit-elle d'un ton léger et guilleret en levant les mains. Embrasse ton frère pour moi, à tout à l'heure !

Elle partit comme elle était venue, refermant la porte derrière elle et laissant la lumière les torturer. Comme Jörg travaillait également le samedi matin, cela signifiait qu'ils seraient seuls dans la grande maison jusqu'à midi. Bill humpffa et rabattit entièrement les draps sur son frère et lui. Il plongea son nez dans le cou de Tom en respirant profondément un moment, puis repensant à sa fin de rêve gâchée, il soupira.

Il n'avait pas eu le temps de voir qui était le mystérieux blond.

Car il lui avait semblé voir des mèches blondes. Enfin, c'était plus une conviction qu'autre chose... En y réfléchissant bien, il n'avait vu qu'un sommet de crane qui lui avait paru blond dans la pénombre floue de son rêve.

Alors que la porte d'entrée claquait au loin, Bill ferma les yeux pour essayer de se rappeler de plus de détails. La scène était encore vivace dans son esprit mais s'effilochait rapidement à chaque seconde qui passait. Néanmoins, la persistance rétinienne des images érotiques dont il se rappelait suffirent amplement à raviver son érection. Rougissant, il gesticula nerveusement contre son frère pour éloigner son bassin, lui donnant par inadvertance un petit coup dans les mollets.

Tourné de l'autre côté, Tom le railla :

- Elle a raison, tu prends toute la place dans le lit.

Bill rabaissa légèrement les draps et ses yeux se rouvrirent pour loucher sur son jumeau. Avec une petite moue indignée, ce dernier humpffa un 'n'importe quoi' agacé contre son cou et lui pinça la taille. Tom se tortilla en gloussant, effleurant son entrejambe, et conscient qu'il bandait toujours, Bill se figea quand les fesses de son frère se frottèrent involontairement sur son boxer tendu.

Tom ne sembla pas le remarquer cependant, et quand il agrippa les mains de Bill pour les immobiliser sur son ventre, le brun paniqua.

Rosissant, ce dernier se redressa brusquement pour mettre de la distance entre eux. Il se leva ensuite du lit en un bond, n'osant jeter un coup d'½il en arrière vers son frère, puis fila vers la porte comme une flèche. Il n'était pas rare que l'un et l'autre se réveillent avec des érections matinales. Cependant, pour une raison obscure, Bill se sentait gêné ce matin-là....

Entre le baiser chaud et sensuel qu'ils avaient échangé la veille et cet étrange rêve...

- Je vais prendre ma douche, annonça-t-il en ouvrant la porte.

Alors qu'il refermait la porte derrière lui, il ne remarqua pas que Tom avait tourné la tête pour le regarder partir avec étonnement, fixant pendant de longues secondes la porte refermée avant de laisser retomber lourdement sa tête sur l'oreiller en soupirant.

***

Bill entra dans la cabine de douche en bâillant et en frissonnant.

Essayant d'oublier son réveil embarrassant, il ouvrit promptement les robinets, cherchant à régler la température de l'eau, et quand elle fut assez brûlante à son goût, il avança jusqu'à se placer sous son jet.

Il ferma les yeux, et au bout de quelques secondes, passa ses mains sur son visage ruisselant et ses cheveux imbibés d'eau. Ses paupières toujours closes, il grogna alors que l'érotisme de son rêve surgissait à nouveau sournoisement dans son esprit, et il se pencha en avant jusqu'à appuyer son front sur la paroi de la cabine tandis que sa main venait capturer sans détour son érection, commençant à pomper son membre excité à un rythme effréné.

Bill gémit de frustration. Si seulement il avait pu voir le visage de celui qui l'avait si doucement torturé. Imaginant la bouche de l'inconnu donner du plaisir à son mystérieux double derrière le rideau de son songe, le brun se mordit les lèvres.

Il rouvrit néanmoins ses yeux en un éclair quand la porte de la salle de bains couina, indiquant que quelqu'un d'autre était subrepticement entré dans la pièce. Bill se glaça sur place. Il avait oublié de la fermer.

Son c½ur tambourinant sous le stress, Bill lâcha son membre immédiatement et se redressa, jetant un coup d'½il angoissé derrière lui vers le rideau violet de la douche. Il arrêta l'eau, et retenant son souffle, attendit quelques secondes à l'affût du moindre bruit.

Est-ce que c'était Andréas ? En temps normal, cela aurait pu être son frère, mais...

Le brun fronça les sourcils. Il ne l'avait pas remarqué jusqu'à présent, mais en fait, cela faisait plusieurs jours que Tom n'était pas venu prendre sa douche avec lui comme ils le faisaient parfois.

Tendant l'oreille, Bill entendit de très légers froissements, tels des vêtements qu'on enlevait discrètement, et le brun se crispa craintivement, son excitation retombant aussi vite qu'elle était revenue.

Andréas comptait peut-être lui faire une surprise, néanmoins, Bill angoissait rien qu'à l'idée que celui-ci le voie en tenue d'Adam, et pire, qu'il essaie d'entrer dans la cabine de douche.

Il passa une main sur sa bouche, chassant les gouttelettes d'eau qui ruisselaient encore sur son visage.

- Andi ?... Andi, est-ce que c'est toi ? hésita-t-il.

Le rideau s'ouvrit brusquement et poussant un petit cri aigu, Bill virevolta vers le mur. Ses yeux s'écarquillèrent sous la panique tandis qu'il se couvrait en vain de ses frêles bras, tournant de manière prude et apeurée son dos dénudé à l'intrus.

- Andi, sors d'ici ! couina-t-il d'une voix autoritaire.

Il jeta un coup d'½il par-dessus son épaule en entendant un gloussement familier, et il se détendit immédiatement. Soupirant de soulagement, Bill leva les yeux au ciel. Il attrapa un savon dans un coin et se tournant à moitié, le balança dans la direction de son jumeau.

- T'es con. Tu aurais pu me dire que c'était toi.
- Tu as vraiment cru que c'était Andi ? s'esclaffa son jumeau sans la moindre compassion tout en esquivant le savon.

Celui-ci s'écrasa au sol, et le blond se baissa pour le ramasser. Bill suivit ses mouvements fluides du regard, ses yeux glissant sur le torse glabre de son frère d'un ½il inquisiteur. Ne semblant pas remarquer son regard attentif, Tom entra dans la cabine, nu comme un ver.

Détournant la tête, Bill rouvrit les robinets, l'eau s'écoulant à nouveau bruyamment. Sa voix résonna dans l'espace confiné :

- Je ne pensais pas que tu viendrais, c'est tout.

En y repensant, cela devait bien faire une semaine depuis que Tom n'avait pas pris de douche avec lui. Depuis qu'il sortait avec Andréas, pour être exact.

D'habitude, ils la prenaient ensemble une, deux, voire trois fois dans la semaine. Le prétexte officiel était toujours qu'ils étaient en retard et allaient manquer leur bus s'ils ne passaient pas moins de temps à la salle de bains. Ils pouvaient ainsi prendre leur douche ensemble sans que leurs parents trouvent cela bizarre.

La raison officieuse...

Bill jeta un coup d'½il discret par-dessus son épaule tandis que Tom avançait prudemment sous le jet, ses mains et bras tendus retenant ses dreadlocks en arrière alors que l'eau baignait son visage, glissant un peu trop sensuellement sur son corps.

Les pupilles de Bill s'attardèrent un moment sur les yeux fermés de son frère et sa bouche entrouverte avant de descendre lentement jusqu'à se fixer un instant sur la partie la plus intime de son anatomie, puis le brun détourna le regard pour détailler les gouttelettes qui s'écrasaient sur le mur que le jet de la douche éclaboussait. Il commença à se savonner.

Comme lui, Tom bandait légèrement.

D'habitude, Bill n'aurait pas hésité à le toucher, mais avec le baiser de la veille et cet étrange rêve... Néanmoins, il ne bougea pas lorsque les doigts de son frère glissèrent timidement sur ses côtes pour tâter le terrain, glissant sur sa peau savonneuse. Il ne se déroba pas non plus lorsque Tom se colla à lui quelques secondes plus tard, se relaxant même et fermant ses paupières en devinant ses intentions.

Le membre de Tom était à présent complètement dur contre sa hanche, mais contrairement à la veille, Bill n'angoissa pas de se sentir lui-même durcir. En ce lieu, depuis la toute première fois où cela était arrivé par accident, ni l'un ni l'autre n'y avait jamais rien trouvé à redire. C'était même devenu naturellement une habitude parfaitement normale, du moins, elle l'était pour eux.

Se demandant si tous les jumeaux le faisaient, Bill se laissa aller contre son jumeau et soupira lorsque celui-ci posa une main tâtonnante sur sa taille tandis que l'autre dégageait doucement ses longs cheveux noirs mouillés.

Les lèvres de Tom embrassèrent bientôt son cou, et quand ses dents vinrent mordiller sa peau, Bill frissonna légèrement, attentif aux sensations alors qu'il sentait son c½ur s'accélérer. Il agrippa la main de son frère, cherchant à la faire glisser sur son ventre jusqu'à son membre qui s'était redressé à ces petites attentions excitantes, mais Tom résista et la retira, étouffant un rire contre sa mâchoire avant de le suçoter de plus belle.

Bill grogna de frustration à sa résistance et tourna légèrement sa tête, sa mâchoire venant rebondir doucement sur le nez de son frère. Il observa la courbe féminine des longs cils de ses yeux clos.

- Tomi, si tu me fais un suçon, tu es mort, le prévint-il avec un léger sourire.

Peu impressionné par sa menace récurrente, Tom eut un petit rire. Si Bill portait autant de colliers, même au lycée, c'était bien souvent pour une raison qui n'avait rien à voir avec une préoccupation esthétique ou un acte de rébellion.

Déterminé à le titiller jusqu'à ce qu'il craquât, Tom aspira un peu plus fort sa peau et sentant son c½ur s'emballer et tambouriner comme si sa vie en dépendait, Bill tenta de remonter son épaule pour le chasser.

- Tomi..., essaya-t-il de le gronder, échouant alors que la langue chatouilleuse de son jumeau le faisait glousser malgré lui.

Espérant le dissuader, le blond prit enfin son membre en main, et sa ruse réussit. Le brun eut le souffle coupé avant de laisser échapper un petit couinement de plaisir, l'autorisant silencieusement à le toucher et le marquer à sa guise tandis qu'il s'appuyait un peu plus contre lui, sa tête légèrement penchée en arrière.

Se mordant l'intérieur de ses joues en feu, Bill se retint de gémir.

Bien qu'il eût tout de même un peu honte de se laisser ainsi toucher par son jumeau alors qu'Andréas dormait non loin de là – après tout, le blond platine était encore son copain, du moins théoriquement – il n'en éprouvait aucune culpabilité. Pourtant, que dirait Andréas s'il les voyait comme ça ? Si pour eux, ce n'était que des gestes de tendresse, une habitude plus innocente qu'il n'y paraissait, Bill était conscient que les autres n'y verraient sûrement qu'une débauche tordue et malsaine, y compris leur meilleur ami.

- Tu as fermé la porte ? s'inquiéta soudainement Bill en tournant la tête vers Tom.

Son regard rencontra celui de son jumeau, tout aussi embrumés de désir que les siens. Tom acquiesça sans rien dire, leurs lèvres se frôlant. Bill frémit à la proximité de leurs visages. La situation était quelque peu troublante en repensant au baiser qu'ils avaient partagé la veille. Néanmoins, se rassura-t-il, s'il était si excité ce matin, cela n'avait rien à voir avec le baiser que Tom et lui avaient échangé, mais bien à cause de son étrange rêve. Ils ne faisaient que se soulager, comme à leur habitude. Rien de plus.

Comme pour essayer de se convaincre, le brun se retourna complètement dans les bras de son frère pour être face à lui, et un sourire coquin se dessinant sur ses lèvres, il fit glisser sa main sur le ventre du blond, le caressant de petits cercles avant de venir capturer son membre tendu et d'entamer de vigoureux va-et-vient. Son autre main aux douces griffes vint agripper la fine taille de son jumeau pour l'attirer à lui, ses yeux chocolat se rivant sur ceux de Tom tel un félin sur sa proie.

Le blond soutint son regard pendant quelques secondes, puis il s'approcha, sa main recommençant à le caresser. Leurs gestes se copiaient tels des miroirs, et ils se retrouvèrent bientôt joue contre joue, enlacés et pantelants, puis leurs yeux se fermèrent. Ses doigts effleurant lentement de leurs bouts toute la longueur du membre gonflé qui leur était offert, Bill lécha la mâchoire du blond. Tom frémit et ils reculèrent encore jusqu'à ce que dos au mur, le blond écrasant presque son frère sur le frais carrelage.

Sa bouche s'ouvrant sous la surprise, Bill se raidit à ce contact froid subit. Il agrippa l'épaule du blond mais se détendit vite sous le jet de l'eau brûlante qui tombait en cascades sur eux, continuant à caresser son grand frère à un rythme soutenu tandis que son visage plongé dans son cou, Tom se remettait à suçoter avidement à l'endroit de sa première morsure, martyrisant un peu plus la peau rougie.

Sa tête dodelinant contre le mur pour lui donner un meilleur accès à son cou pâle, Bill haleta au contact électrisant de leurs peaux nues collées l'une contre l'autre, son c½ur s'emballant aux caresses et baisers que son frère lui infligeait. Il se rendait compte que cela lui avait manqué, et tant pis s'il se retrouvait avec un énorme suçon. Il pourrait toujours mettre un collier ou une écharpe, et Andi n'y verrait que du feu.

Ce n'était pas comme si c'était une marque indélébile, même si parfois, il avait la sensation que les douces morsures de son frère ne s'effaçaient jamais réellement, comme si elles restaient ancrées dans sa peau.

À cette pensée, les souvenirs de son rêve s'invitèrent à nouveau à son esprit, et Bill resongea au tattoo. Il rouvrit à moitié les yeux et sa main arrêta ses caresses, Tom protestant vivement contre son cou d'un couinement plaintif à cette interruption.

- Dis Tomi, qu'est-ce que tu dirais si je me faisais faire un tatouage ? murmura Bill à son oreille d'une voix basse engorgée de plaisir alors que son frère malaxait expertement ses bourses.
- Quoi ? s'étonna ce dernier en relevant la tête au bout de quelques secondes.

Bill avait souvent parlé de s'en faire un, mais il ne s'était jamais lancé à l'eau, comme s'il n'en avait pas réellement éprouvé le besoin. Cela faisait même un bout de temps qu'il n'en avait plus reparlé. Perplexe, Tom ralentit ses mouvements, et Bill s'expliqua :

- J'ai encore fait un rêve cette nuit. Tu sais, le même que celui où j'étais un chanteur dans un groupe de rock, et j'avais une étoile, juste là.

Lâchant complètement le pénis de son frère, le brun traça de ses doigts savonneux les contours du tatouage invisible sur sa peau, juste à l'endroit où il l'avait vue, et Tom se figea, arrêtant pour de bon ses caresses. Sa main posée sur sa taille glissa sur la peau mouillée de son frère pour venir caresser la zone où il avait dessinée l'étoile.

- Tu l'as vue en rêve ?
- Oui... pourquoi ? hésita Bill en cherchant ses yeux.

Tom ne répondit pas tout de suite, ses yeux soudainement fuyants et troublés, et il lâcha à son tour le membre de son jumeau.

- Rien. C'est... juste bizarre, non ?

Bill haussa un sourcil interrogateur.

- Ce n'était qu'un rêve. Pourquoi ça serait bizarre ? s'enquit-il en penchant la tête sur le côté.

Tout était possible dans les rêves, et imaginer avoir un tatouage était bien innocent. Tom sembla lire dans ses pensées et secoua la tête, néanmoins, ce fut avec un air troublé qu'il se rangea à son avis.

- Je n'ai pas dit que ça l'était. De toute façon, comme tu l'as dit, ce n'était qu'un rêve complètement banal, non ?

Fixant les yeux chocolat de son frère qui l'observaient étrangement, Bill se mordit les lèvres. Son rêve avait été tout sauf banal, et comme s'il pouvait lire dans les pensées de son frère, il était certain que celui-ci le savait, même si Bill ne comprenait pas comment il pouvait le savoir.

À la réaction nerveuse de Tom, il avait en effet intuitivement eu l'absurde sensation que son jumeau avait d'une manière ou d'une autre deviné en quoi consistait son rêve – bien que cela fût totalement impossible –, et que peut-être lui-même l'avait vu. À moins que...

Ce phénomène restait mystérieux, même pour eux, mais il était déjà arrivé par le passé à de rares occasions qu'ils fassent très exactement le même rêve.

Bill eut un léger vertige, ne sachant quoi penser de cette éventualité improbable, et ses lèvres s'entrouvrirent, laissant échapper un rire embarrassé. Il bégaya.

- Oui, enfin, je ne sais pas. C'était peut-être un peu bizarre.
- Peu importe, le coupa-t-il, l'air ennuyé. Ce n'était qu'un rêve.

Sans lui laisser le temps de rajouter quoi que ce soit, le blond baissa les yeux et reprit avec autorité son membre entre ses doigts pour le caresser encore plus vigoureusement qu'avant, et le brun poussa un petit cri de surprise et de plaisir mélangés. Une de ses mains s'agrippa par réflexe aux racines des dreadlocks blondes tandis que l'autre captura à nouveau l'érection de Tom pour terminer son travail.

Les jointures de leurs doigts s'entrechoquaient au gré de leurs va-et-vient respectifs et Bill tourna son visage jusqu'à ce que sa bouche entrouverte et haletante effleure la tempe de son frère. Bill gémit alors que le pouce de Tom titillait délicieusement son gland :

- Tomi...

Les lèvres du blond se détachèrent de son cou alors que tous deux accéléraient leurs caresses, et leurs corps se tendirent lorsqu'ils jouirent ensemble en silence, étouffant leur cri contre l'oreille de l'autre avant de relâcher leur souffle en tremblant de plaisir alors qu'ils redescendaient doucement de leur petit nuage.

Les ongles courts de Tom desserrèrent leur emprise sur la hanche de Bill, et rouvrant ses paupières qu'il ne se souvenait pas avoir refermées, son regard se fixa sur le sommet du crâne qu'il dépassait de quelques centimètres de sa grande taille, et Bill se figea en observant ses doigts agrippés à la chevelure blonde, comprenant soudainement.

Comment ne s'en était-il pas rendu compte avant ? Ce n'était pas des mèches lisses qu'il avait vues dans son rêve, mais les racines naissantes et cendrées de...

Ses yeux s'écarquillèrent en réalisant ce que son rêve lui avait dissimulé.

L'homme dont il avait rêvé, celui dont il avait semblé si amoureux, qu'il avait embrassé et qui l'avait...

Osant à peine croire ce que son esprit tordu lui avait sournoisement suggéré pendant son sommeil, Bill rougit. Non, il devait forcément se tromper. Ce ne pouvait tout simplement pas être ça. Il ne pouvait pas être devenu pervers au point d'imaginer ça. Ses jambes flageolantes, il trembla lorsque Tom releva légèrement la tête de manière à effleurer de ses lèvres les méandres de son oreille à la pointe écarlate.

- Dommage que ça n'ait été qu'un rêve, lui murmura-t-il à travers le bruit de l'eau qui les éclaboussait toujours bruyamment.
- Quoi ? s'étrangla Bill.

Tom recula un peu, haussant plutôt nerveusement les épaules même si sa voix fut calme.

- Ce que je veux dire, c'est que ça t'irait sûrement bien un tatouage, enfin je pense... Ça serait sexy.

Lentement, le blond baissa la tête et laissa son index frôler l'endroit sur lequel Bill avait tracé l'étoile quelques minutes auparavant. Suivant attentivement ses gestes, Bill frissonna, les muscles de son ventre chatouilleux se contractant visiblement sous son toucher.

Sexy ?

Le brun leva les yeux et ils se fixèrent un instant, Tom semblant étudier sa réaction, puis sans rien dire, le blond eut un léger sourire en coin, étrangement coquin et timide à la fois, et après avoir fermé les robinets – le vacarme de l'eau cessant subitement – il se tourna pour sortir de la cabine.

Restant figé sur place, Bill le regarda faire, ne sachant quoi penser de l'attitude sensuellement provocatrice de son jumeau. Intérieurement, il était bien plus pétrifié qu'il ne le laissait paraître. Devenait-il fou au point de croire que son frère avait pu voir ce tatouage dans ses songes, au point de croire – voire d'espérer – qu'il ait pu faire le même rêve érotique que lui ? Bill ne comprenait même pas quelle pourrait être la signification d'un tel rêve...

Après tout, les rêves n'avaient aucun sens, n'est-ce pas ?

Alors que Tom avançait déjà d'un pas prudent sur le sol carrelé qu'il inondait de gouttes d'eau, Bill cria :

- Tom, attends !

Son frère se retourna, et se penchant sur la paroi de la douche, Bill se pencha un peu trop précipitamment. Restant bouche bée, il se tut, surpris de constater que leurs visages se trouvaient à seulement quelques centimètres l'un de l'autre, et Tom haussa un sourcil amusé.

- Quoi ?
- Oh, rosit Bill en détournant le regard, comme soudainement gêné par une telle proximité. Je voulais juste te dire que... Il y avait encore ce guitariste blond dans mon rêve, et je pense enfin savoir qui c'était.

À ces mots, Tom parut troublé pendant un instant, puis il étouffa un rire nerveux.

- Vraiment ? Qui c'était alors, Andi ?

Son expression neutre, Bill secoua la tête.

- Non.
- Tu en es sûr ?

Sortant à son tour de la douche, Bill acquiesça sans rien dire, n'osant se décider à poursuivre. Restant pensivement silencieux, il passa une main dans ses cheveux trempés pour les ramener en arrière et prit une serviette pour se sécher sommairement puis l'enroula autour de sa taille. Tom le suivit du regard.

- Et... tu ne vas pas me dire qui c'est ? demanda-t-il lentement en remarquant son hésitation.
- Une autre fois peut-être, répondit enfin Bill au bout de quelques secondes, son regard fuyant. De toute façon, c'est vrai, ce n'est pas important. Ce n'était qu'un rêve après tout, hein ?

Le blond le fixa sans rien dire, et Bill finit par lever ses yeux vers lui. Le fixant, toujours dégoulinant d'eau qui suintait de ses cheveux, Tom demanda doucement :

- C'est pour ça que tu m'as retenu ? C'est tout ce que tu avais de si important à me dire ?

Il avait l'air presque déçu, et Bill sourit légèrement, secouant la tête.

Prenant une autre serviette, il se rapprocha lentement de lui, et avec la même lenteur, passa ses bras autour de la taille de Tom jusqu'à entourer les fines hanches du doux tissu en éponge, la nouant approximativement sur le côté. Ses mains s'y attardèrent pour malaxer les os saillants à travers la serviette, s'amusant à les frotter tendrement, et ils se fixèrent de manière joueuse et indécise quand collant enfin son corps encore mouillé au sien, Bill se pencha peu à peu vers son frère, réduisant comme peau de chagrin la distance entre leurs lèvres.

Tom ne bougea pas d'un cil, et leurs yeux se fermèrent lorsque leurs bouches moites s'épousèrent enfin.

Sans se rendre compte qu'ils avaient tous deux retenu leur souffle, Bill attendit quelques secondes avant de happer nerveusement les lèvres ourlées, glissant délicieusement sur l'anneau argenté au coin de la bouche de son frère.

Il n'était pas sûr à quoi s'attendre, et quand Tom posa subitement la main sur son bras, l'enserrant délicatement mais fermement, Bill sursauta imperceptiblement, ses lèvres s'entrouvrant. Le blond en profita pour lécher l'interstice offert, et étouffant un couinement rassuré et content, le brun sentit son c½ur s'emballer. Il n'était visiblement pas le seul à qui leur câlin de la nuit passée avait laissée une envie de pousser l'expérimentation un peu plus loin.

Sa main remonta sur le dos de Tom, le caressant jusqu'à trouver le chemin de sa nuque, et ils approfondirent rapidement et avidement le baiser, se goûtant goulûment. Et quand ils s'arrêtèrent, ce fut avec un regard drogué et un léger sourire qu'ils rouvrirent les yeux, leurs pupilles se rencontrant malicieusement.

- Je vois, déjà en manque de mes baisers, mh ? le taquina Tom, l'air fier.

Bill étouffa un rire moqueur et haussa nonchalamment les épaules. Cela était décidément facile pour eux de s'embrasser, si naturel, peut-être un peu trop même, et le brun ne savait pas très bien où cela pourrait les mener. Donnant un baiser eskimo paresseux à son grand-frère, il répondit innocemment d'une voix douce et fluette :

- Non, mais maman m'a dit de t'embrasser pour elle tout à l'heure...

Tom gloussa à cette piètre excuse, lui donnant à son tour un baiser eskimo aussi tendre que leurs regards qui se fondaient dans celui de l'autre, quand la poignée de la porte s'abaissa brusquement.

Ils se séparèrent en un bond, tournant des yeux remplis d'effroi vers la porte, avant de souffler légèrement de soulagement. Elle était heureusement fermée à clef. Alors que leurs c½urs tambourinaient toujours d'affolement, une voix atténuée leur parvint.

- Il y a quelqu'un là-dedans ? C'est toi Bill ?

Les deux frères se regardèrent, indécis, puis semblant tomber d'accord, Tom se dirigea vers la porte. Pendant qu'il l'ouvrait, Bill agrippa une autre serviette pour la mettre autour de son cou, cachant nerveusement la peau vampirisée. Après s'être lancé un dernier regard nerveux, Bill déglutit quand Tom appuya sur la poignée.

- Oh, c'est toi Tom, le salua gaiment Andréas avant de noter avec surprise une autre présence, ... Bill ?
- Je sortais de la douche, tu peux y aller, rougit immédiatement ledit Bill en se dirigeant vers la porte.

S'il avait pu, il se serait immédiatement enfui, mais son frère et Andréas bloquaient littéralement le passage. Fixant le sol, Tom toussota.

- Moi aussi, je vais m'habiller. La salle de bains est à toi, dit-il à son ami en se grattant la nuque.
- Okay, acquiesça Andréas, un peu perdu. J'allais justement vous dire que je ne reste pas pour le petit-déj', les gars m'ont téléphoné. Ils veulent me voir à la salle de répét' avant midi, il faut que je me speede. On se retrouve là-bas en début d'aprem ?

Andréas les dévisagea, et frottant un peu plus sa serviette contre son cou, Tom répondit pour son jumeau et lui en hochant la tête :

- Ok. À tout à l'heure.

Le blond platine le regarda s'éclipser, sentant la tension encore palpable dans la pièce et se tourna vers Bill qui se tortillait nerveusement sur place en rougissant, gêné par sa quasi-nudité et peut-être plus encore, et il l'observa de haut en bas. À une pensée saugrenue, il étouffa un rire sans joie, incrédule.

- Ne me dis pas que vous preniez votre douche ensemble ? demanda-t-il.

Bill leva les yeux au ciel, pourtant, sa voix ne sembla pas si assurée que ça lorsqu'il secoua la tête.

- Ne dis pas de bêtises, Tom se séchait les cheveux pendant que je prenais ma douche, expliqua-t-il.

Sans attendre sa réponse, le brun passa en force, sortant de la pièce tête baissée, sans le regarder ni le frôler, ni encore moins l'embrasser. Sentant son c½ur se serrer, Andréas le regarda fuir d'yeux écarquillés.

Alors que Bill disparaissait à petit trot dans sa chambre à quelques pas de là sans jeter le moindre coup d'½il en arrière vers son petit ami, ce furent ses dents qui se serrèrent à leur tour.

Il n'avait pas entendu le moindre bruit de sèche-cheveux en arrivant, et quand Tom était ressorti de la salle de bains, ses dreadlocks étaient trempées jusqu'au cuir chevelu.

Bill n'avait pas hésité à lui mentir délibérément.

Encore quelque chose qu'il ne pouvait pas comprendre, sûrement ?

N'osant pas imaginer ce que ce quelque chose pouvait impliquer, Andréas referma rageusement la porte derrière lui.

***

À suivre...

Donnez une note à ce chapitre : * ** *** **** *****

Petite précision : au fait, peut-être que quelqu'un s'en souvient, mais c'est pour ça que Tom mordillait Bill dans le cou au chapitre deux, c'était une allusion à leurs "activités" sous la douche, lol. Idem pour les autres petites allusions (histoire que tout le monde suive bien! XD)
Bisous!

# Posté le mercredi 01 avril 2009 15:21

Modifié le jeudi 23 avril 2009 06:14

Tu ne peux pas comprendre (9/?)

Tu ne peux pas comprendre (9/?)
Les G's de ce chapitre sont dédicacés à Stern pour son anni, j'espère que ma winwin ne m'en voudra pas! ;)
Bisous! <3

***

Un peu plus tard, en début d'après-midi...

Alors qu'ils descendaient les marches en bois qui menaient au sous-sol confiné de la maison de Jan servant de local pour les répètes du groupe d'Andréas, Bill poussa de manière joueuse l'épaule de Tom. Tous les deux gloussaient comme des collégiennes et les musiciens levèrent la tête à leur entrée sans néanmoins s'arrêter de jouer.

S'approchant du groupe, Bill et Tom firent de petits signes de la main pour saluer tout le monde.

Les calmes et réservés Hans et Erik jouaient tous deux de la guitare. L'exubérant Jan était au chant, Andréas à la basse et à la batterie se trouvait un garçon blond et courtaud que les jumeaux ne connaissaient pas. Assis en compagnie de Daniel – l'actuel batteur – sur un des deux vieux canapés qui entouraient la mini-scène, un autre jeune homme inconnu aux cheveux mi-longs qui tendaient vers le roux était là lui aussi.

De concert, les deux frères enlevèrent leurs lourds manteaux d'hiver et allèrent leur serrer la main avant de se laisser tomber paresseusement sur l'autre canapé, attendant que le groupe termine son morceau pour pouvoir parler. Au milieu du brouhaha de notes grinçantes que Gustav essayait tant bien que mal de cadrer d'un rythme millimétré digne d'un coucou suisse, ils se mirent ainsi à se parler, chuchotant à l'oreille de l'autre entre rires et sourires.

Ses yeux délaissant un instant Gustav et les autres membres, Georg se mit à fixer les deux nouveaux venus avec intérêt.

Celui aux longs cheveux bruns lissés – visiblement teints – arborait un maquillage noir des plus félins qui rehaussait ses yeux en amande, et sur son pull sombre au col roulé, arborait plusieurs colliers en argent qu'ils trituraient du bout de ses doigts aux ongles parfaitement manucurés. L'autre avait des dreadlocks ridiculement longues, tout comme l'étaient ses vêtements dix fois trop grands pour lui.

Ce wannabe gangsta paraissait pourtant bien inoffensif, et malgré son look de rappeur homophobe, il était pratiquement collé à l'autre garçon, ses mains jointes reposant presque sur la cuisse du jeune homme tandis que ses lèvres frôlaient son oreille pour lui parler doucement.

Georg se pencha vers son voisin.

- Qui est-ce ?

Daniel suivit son regard puis il se pencha à son tour, haussant légèrement la voix pour se faire entendre à cause de la musique.

- Le brun c'est Bill, et celui avec les dreadlocks, Tom. Ce sont nos deux plus grands fans, dit-il avec un sourire fier.

Georg lui offrit un sourire légèrement crispé. Sûrement leurs deux seuls fans aussi.

Gustav et lui allaient au même conservatoire depuis des années, et cela faisait longtemps qu'ils cherchaient un groupe où jouer. Ils en avaient essayé quelques uns à droite et à gauche, mais n'étaient jamais restés longtemps quelque part. Le niveau de ces groupes avait toujours été médiocre et surtout, aucun n'avait le moindre charisme. Celui-ci ne faisait pas exception.

Georg retourna son attention vers les deux autres spectateurs. Même eux avaient plus d'attrait que les membres du groupe.

À ce moment-là, le garçon qui s'appelait supposément Tom se pencha encore vers l'autre qui se nommait Bill, mais cette fois-ci, ce fut pour faire semblant de mordre sa mâchoire, ses dents et ses lèvres effleurant de manière joueuse la tendre peau sous son lobe.

À cette action, le brun rougit, et repoussant le blond, il remonta son col roulé jusqu'à recouvrir sa bouche et se tourna vers l'autre garçon pour lui lancer un regard faussement noir. Malgré le fait qu'il ne pouvait voir ses lèvres bouger, Georg devinait sans mal que le brun rosissant souriait même s'il lui sembla entendre un couinement qui ressemblait fort à un « Tomi, arrête! ».

Les yeux de Georg s'écarquillèrent. Il ne s'était pas attendu à voir deux garçons flirter si ouvertement l'un avec l'autre dans un si petit village. Il se pencha à nouveau vers Daniel.

- Ils... sont toujours comme ça ? hésita-t-il, tâtant le terrain.

Daniel leva les yeux au ciel, s'esclaffant.

- Ils n'arrêtent jamais. Pour ça, ils sont vraiment pareils tous les deux.
- Et est-ce qu'ils sont... ? tenta encore Georg.

Il s'interrompit, n'osant formuler sa question jusqu'au bout, mais Daniel sembla la comprendre parfaitement.

- Oh, oui en effet ! Tu l'as remarqué ? Ils...

L'interrompant, un grincement plus strident que les autres se fit entendre tandis que Tom et Bill étaient à présent en train de se pincer et se chatouiller au niveau de la taille. Tous se bouchèrent immédiatement les oreilles, se tournant vers le coupable. La musique s'arrêta et la voix de Jan s'effaça. Baissant la tête, Andréas grogna une excuse :

- Désolé.
- Ok, inutile de terminer la chanson, soupira Jan. Je crois qu'on en a assez entendu.

Se tournant vers le batteur taciturne, il sourit.

- Je pense qu'on a trouvé notre futur nouveau batteur.

Agitant ses baguettes dans l'air, le blond eut un sourire, si léger qu'il fut presque imperceptible, et Andréas intervint, l'air pompeux malgré lui :

- Il faut qu'on réfléchisse encore.
- Qu'on réfléchisse à quoi, Andi ? répliqua avec étonnement Jan. Gustav serait parfait !
- Il nous faut encore un chanteur. Si Bill chante pour nous, ça veut dire aussi que je reste à la batterie, proclama autoritairement le blond platine.

Les autres membres soupirèrent et jetèrent un coup d'½il désolé et déçu vers Georg.

Le bassiste avait passé l'audition juste avant Gustav, et il s'était avéré être bon, voire même très bon. Bien plus que ne l'était Andréas à vrai dire. Néanmoins, Gustav et Georg avaient posé une condition irrévocable au groupe avant de commencer les auditions : s'ils les prenaient, c'était tous les deux, sinon rien.

Gustav sortit de son silence pour le rappeler.

- Si vous ne prenez pas Georg, je ne resterai pas non plus, exposa-t-il calmement en haussant nonchalamment les épaules.
- Andi, gronda Jan en se tournant avec agacement vers son ami.

Andréas haussa les épaules, l'ignorant, et Jan se retint de l'étrangler. Il pouvait être si têtu parfois. Surtout, le chanteur ne comprenait pas pourquoi il tenait tellement à ce que Bill entre dans le groupe. Il était plutôt cool, mais ça s'arrêtait là. Jan doutait même qu'il puisse réellement chanter un temps soit peu, du moins, sûrement pas aussi bien que lui.

Se redressant sur le canapé, Bill toussota en sentant le regard suffisant de Jan sur lui, et ses pupilles dérivèrent sur son copain.

- C'est pas grave Andi. Je n'avais pas vraiment l'intention de passer l'audition de toute façon. Il vaut mieux que vous gardiez Georg et Gustav, et toi tu pourras faire le chant. Comme ça, c'est réglé, non ?

Il regarda l'assemblée. Tous sauf Andréas semblaient approuver, Jan hochant frénétiquement la tête. Néanmoins, le blond platine fronça les sourcils pour une autre raison. Il désigna le batteur.

- Tu le connais ?
- Non, cilla avec étonnement Bill. Pourquoi ?
- Tu viens de l'appeler 'Gustav', expliqua Erik en trafiquant sa guitare, tout aussi surpris que lui.
- Mais, vous venez de dire son prénom, insista le brun, sûr de lui. Je ne l'ai pas rêvé quand même.

Il étouffa un rire gêné. Pris de curiosité, Georg et Gustav fixèrent le frêle jeune homme avec intérêt, et le brun rougit sous leur regard avant de se figer, un flash lui revenant à l'esprit.

- C'est sûrement le mouvement du bus qui l'a fait glisser, relax.
- Et si c'était Georg ou Gustav ?


Il l'avait réellement rêvé.

Dans ce rêve du matin même où il avait été chanteur et Tom guitariste – et où accessoirement, ils étaient amants. Est-ce que cela ne pouvait être qu'une coïncidence qu'il fasse soudainement la connaissance d'un bassiste et d'un batteur qui portaient les mêmes prénoms ?

Sans remarquer son trouble, tous se regardèrent, incertains. Oui, ils l'avaient peut-être dit après tout. Sinon, comment expliquer que Bill connaisse déjà son prénom ?

- C'est vrai, je l'ai entendu moi aussi, dit Tom.

Néanmoins, son ton n'était pas tellement assuré, comme s'il se posait les mêmes questions que son frère, et Tom tourna la tête vers Bill, rencontrant des yeux chocolat qui le scrutaient avec étonnement. Le blond déglutit.

Il n'était plus tellement sûr de l'avoir entendu dans cette pièce. En fait, il se rappelait ces mots absurdes de sens qui étaient sortis de sa propre bouche, dans un rêve qu'il ne maîtrisait pas, tel un spectateur égaré dans un autre monde, dans le corps d'un autre. Tom frissonna en se plongeant dans le regard profond de Bill.

Se raclant bruyamment la gorge comme pour interrompre leur échange visuel, Andréas croisa les bras.

- Peu importe. Je veux que Bill passe les auditions.
- Seulement si Tom les passe aussi, décréta soudainement ledit Bill à qui les revendications de Georg et Gustav avaient donné des idées.
- Bill..., chuchota Tom en se penchant vers lui en guise d'avertissement.

Le blond se tortilla contre son jumeau, mal à l'aise. Il n'avait réellement aucune envie d'être dans le groupe d'Andréas. Et c'était réciproque. Andi leva les yeux au ciel :

- On ne peut pas avoir trois guitaristes, Bill, dit-il en oubliant complètement les autres candidats.
- Tom pourrait être... le guitariste de remplacement ? suggéra Hans.
- Non, siffla Andi sur un ton qui n'admettait aucune contestation.

Il commençait à s'énerver, et la tension monta dans la pièce, Jan croisant avec agacement les bras face au caprice de son bassiste-parfois-batteur. Andréas persista, s'en prenant à Bill :

- Je croyais que tu voulais chanter avec nous ?

Bill soupira. C'était Andi qui s'était mis cette idée en tête depuis le début, car même s'il aimait chanter et avait rêvé plus jeune à devenir chanteur, il n'éprouvait pas le besoin de faire partie d'un groupe, surtout si son jumeau n'était pas avec lui. Tout était beaucoup moins fun sans lui. Il haussa les épaules.

- Si Tom...
- Vous n'êtes pas mariés que je sache ! le coupa Andréas en hurlant de rage. Tu peux faire quelque chose sans lui pour une fois, non ?

Un silence de marbre suivit leur échange, les autres garçons regardant d'un air perdu la scène sans comprendre de quoi il retournait vraiment. Andréas ne s'emportait presque jamais, et surtout pas contre Bill.

Seul Tom fronça les sourcils, lançant un regard noir qu'Andréas ne remarqua même pas. Rougissant d'embarras à son éclat de colère, le brun ouvrit la bouche, mais avant qu'il n'ait eu le temps de répliquer, un léger rire se fit entendre.

Tous regardèrent Georg.

- Bah, j'imagine qu'ils veulent juste passer plus de temps ensemble, expliqua-t-il d'un air débonnaire en s'adressant à Andréas. Tu ne peux pas leur en vouloir pour ça. C'est normal dans un couple, je les comprends.

À ces mots, tous écarquillèrent les yeux, le fixant en silence comme des ronds de flan, et paniquant légèrement, Georg parcourut son assemblée des yeux avant de jeter un coup d'½il vers Gustav pour obtenir quelque aide ou éclairement. Impassible, celui-ci haussa les épaules d'impuissance, ne comprenant visiblement pas lui non plus pourquoi tous semblaient si choqués. Andréas avait même l'air encore plus furax.

Georg regarda Tom et Bill, soudainement inquiet d'avoir fait une gaffe.

- Vous êtes bien ensemble, non ? demanda-t-il pour confirmation en les pointant tour à tour du doigt.

Réduits à l'état de coquelicots en un temps record à noter sur les annales, Bill et Tom se turent et se figèrent à cette supposition pour le moins inattendue aux yeux du monde. Qu'est-ce qui avait bien pu lui faire penser ça ?

À côté du bassiste, Daniel s'éclaircit la gorge au bout de quelques secondes de flottement.

- Georg, ils sont frères, expliqua-t-il avec embarras.

Le rouquin écarquilla les yeux.

- Mais, tout à l'heure j'ai cru que...
- Non, continua Daniel. Je crois qu'on s'est mal compris. Je pensais que tu avais remarqué qu'ils étaient jumeaux.

Les mâchoires respectives de Georg et Gustav manquèrent de se décrocher, et leurs têtes pivotèrent vers lesdits jumeaux qui évitaient à présent de croiser le regard de quiconque, tout particulièrement celui de leur moitié.

- Faux jumeaux ? tenta Gustav, peu convaincu.
- Des vrais jumeaux, précisa Andréas en soufflant avec mépris. Et ce ne sont pas des tapettes. D'ailleurs, je n'en accepterais jamais dans le groupe.

Se détendant légèrement, les autres membres du groupe étouffèrent quelques ricanements bêtas. Quant à Bill, il sembla regagner sa composition à son affirmation hautaine et il fixa durement son petit ami. Que pensait-il être, lui ? Un hétéro pure souche ?

Tom paraissait du même avis que lui, se retenant à peine de dire tout haut qu'il y en avait déjà un dedans. Cependant, il y avait assez de tension dans l'air pour ne pas vouloir en rajouter.

Néanmoins, quand Gustav se leva et rangea ses baguettes dans une pochette, regardant Georg de côté, le bassiste soupira et fit de même, allant ranger sa basse :

- Je crois qu'on ne va pas pouvoir rester alors, dit-il en débranchant sa gratte.
- Quoi ? Pourquoi ? s'affola Jan. Vous n'allez pas partir maintenant quand même ?

Ils étaient les seuls candidats potables pour prendre la relève dans le groupe – les seuls candidats tout court en fait – et pour leur plus grand bonheur, ils étaient plus doués qu'eux tous réunis.

Georg referma sa housse puis enfila son manteau, imité par Gustav.

- Andréas a pourtant été clair je crois, dit-il avec sarcasme.

Ils se dirigèrent vers les escaliers, prêts à partir, quand Jan tenta de les retenir :

- Quoi ? croassa-t-il. Comment ça ?

Hésitant, le rouquin marqua une pause pour se tourner vers eux et il soupira. Regardant un instant Gustav, il sembla trouver un accord silencieux dans ses yeux stoïques, et les surprenant tous, Georg se pencha. Sa main vint glisser sur la joue de Gustav, la caressant doucement, et ses lèvres se posèrent sur celles du blond. Il les caressa et elles s'ouvrirent pour approfondir le baiser pendant quelques secondes, s'embrassant sans retenue.

Quand ils reculèrent, tous les yeux étaient rivés sur eux. Andréas était livide.

- À voir vos têtes, j'imagine que c'est clair ça aussi ? conclut narquoisement Georg.

Sans un autre mot, ils montèrent les escaliers. Quand ils eurent disparu de leur vue, Jan donna un coup de pied dans le canapé et se tourna vers Andréas.

- T'es fier de toi ?
- On devrait peut-être aller s'excuser, tenta Daniel, l'air mal à l'aise.

Après tout, c'était indirectement à cause de lui que tout avait déraillé. Nerveux après tout cet étrange échange et plus que conscient de la subite tension entre son frère et lui, Bill se leva et se dirigea à son tour vers les escaliers tout en mettant son manteau.

- Je vais aller leur parler, bredouilla-t-il.
- N'y va pas, lui ordonna Andréas. On n'a pas besoin d'eux.

Marquant une pause. Bill se tourna vers lui et haussa un sourcil.

- Je crois que si, vu que je ne passerai pas vos auditions, dit-il d'une voix ferme.
- Pourquoi ? s'écria Andi.
- Je vois que tu n'as toujours rien compris, termina plus bas le brun.

Profitant de la surprise d'Andréas qui resta coi à sa réplique, Bill fila ensuite dans les escaliers, remontant au rez-de-chaussée.

Le voyant disparaître, Andi sentit ses yeux le picoter rageusement. Qu'y avait-il donc à comprendre ? Tout ce qu'il avait voulu, c'était pouvoir passer un peu plus de temps avec son copain sans avoir Tom dans les pattes.

Tom, Tom. Il n'y en avait toujours que pour Tom. Bill n'avait que ce nom-là à la bouche !

Pire. Plus le temps passait, plus Bill semblait lui échapper, le jeune homme se raccrochant toujours plus à son frère. Diable, même des étrangers pensaient qu'ils étaient ensemble.

Andréas tourna la tête, et ses yeux rencontrèrent ceux de Tom, intensément fixés sur lui. Il pouvait y lire de la méfiance, une pointe d'avertissement, et plus étrangement, quelque chose qui s'apparentait à une pointe de compétition, comme si Tom lui disait qu'il n'était pas prêt à lui laisser son jumeau.

Quelque chose qui lui donnait l'impression que Tom avait fait exprès tantôt de se frotter ainsi à Bill, comme s'il cherchait à le provoquer personnellement. Putain, il l'avait presque mordu sous leurs yeux. En y réfléchissant, ce n'était pas vraiment une action des plus fraternelles qui soient, et il était peu étonnant que Georg les ait trouvés bizarres. D'ailleurs, ne devrait-il pas se poser des questions lui aussi ?

Andi repensa un instant à ce qui s'était passé le matin même dans la salle de bains, puis se retint de rire à sa propre bêtise. Il s'imaginait des choses, c'était la seule explication possible. Il ne pouvait y avoir quoi que ce soit d'incestueux entre Bill et Tom, encore moins quelque chose de romantique. Il n'avait donc aucune raison d'être jaloux de son frère ou de se sentir en compétition avec lui, même si celui-ci était un tantinet trop protecteur avec son jumeau.

Car après tout, c'était lui que Bill aimait, d'un amour plus que fraternel, pas Tom. Du moins, Andréas l'espérait.

Il était éperdument amoureux de Bill, et il avait été sur un nuage quand Bill lui avait dit qu'il était la plus belle chose qui ait pu lui arriver. Néanmoins, Andréas était conscient qu'ils avaient de plus en plus de mal à communiquer depuis qu'ils étaient ensemble, et il était frustrant pour lui de constater à quel point Tom comprenait mieux Bill que lui.

Soupirant, Andréas se tourna vers le blond et alla s'asseoir à côté de lui sur le canapé tandis que les autres membres du groupe se chamaillaient, discutant de l'idéale future composition du groupe.

- Qu'est-ce que je n'ai pas compris ? ne put-il s'empêcher de demander à Tom en marmonnant de manière à ce que seul lui l'entende.

Détournant les yeux, Tom regarda sa jambe qu'il avait repliée, son pied posé sur son genou opposé. Il n'hésita pas, comme si les paroles que Bill avait prononcées étaient aussi claires que du cristal.

- On ne peut pas forcer quelqu'un à faire quelque chose qu'il ne veut pas, répondit-il d'une voix tranchante et accusatrice, parce qu'on ne peut décider pour les autres ce qui est mieux pour eux.
- Et j'imagine que toi tu sais qu'est-ce qui est mieux pour Bill, hein ? ricana presque Andréas.

Dissimulant au mieux sa jalousie, il s'était à peine retenu de demander qui à son avis pourrait être mieux pour Bill.

S'impatientant, Tom secoua la tête, levant à nouveau ses yeux vers lui.

- Non, c'est à lui de décider et de faire ses choix, ça a toujours fonctionné comme ça entre nous. Je ne l'ai jamais obligé à faire quoi que ce soit, moi.

Sans attendre sa réponse, Tom se leva, visiblement énervé. L'air stupéfait, Andréas le regarda s'éloigner sans rien dire, et la jalousie l'étreignit à nouveau douloureusement.

Il ne savait pas jusqu'à quel point c'était vrai, mais il était clair à présent que ce n'était pas seulement une impression.

Tom et lui étaient bien en compétition.

***

Après avoir remonté la fermeture Éclair de son manteau et tiré sur son bonnet noir pour cacher ses oreilles, Bill ouvrit la porte d'entrée et sortit dehors, s'arrêtant sur le perron.

Il neigeait encore, comme si le ciel n'était pas encore satisfait de son ½uvre malgré le fait que tout le paysage fût parfaitement maculé de blanc.

Il ne lui fallut que quelques secondes pour repérer la moto sur le trottoir. Inspirant et soupirant profondément pour se donner du courage, il s'approcha des deux personnes qui se tenaient à côté. Georg finissait de nettoyer le siège envahi de flocons tenaces tandis que derrière lui, Gustav attendait patiemment, portant la basse sur son dos.

Ce ne fut que lorsque le rouquin eut chevauché sa bécane et mis son casque, tendant l'autre à son petit ami qu'ils remarquèrent la présence du brun.

Bill s'arrêta à un mètre d'eux, et ils restèrent tous les trois silencieux, se regardant en attendant que l'un d'eux ose briser la glace. Malgré sa grande taille qui dépassait déjà celle des deux autres garçons plus âgés, il se sentait tout petit. Il croisa timidement les bras.

- Désolé pour Andi, s'excusa-t-il. Il ne voulait pas vraiment dire ça.
- Vraiment ? se moqua Georg. Parce qu'il avait pourtant l'air convaincu de ce qu'il disait.

Bill se mordit les lèvres pendant quelques secondes, pesant le pour et le contre, puis finalement se lança. Après tout, eux aussi étaient gays.

- Il ne faut pas lui en vouloir, il a juste du mal à assumer. Ça serait vraiment génial si vous acceptiez de rester, ils ont vraiment besoin de bons musiciens.
- Assumer ? Assumer quoi ? demanda Georg en fronçant les sourcils.
- On sort ensemble, Andi et moi, murmura presque Bill.

Georg et Gustav parurent interdits, leurs yeux s'écarquillant. Ils échangèrent un regard, le blond ayant le plus léger des sourires pour son compagnon.

- Tu as vraiment fait une belle gaffe. Pas étonnant qu'il avait l'air jaloux.

Georg donna un faux coup de poing revanchard sur le torse du batteur, le sourire de ce dernier persistant, et Bill cligna des yeux à sa remarque. Qui était jaloux de qui ? Ils ne pouvaient pas vouloir dire qu'Andréas était jaloux de Tom ?

Avant que Bill ait eu le temps de bégayer une question, perturbé, Georg continua :

- Je m'excuse pour lui...

Il se reçut à son tour un léger coup de poing sur le bras qu'il ignora d'un sourire en coin avant de poursuivre.

- ... et pour moi aussi, termina-t-il. Mais vous aviez l'air tellement proches ton frère et toi.
- Ce n'est pas grave, rosit Bill à cause de l'air glacé. J'imagine que notre relation est parfois difficile à comprendre pour les autres...

Ses yeux fuyants, il se retint de rajouter 'même pour moi' et s'empourpra un peu plus. C'était quelque chose qu'il n'avait jamais admis à haute voix, et surtout pas à de parfaits étrangers. Pourtant, c'était une évidence qui s'imposait de plus en plus à son esprit à mesure que le temps passait.

Resongeant à son envie impérieuse d'embrasser son frère qui ne l'avait plus quittée depuis qu'ils avaient retenté l'expérience ce matin-même, Bill se mordit les lèvres. Il devenait fou, c'était sûrement ça. Car tout se mélangeait dans sa tête. Son rêve, Tom, et leurs baisers et caresses, réels et irréels.

Il y avait même ces deux garçons dont il avait entendu les prénoms dans ses songes ! Comment cela était-il possible ? Qu'est-ce que cela voulait dire ? Et pourquoi avait-il l'impression que Tom avait fait le même rêve que lui et savait déjà tout cela alors que c'était parfaitement impossible ?

Georg observa un moment le garçon remuer nerveusement sur place en silence, puis il changea de sujet.

- Peu importe en tout cas, ce n'est pas vraiment à cause de ce qu'il a dit qu'on est partis. La musique qu'ils font n'est pas du tout ce qu'on recherche.
- C'est-à-dire ? s'enquit Bill avec curiosité, ravi du changement de conversation qui l'éloignait de ses pensées tordues. Qu'est-ce que vous recherchez exactement ?

Georg échangea encore un regard avec Gustav, puis répondit en hésitant :

- En fait, je ne sais pas trop. Mais ça fait plusieurs années que l'on cherche à monter un groupe.
- On cherche des gens originaux, ajouta le blond avec un infime sourire.

Ils connaissaient des dizaines de musiciens à travers le conservatoire et avaient écumé tous les mini-festivals et bars possibles, écouté des dizaines de groupes de garages. Pourtant, rien n'avait jamais réellement attiré leur attention et ils continuaient à chercher, comme s'ils essayaient de trouver quelque chose de précis, telle une étoile uniquement faite pour eux qu'ils devaient trouver dans un ciel infini de possibilités.

- Oh, je vois, sourit Bill d'un ton gentiment railleur. En fait, vous voulez dire des gens aussi bizarres que vous ? Ou aussi gays peut-être ?
- Hey ! s'insurgea Georg.

Il fit mine de lui mettre une baffe et le brun l'esquiva en gloussant. Néanmoins, le rouquin abandonna vite sa cible pour prendre son portefeuille de son manteau et en sortir un papier et un stylo. Sous l'½il curieux de Bill et même de Gustav, il griffonna quelques numéros et lettres avant de lui tendre le bout de feuille.

- Mon numéro et mon adresse email, expliqua-t-il. J'ai cru comprendre que tu chantais un peu et que ton frère jouait de la guitare, alors si vous êtes intéressés, on pourrait essayer de faire un truc ensemble.

Bill cligna des yeux avec surprise en lisant les coordonnées, puis releva la tête. Georg attachait son casque et s'asseyant derrière lui sur la moto, Gustav faisait de même.

- Pourquoi ?
- Et pourquoi pas ? Vous êtes originaux... et plutôt gays aussi, sourit en coin le blond, visiblement d'accord avec l'intuition de son petit ami.

Le brun rosit. Même s'il savait que le garçon plaisantait, il allait ouvrir la bouche pour répliquer que son frère était hétéro pour la forme quand Georg démarra, le vacarme l'interrompant. Le rouquin regarda par-dessus l'épaule de Bill, redevenant sérieux.

- En parlant du loup, voilà ton p'tit copain qui arrive.

Se raidissant légèrement à la mention d'Andréas, Bill pivota lentement.

Néanmoins, ce n'était pas Andi qui se dirigeait timidement vers eux, mais Tom. Celui-ci marchait d'ailleurs gauchement et avec prudence sur la neige à cause de son jeans bien trop grand pour ses fines jambes, tel un – adorable – petit pingouin pour la première fois de sortie sur la banquise.

Georg éclata de rire tandis que derrière lui, Gustav levait les yeux au ciel et glissait ses bras autour de sa taille, un léger sourire en coin. Rougissant comme une tomate, Bill virevolta à nouveau vers les motocyclistes et tenta en vain d'effacer le sourire goguenard de Georg en lui donnant une tape des plus efféminées – même si ce n'était pas l'effet escompté – sur le bras.

Riant encore de sa petite blague Georg fléchit exagérément pour éviter sa main vengeresse, et avant que Bill n'ait eu le temps de dire « ouf », il donna un coup d'accélérateur et partit pour de bon, non sans avoir crié un 'à bientôt princesse!' moqueur à leur futur chanteur.

En quelques secondes, ils avaient disparu au coin de la rue, et Bill croisa les bras, humpffant. Pour qui se prenaient-ils, ces petits cons ?

Arrivé à ses côtés, Tom le dévisagea avec incertitude, ayant vu leurs chamailleries de loin sans les comprendre.

- Alors ?
- Ce mec..., commença-t-il d'un air outré avant de s'interrompre, rougissant encore aux dernières allusions dont il avait été la pauvre victime.
- Quoi, qu'est-ce qu'il t'a dit ? s'inquiéta son grand frère.

Il agrippa doucement son coude et Bill se tourna légèrement vers lui. Le brun haussa un sourcil.

- ... a le sens de l'humour le plus pourri au monde, termina-t-il en lui tendant le bout de papier, souriant au blond de manière taquine. Vous devriez bien vous entendre, lui et toi.
- Hey ! s'insurgea Tom comme l'avait fait le rouquin quelques minutes auparavant.

Il s'avança pour le chatouiller à la taille, et Bill gloussa, s'échappant en courant dans le jardin de la maison de Jan. Tom l'y pourchassa tant bien que mal - ces larges jeans n'étaient vraiment pas pratiques – et quand il l'eut rattrapé et bien chatouillé, Bill se retourna et recula, tentant de capturer les bras de son frère pour se protéger, ceux-ci le menaçant de le torturer sans la moindre pitié.

Ils étaient tous les deux essoufflés à force de rire et de courir, se regardant d'yeux brillants. Et lorsque pour parer une nouvelle attaque, Bill recula et glissa, il tomba soudainement en arrière, entraînant Tom dans sa chute. Ils s'écrasèrent peu gracieusement sur le manteau de neige, le blond se retrouvant allongé, ou plutôt étalé, au-dessus du brun.

- Aïe !
- Ça va ? s'affola Tom en se redressant à moitié mais en restant à cheval sur lui.

La poudreuse avait amorti sa réception sur son derrière, néanmoins, Bill fit la moue. Pour seule réponse, il agrippa de la neige de ses doigts frêles et rougis par le froid et la bazarda sur le visage de Tom. Hébété, le blond passa sa main sur son visage pour la chasser et baissa les yeux, notant en cillant le sourire malicieux de son frère. Le blond sourit en coin.

- Ah, je vois, tu veux la jouer comme ça ? Tu l'auras voulu p'tit frère.

Ignorant ses couinements et protestations aigus et hypocrites, Tom fourra bien vite de la neige dans le cou de Bill, et les prochaines minutes ne furent que chatouilles, rires et boules de neige. Et quand ils furent complètement à bout de souffle tous les deux, leurs visages rougis et leurs yeux rieurs plongés dans ceux de l'autre, la trêve s'instaura d'elle-même, silencieuse dans le calme hivernal que seules leurs respirations bruyantes troublaient.

Tom redevint sérieux, ses pupilles noires ne quittant pas le visage de Bill et errant sur ses lèvres entrouvertes roses et souples malgré le froid qui laissaient échapper un doux halètement.

Il était toujours à califourchon sur lui, et il n'eut qu'à tendre la main pour glisser ses doigts sur la mâchoire du brun et essuyer tendrement de son pouce les flocons de neige qui fondaient sur la peau brûlante de sa joue rosie. Son autre main était agrippée au manteau de Bill, juste au niveau de sa taille, comme s'il avait peur de le voir s'enfuir.

La neige tombait encore sur eux, ses flocons virevoltant comme dans un ballet.

Le sourire insouciant de Bill s'effaça légèrement à sa douce caresse, mais il ne bougea pas, ses yeux restant rivés sur les siens comme s'ils attendaient une réponse. Son c½ur battait toujours la chamade et il avait plus chaud que jamais, et pourtant, il frissonna. Il avait encore l'étrange envie de l'embrasser, de le toucher. Il avait même encore plus envie que Tom l'embrasse et le touche.

Un toussotement forcé se fit entendre et ils sursautèrent, tournant simultanément la tête. Avec simplement un léger pull sur le dos, Andréas se tenait à quelques mètres de là, aussi raide qu'un I. Ils se relevèrent en rougissant, prenant leurs distances.

- Oh, Andi, constata stupidement Bill. Tu es là.

Bill ne savait pas depuis combien de temps il les observait, mais à la manière dont Andréas se mordait les lèvres et croisait les bras, ce n'était pas bon signe, et pour la première fois, le brun se sentit coupable. Époussetant ses vêtements remplis de neige qui le faisaient ressembler à un bonhomme de neige, il fixa ses chaussures, soudainement conscient pour la première fois que Tom et lui n'agissaient pas l'un envers l'autre comme deux frères normaux devaient le faire. En fait, il se rendait compte qu'il y avait un mot pour décrire ce qu'ils faisaient.

Ils flirtaient.

Et cette fois-ci, il ne s'agissait pas de se soulager sous la douche ou d'expérimenter un baiser.

La caresse invisible de Tom sur sa joue était encore brûlante, et Bill n'osa pas regarder Tom quand ils se redressèrent, restant immobiles sur place. Andréas brisa le silence gêné en s'adressant à son petit ami.

- Les autres voudraient savoir ce que Georg et Gustav t'ont dit.
- Oh, ok j'arrive, bredouilla Bill.

Andréas jeta un coup d'½il furtif vers Tom, puis regarda à nouveau Bill.

- Je peux te parler avant ? Seul à seul ?
- Oui, bien sûr, murmura presque Bill en enfonçant ses mains dans ses poches.

Son regard rasant toujours le sol, Tom s'éclaircit la gorge.

- Je vais rejoindre les gars.

Il s'éloigna rapidement, et satisfait, Andréas poussa un soupir qui sembla soulagé et se rapprocha de Bill. Néanmoins, ce dernier était ailleurs, regardant timidement la retraite de Tom du coin de l'½il et quand son frère se risqua à tourner la tête vers eux, leur regard se croisa pendant un court instant.

Cela n'avait peut-être duré qu'une seconde, peut-être moins, mais le c½ur de Bill avait fait une halte à cet instant même pour repartir de plus belle, tambourinant nerveusement.

Tom disparut néanmoins derrière l'angle du mur du pavillon, et Bill ressentit une déception étrange, tel un manque. C'était idiot, sachant qu'il le verrait dans quelques minutes. Toutes ces sensations étaient absurdes et sans le moindre sens. Il reporta son attention sur Andréas quand celui-ci toucha son bras un bref instant. Ils se fixèrent pendant quelques secondes, puis Bill se lança :

- Tu voulais me parler ?
- Oui, je... Je voulais m'excuser pour tout à l'heure.

Comme Bill ne disait rien, attendant qu'il continue, Andréas se frotta nerveusement la nuque, ébouriffant ses cheveux blond platine.

- Je n'aurais pas dû essayer de t'obliger à passer ces auditions. De toute façon, je vois bien que ça ne t'intéressait pas vraiment.

Se sentant un peu coupable, Bill se mordit les lèvres.

- Je suis désolé Andi.
- Non, c'est moi qui le suis, insista-t-il. C'était con de ma part, mais je voulais seulement... tu sais...
- Non, quoi ? demanda Bill.

Andréas se rapprocha tout près de Bill, et celui-ci se sentit soudainement tout petit. Il baissa la tête, sentant les yeux du blond platine rivés sur ses cils maquillés que Tom avait étrangement épargnés.

- Qu'on passe juste un peu plus de temps tous les deux.

Il posa délicatement sa main sur la joue, la caressant comme Tom l'avait fait quelques secondes auparavant, sauf que cette fois-ci, Bill ne ressentit rien.

Posant sa main sur la sienne, le brun la délogea et tourna légèrement la tête, embarrassé.

- Pas ici, quelqu'un pourrait nous voir.

Andréas le fixa un moment sans rien dire.

- Ça ne te dérangeait pas quand c'était ton frère tantôt.

Bill rougit légèrement mais leva néanmoins sa tête, plongeant ses yeux chocolat dans ceux d'Andi.

- Tu n'es pas mon frère justement.

Son regard était sûrement l'arme la plus désarmante qui soit car Andréas rosit et détourna timidement la tête.

- Désolé... Je suis sûrement trop possessif...

Ses bras toujours croisés, Bill soupira sans rien dire, et il ne put s'empêcher de laisser tomber son front sur le torse d'Andréas, fermant ses paupières. Il ne savait pas comment lui annoncer ce qu'il avait à lui dire, mais il sentait que c'était le moment de le faire. Il devait le quitter. Il entrouvrit ses lèvres...

- Andi..., commença-t-il.
- Je t'aime, Bill.

Les yeux de Bill se rouvrirent en un éclair. Un instant passa en silence, bien qu'il pût sentir le torse du jeune homme se soulever et s'abaisser rapidement. Il était nerveux, lui semblant une fois n'est pas coutume si fragile, comme s'il se mettait soudainement à nu devant lui.

- Si j'agis comme ça..., c'est parce que je suis amoureux de toi, poursuivit-il lentement, tremblant. C'est bête mais des fois..., c'est plus fort que moi, je suis jaloux de tous ceux qui peuvent t'approcher, des personnes à qui tu souris, des personnes avec qui tu ris, même quand c'est seulement ton frère, rit-il, stupide, hein ? J'aimerais être avec toi, tout le temps, te regarder, t'embrasser, te toucher...

Bill se mordit les lèvres. Il... était tombé amoureux de lui ?

- Depuis quand ? demanda-t-il faiblement.

Andréas ne répondit pas tout de suite, mais Bill sut qu'il avait entendu sa question quand le blond platine bégaya :

- Depuis que tu es arrivé ici, le jour où tu es tombé de ton vélo devant chez moi.

Bill se rappelait comment un soir peu après son arrivée, il était allé faire du vélo avec Tom autour de son quartier, s'amusant à faire la course. Tom avait pris de l'avance lorsque Bill avait dérapé à un virage, tombant et se râpant mains et genoux.

Un garçon de leur âge était alors accouru vers lui, quelques minutes avant que Tom n'arrive et ne voie ce qu'il lui était arrivé, se précipitant vers lui en lâchant son vélo au milieu de la rue.

Inexplicablement, les larmes montèrent aux yeux de Bill, et il porta sa main à sa bouche. Andréas l'aimait depuis tout ce temps et ne lui avait rien dit ? Se sentant perdu, Bill recula légèrement, détachant sa tête de son torse. Que pouvait-il répondre à ce genre de déclaration ? Il ne l'aimait pas, mais il ne tenait pas à briser le c½ur de son ami.

- J'ai longtemps hésité à me lancer, avoua-t-il honteusement. J'avais peur que tu me ries au nez.
- Andi...

Sans attendre qu'il poursuivre, Andréas posa ses doigts serrés sur sa bouche pour l'empêcher de parler. Leurs yeux se rencontrèrent, et Bill fut étonné de voir à quel point le jeune homme était rouge.

- Non, ne me dis rien maintenant. J'aimerais seulement que tu y réfléchisses. J'ai conscience que j'ai parfois agi avec un peu trop... d'impatience depuis qu'on est ensemble. Je veux juste te montrer à quel point je tiens à toi, à quel point j'ai besoin de toi, Bill. Je ne joue pas, j'ai... vraiment des sentiments pour toi.

Semblant à court de mots, il se mordit les lèvres, puis capturant le visage de Bill dans ses mains glacées, il se pencha jusqu'à l'embrasser d'un court baiser, le brun étant trop surpris par ce qu'il venait de lui dire pour lui rappeler que n'importe qui pouvait les voir.

Néanmoins, Andréas recula au bout de quelques secondes, bredouillant un timide « je retourne au local » en baissant les yeux et en fourrant ses mains dans ses poches.

Il repartit comme il était venu, frigorifié dans son petit pull.

Restant planté au milieu du jardin, Bill regardait dans le vide. La neige avait arrêté de tomber.

Il était dans la merde.

Tous les sentiments qu'Andréas avait décrits, Bill venait de se rendre compte qu'il les connaissait déjà. À vrai dire, il les ressentait également, en ce moment même, la possessivité extrême en moins peut-être.

Sauf qu'il n'était pas amoureux d'Andi.

Mais de son frère jumeau, Tom.

À suivre...

***

Hm, la suite dans trois semaines, ça vous va comme délai? ^__^ *regard innocent*

*évite les tomates*

MWHAHAHAHA! *niarf!*

***

Donnez une note à ce chapitre : * ** *** **** *****

# Posté le dimanche 12 avril 2009 07:04

Modifié le dimanche 07 juin 2009 19:09

Tu ne peux pas comprendre (10/?)

Tu ne peux pas comprendre (10/?)
Désolée pour le retard! Mea culpa maxima! D:
Ce chapitre n'est pas aussi long que je l'avais prévu. Enfin, je préfère vous le livrer maintenant, je crois que je ne vous ai fait que trop attendre. >.>
Je pensais pouvoir y mettre d'autres éléments, mais je m'étends, je m'étends, alors les choses sérieuses seront pour le prochain chapitre. ^^;
Néanmoins, certains éléments de ce chapitre sont essentiels pour la suite. Désolée s'il vous semble mystérieux pour l'instant. ^^;;;
L'explication viendra tôt ou tard, promis!
Bonne lecture!

***

Le mercredi soir de la semaine suivante...

Alors qu'il revenait de la salle de bains en trottinant silencieusement, Bill marqua une pause devant la porte de la chambre de son frère, hésitant à y entrer.

Ces derniers jours, il avait pris l'habitude de prendre sa douche le soir, comme Tom. Séparément.

Et pour la première fois depuis longtemps, peut-être pour la première fois tout court dans leur jeune vie, les deux frères avaient passé les quatre dernières nuits dans leurs lits respectifs.

Il n'était pas sûr de savoir pourquoi, mais depuis le week-end dernier et notamment les auditions du samedi, Tom et lui avaient pris leurs distances l'un de l'autre, comme si un non-dit s'était insinué entre eux. Une tension, à vrai dire, même si Bill n'était pas sûr de comprendre sa nature. Il devinait seulement que cela avait sûrement un rapport avec cet étrange rêve... et avec Andi.

Depuis les auditions, un froid s'était installé entre Tom et Andréas, silencieux et mystérieux, si bien que Bill n'avait osé raconter à son frère que le jeune homme lui avait fait sa déclaration.

En fait, le brun n'avait pas reparlé d'Andi à son jumeau depuis cet... incident, s'étant seulement contenté de répondre d'un signe de tête et d'un murmure à la question sourde de Tom sur le chemin du retour ce samedi soir-là.

Oui, il était toujours avec Andi.

À ce souvenir, le brun frotta ses pieds nus et froids contre la moquette, mal à l'aise, et il frissonna. Il posa sa main sur la poignée, et s'immobilisa un instant, pensif.

Il était toujours avec Andréas, mais de son point de vue, leur relation était plus fictive qu'autre chose. Ils ne s'étaient même plus embrassés depuis ce samedi-là.

Cependant, il savait que le blond platine considérait autrement cette distance, car s'il lui avait laissé plus d'espace – ils ne s'étaient pas vus le dimanche suivant et c'était à peine s'ils avaient trouvé quelques moments seuls depuis le début de la semaine pour discuter entre deux cours –, c'était seulement pour que Bill réfléchisse à ses sentiments pour lui.

Alors Bill jouait le jeu, néanmoins, il savait déjà ce qu'il en était. Il connaissait déjà l'issue funeste de leur relation.

Au contraire, il ne savait plus comment il devait se comporter avec son jumeau. Mais il n'avait plus envie de fuir. Il ne pouvait ignorer son frère même si ce qu'il ressentait pour lui était anormal. Après tout, ils étaient toujours... frères, et leur complicité fraternelle lui manquait déjà terriblement.

Prenant son courage à deux mains, le c½ur un peu serré, Bill entrouvrit lentement la porte, celle-ci couinant, et il jeta un coup d'½il vers à l'intérieur. Emmitouflé sous les couvertures et légèrement redressé contre la tête de lit, Tom suivait d'un air hagard la télévision. Il tourna néanmoins vivement les yeux vers son visiteur, un peu surpris par son apparition.

Tortillant à nouveau ses doigts de pieds frigorifiés sur la moquette et incertain, Bill le regarda avec des yeux dignes de ceux du chat Potté.

- Je peux... ?

Sa phrase mourut bien qu'il eût l'envie de rajouter qu'il en avait marre de dormir seul, blessé du manque de contact et de câlins avec son jumeau de ces derniers jours. Même leur rituel sacré des bisous du matin et du soir en avait pâti, les deux garçons se contentant à la place de maigres petites bises timides sur la joue.

Le fixant avec ce qui semblait être la même incertitude, Tom mit quelques secondes avant d'acquiescer, un léger sourire se formant au coin de ses lèvres.

Rassuré, Bill sourit de même et se faufila vers le lit, ses longues jambes pâles et félines capturant la lumière faiblarde du tube cathodique. Il ne portait qu'un boxer et un des vieux tee-shirts extra-larges de son frère. Le jeune homme avait en effet pris l'habitude de chiper habilement ceux-ci avant que son jumeau ne les jette pour alimenter sa collection secrète de vieux vêtements, nichée dans un recoin de son armoire – il aimait trop leur odeur suave et rassurante de 'grand frère' pour les abandonner à leur funeste destin.

Si sa tenue était un peu légère au vu des courants d'air qui filtraient dans la maison par ces temps d'hiver, cela avait néanmoins l'avantage de lui donner une excuse pour se pelotonner contre son jumeau cette nuit, et Bill comptait bien en tirer profit.

Se retenant de souffler nerveusement en sentant son c½ur s'accélérer comme un petit fou, il souleva avec précaution les draps puis se glissa dans le lit jusqu'à ce que ses pieds effleurent ceux de Tom. Il alla ensuite se nicher confortablement contre lui, puis bien déterminé à rattraper le manque de câlins des jours passés, il passa avec précaution sa main sur le ventre de son frère tandis qu'il calait sa tête sur son torse.

Tom se tendit imperceptiblement à son contact mais ne bougea pas, se contentant de dégager son bras pour laisser son jumeau se lover contre lui à son aise, et ils se mirent à regarder ensemble la fin du film allemand programmé en première partie de soirée.

Son frère avait lui aussi pris sa douche un peu plus tôt, et appuyant son nez contre les côtes de Tom qui était toujours un peu tendu, Bill inspira la fraîche odeur qui s'en dégageait tandis que ses doigts erraient sur le ventre du blond, jouant avec son tee-shirt. Il se frotta imperceptiblement contre lui, appréciant la douce chaleur qui se répandait peu à peu dans son sang au tendre contact de leurs corps, et se retint de soupirer une nouvelle fois.

Il ne pouvait espérer que Tom ressente la même chose que lui et saute dans ses bras, néanmoins, pouvoir être si proche de lui était déjà le paradis sur terre.

- Ça m'a manqué, souffla doucement Bill au bout d'un moment.

Tom ne dit rien pendant un moment, mais avec une petite joie secrète, le brun sentit son regard noir le scruter. Finalement, le blond avoua d'une petite voix :

- À moi aussi.

Et quand la main hésitante de Tom vint se poser sur ses cheveux humides au bout de quelques secondes, ses doigts glissant doucement sur eux pour les démêler et tirant délicatement sur son cuir chevelu, Bill se retint de gémir, se contentant de sourire en sentant son ventre se réchauffer malgré lui.

Il ne lui fallut que quelques secondes pour se détendre et fermer les yeux, ignorant le dénouement final de l'énigme du meurtre à l'écran. Il sentait les yeux de Tom toujours posés sur lui, et ses doigts longs et fins qui glissaient de temps à autre sur sa nuque, le faisant frémir délicieusement.

Le brun soupira à une caresse un peu plus prononcée, laissant échapper un gémissement, puis se mordit les lèvres en rosissant, un peu gêné de s'être ainsi allé. Le blond ralentit son geste, ses doigts traçant câlinement de leurs bouts la courbe de son cou. Un léger sourire sur les lèvres, Tom murmura :

- Tu sais, en général on garde les yeux ouverts pour suivre un film.

Surpris puis indigné par ses mots, Bill humpffa puis tourna la tête vers lui, rosissant un peu plus. Posant son menton sur le torse de son jumeau, il haussa un sourcil.

- Toi non plus tu ne le regardes pas, affirma-t-il avec une moue.

Ils se fixèrent un instant, se perdant dans les prunelles noires et profondes de l'autre, y lisant leurs pensées les plus secrètes. Car aucun d'eux n'était dupe de la tension tendre mais charnelle entre eux. Comme brûlé par ses yeux inquisiteurs, Tom détourna la tête, et les pupilles de Bill caressèrent avec douceur son visage de leur regard tandis qu'il repensait à ses doutes.

- Dis-moi pourquoi tu m'évites depuis samedi, demanda-t-il soudainement en un murmure.

Tom haussa les épaules pour seule réponse, et il eut un sourire gêné. Ses yeux fuirent les siens, un peu trop tard pour que Bill ne puisse lire ses pensées.

Tu ne comprendrais pas.

Bill fronça les sourcils. Il voulait comprendre.

- C'est parce qu'on s'est embrassés ? murmura-t-il encore en cherchant en vain à capter son regard.

Bougeant nerveusement sous lui, une légère teinte rouge envahit les joues du blond. Il secoua la tête et le fixa à nouveau, l'air inquiet.

- Non, pourquoi ? Tu penses que c'est bizarre ?

Bill se sentit devenir écarlate, son c½ur s'emballant et se serrant à la fois. Baissant les yeux pour ne pas rencontrer le regard de Tom revenu sur lui, il secoua timidement la tête pour éviter de donner une plus longue explication, puis il persista d'une petite voix hésitante.

- C'est parce que... je sors toujours avec Andi alors ?

Détournant à nouveau ses yeux, Tom étouffa un léger ricanement agacé, puis il pivota sur le côté, délogeant Bill de son confortable matelas humain.

- Tu fais ce que tu veux, marmonna-t-il.

Sans attendre sa réponse, il attrapa la télécommande et éteignit la télévision qu'ils ne regardaient plus d'un click rageur. Le voyant rouge subsista encore pendant quelques secondes avant de disparaître, les plongeant dans l'obscurité la plus totale.

- On dort, déclara-t-il dans le noir.

Surpris, Bill devina plus qu'il ne vit Tom lui tourner le dos, et quand le jeune homme eut enfin arrêté de remuer, lui signifiant silencieusement mais clairement que leur conversation était terminée, il cligna des yeux.

Est-ce que Tom était réellement... jaloux d'Andréas ?

Bill sourit légèrement, et sentant son c½ur s'affoler délicieusement à cette possibilité, ses espoirs d'amour réciproque prenant vie, il s'allongea contre le boudeur, collant son corps à son dos et enlaçant leurs fines jambes.

Alors que Tom restait silencieux, il dégagea ses dreadlocks et glissa son bras autour de sa taille tout en plongeant son nez contre son cou pour respirer son odeur, déposant un léger baiser de ses lèvres au passage.

Le blond frissonna mais ne bougea pas, et ils restèrent un instant immobiles, plongés dans leurs pensées. Bill retint un soupir.

Même s'ils n'en avaient pas parlé à haute voix, entre leur mystérieuse conversation dans la salle de bains et le fait qu'il connaissait lui aussi les prénoms de Georg et Gustav, Bill avait acquis la quasi-certitude que son frère et lui avaient sûrement fait le même rêve, même s'il n'en était pas sûr à cent pour cent.

Un rêve intriguant au scénario improbable et pour le moins mystérieux. Un songe amoureux et sensuel qui avait ouvert les yeux du brun sur ses sentiments.

Il n'avait pas de preuve concrète ni d'aveu de la part de Tom, mais pourtant, Bill était persuadé que c'était volontairement et consciemment que son jumeau avait flirté avec lui, sûrement aussi troublé que lui par ces songes incestueux étranges.

Néanmoins, ce n'était peut-être que son fol espoir que Tom soit amoureux de lui qui lui faisait imaginer toutes ces choses.

Le c½ur serré à la forte possibilité que le comportement de Tom ne soit que celui d'un frère un peu trop tendre et câlin sans la moindre arrière-pensée, Bill se mordit les lèvres. Son ventre se tordit désagréablement. Il était fou d'espérer que l'esprit de son frère soit aussi tordu que le sien... Pourtant...

Prenant une légère inspiration hésitante tout en cherchant quelques questions subtiles, Bill s'apprêtait à rompre le silence quand une sonnerie bruyante les fit tous deux sursauter.

Sur la table de nuit devant eux, son téléphone piaillait joyeusement, annonçant l'arrivée d'un message. Le brun se souvenait l'avoir abandonné là plus tôt en faisant ses devoirs dans la chambre de son jumeau pour passer du temps avec lui et lui voler quelques petits câlins et ½illades, histoire de se rabibocher avec lui.

Car même s'ils ne s'étaient pas disputés, Tom avait été plutôt taciturne dernièrement, presque timide avec lui, et Bill avait fait des efforts pour se rapprocher de lui. Pas trop cependant, de crainte que ses gestes ne soient mal – ou trop bien – interprétés, trahissant ses sentiments. En fait, il était tellement amoureux de lui qu'il se demandait comment Tom ne l'avait pas encore compris.

Le portable piailla et vibra encore. Sans faire de geste pour le prendre, Bill grimaça en en devinant l'auteur et se retint de grogner. Pas maintenant.

- Tu ne réponds pas ? s'étonna Tom quand l'appareil se tut au bout de quelques secondes, royalement ignoré par son propriétaire. Tu devrais, c'est sûrement Andi.

Bill grogna pour de bon en signe de désapprobation, et quand Tom tendit la main vers le portable pour s'en saisir, il se pencha vivement en avant et captura son poignet pour l'en empêcher.

- Non, laisse tomber. Ça peut attendre demain.
- Quoi, ne me dis pas que tu ne veux pas savoir ce que ton cher et tendre t'a écrit ? se moqua Tom en chantonnant.

Rougissant dans l'obscurité, Bill le relâcha légèrement dans son trouble et le blond en profita pour s'emparer du petit appareil. Hoquetant, le brun se ressaisit de son poignet et écrasa son frère qui gloussait pour tenter de lui reprendre son trophée. Seul l'écran du portable les éclairait et ce fut à tâtons, dans un mélange de bras et de frottement de vêtements et de peaux que Bill manqua sa cible et que Tom parvint d'un clic habile à ouvrir le message.

Ils s'immobilisèrent, et les rires de Tom se turent tandis que tous deux lisaient les quelques mots digitaux briller dans l'obscurité.

Bonne nuit. Tu me manques mon amour. Je t'aime Bill. Andi.

L'écran économe redevint sobrement noir, se confondant avec la nuit, et Bill déglutit lorsque Tom se pencha pour reposer l'appareil dans un silence pesant.

Je t'aime Bill.

Il sentit la sueur l'envahir quand Tom se rallongea, son dos tendu venant effleurer son torse. Lentement, Bill fit de même et posa avec hésitation sa main moite et tremblante sur sa taille. Nerveux, il ouvrit la bouche, cherchant à dire quelque chose, n'importe quoi, quand Tom le devança en un murmure :

- Finalement, tu es tombé amoureux de lui, affirma-t-il d'un ton neutre. C'est pour ça que tu restes avec lui.

Bill resta un instant coi, surpris par son raisonnement, puis enfonçant son visage dans les dreadlocks de Tom, il resserra son emprise sur lui, son c½ur se serrant. Il était de plus en plus conscient de leur proximité et de la chaleur qui irradiait de leurs corps, et ce fut nerveusement qu'il le contesta en soufflant avec force à son oreille, désespéré à l'idée que son jumeau ne le croie pas :

- Non ! Tu ne comprends pas, je...
- Je peux comprendre, dit-il sur le même ton monocorde, bien qu'il semblât déstabilisé. C'est... bien si tu l'aimes...

L'interrompant, Bill humpffa et grogna contre son cou, s'impatientant de son ton conciliant. Il aurait aimé plus de réaction de la part de Tom.

- Tom, tu es complètement à côté de la plaque. Je te l'ai déjà dit, je ne l'aime pas. J'attends juste le bon moment pour le quitter en douceur.

Visiblement peu convaincu, Tom ouvrit la bouche pour répondre, mais il sembla se raviser, frissonnant alors que Bill soufflait doucement sur sa peau et caressait avec plus d'insistance sa taille comme si cela pouvait suffire à le convaincre. Le brun soupira de soulagement en sentant son frère se décontracter peu à peu.

- Vraiment ? demanda le blond au bout de quelques secondes.

Bill hésita avant de formuler sa réponse, et se sentant téméraire, il embrassa le cou de son frère d'un baiser goulu qui fit à nouveau frémir celui-ci, et susurra suavement et facétieusement à la fois :

- Oui. Tu sais bien qu'il n'y a qu'un seul homme qui compte pour moi.

Il sut que Tom souriait quand celui-ci étouffa un petit rire gêné à son ton charmeur, leurs jambes se frottant plus consciemment que jamais. Le silence retomba, étrangement plaisant alors que les mots imprégnaient leurs pensées et que leur tendre câlin s'éternisait, puis Tom tourna lentement la tête, sa joue frottant contre le crâne du brun, Bill devina son sourire taquin malgré l'obscurité.

- Je le connais ?

Posant une main sur le ventre de son frère, Bill étouffa un rire et releva légèrement la tête. Ses lèvres effleurèrent la mâchoire du blond, et sentant son c½ur tambouriner plus que jamais dans sa poitrine.

- Bien sûr, roucoula-t-il nonchalamment en haussant un sourcil. Il est chiant, il ronfle, il pleure comme un bébé quand il ne trouve pas ses CD de Samy Deluxe et il n'a aucun goût vestimentaire. Un vrai bad boy quoi.
- Je ne vois pas du tout de qui tu parles, grommela Tom en lui tournant le dos.

Bill gloussa contre sa nuque, et vexé, le blond se tourna à nouveau pour repousser son frère, le faisant valdinguer jusqu'à ce qu'il soit dos au matelas, et en deux temps trois mouvements, roula sur lui, le faisant prisonnier. Le doux rire du brun disparut comme par enchantement, ses oreilles virant écarlates quand des mains inquisitrices cherchèrent à soulever son tee-shirt, trifouillant avec l'élastique de son boxer alors qu'elles tâtonnaient.

- Tomi ? Qu'est-ce que tu..., souffla-t-il. Oh non ! Pas ça ! Tom !

Avant qu'il n'ait eu le temps de demander plus d'explications, Tom le chatouillait sans merci, faisant couiner son jumeau de petits rires étouffés alors que ce dernier se tordait sous lui pour échapper à son tortionnaire, essayant en vain de capturer ses mains qui malmenaient avec grand art ses points faibles.

Le blond était allongé sur lui, le plaquant au lit, et Bill pouvait sentir ses lèvres rieuses dans son cou, le brun frissonnant alors que le toucher de ses doigts était tel des étincelles brûlantes sur sa peau dénudée.

- Non ! Tomi, arrête ! répéta-t-il une énième fois, essoufflé alors qu'il tentait de parler le plus bas possible.

Ils n'étaient pas à l'abri d'une intervention maternelle leur ordonnant de dormir illico presto, et alors que Bill sentait son bas-ventre se réchauffer dangereusement à ces caresses chatouilleuses, Tom sembla avoir la même inquiétude et interrompit soudainement sa séance de torture.

Fermant les yeux en sentant la tension quitter ses muscles, Bill soupira de soulagement, et glissant légèrement sur le côté, Tom le laissa respirer. Il avait néanmoins son bras toujours enveloppé autour de sa taille, et tandis que Bill reprenait sa respiration, un doux murmure à quelques centimètres de son oreille le fit frémir.

- Moi aussi je t'aime.

Le souffle lourd du brun s'interrompit net, ses paupières se rouvrant, et il rougit à ces mots chuchotés, sentant son c½ur s'accélérer.

Est-ce qu'il voulait dire... qu'il l'aimait comme Andi l'aimait ?

Ouvrant en tremblant sa bouche, Bill tourna sa tête vers lui, mais avant qu'il n'ait pu dire quoi que ce soit, les lèvres de Tom se posaient sur les siennes, les scellant en un sage et timide baiser.

Croyant un instant que ses rêves fous se concrétisaient, il sentit des papillons nerveux s'agiter dans son ventre à ce baiser interdit et il lui rendit avec ardeur, à la fois heureux et stressé de pouvoir embrasser son jumeau à nouveau, ce dernier répondant tendrement à ses lèvres tremblantes. Néanmoins...

Après une telle déclaration, Bill avait espéré que Tom l'embrasse avec plus de passion, tel l'amant de ses rêves... Or, ce baiser s'avérait très... fraternel, presque incertain face à son enthousiasme débordant, anéantissant tous les espoirs que Bill avait cru déceler un instant dans les mots de son jumeau.

Bill se figea en réalisant cette évidence, et son c½ur s'affaissa d'un coup dans sa poitrine, écrasé par les doutes alors que Tom détachait un instant sa bouche pour câliner un instant son nez à la mode eskimo pour mieux la reprendre d'un tendre baiser l'instant d'après, ses lèvres frôlant lentement les siennes.

Plongé dans ses pensées troublées, il ne remarqua pas que moite de nervosité, la main de son frère posée sur sa taille avait commencé de douces et subtiles caresses sur sa hanche tandis qu'il s'était subrepticement rapproché de lui.

Quand Bill ne répondit pas à son baiser cependant, Tom se tendit et recula légèrement, sa main s'immobilisant. Marquant une pause incertaine en sentant le trouble de son frère, il s'éclaircit légèrement la gorge, un peu gêné.

- Quelque chose ne va pas ?

Se mordant les lèvres, Bill secoua la tête, ses cheveux frôlant le visage du blond. Il ne savait pas s'il allait bien, en fait, il n'était plus sûr de rien.

Tom tendit une main, le bout de ses doigts venant remettre lentement une mèche de cheveux bruns qui le chatouillaient derrière l'oreille de leur propriétaire, et Bill frémit à la douceur de son geste, la caresse lui donnant un léger vertige.

- Non, c'est rien, je... J'ai juste sommeil, bégaya le brun.

Il s'était complètement trompé, illusionné. Il était impossible que Tom ait fait le même rêve que lui. C'était totalement aberrant, une absurdité scientifique pour se convaincre d'un amour encore plus absurde. Comme ne l'avait-il pas vu avant ? Les sentiments de Tom n'étaient que fraternels et sa manière de flirter avec lui que des excès de tendresse qu'il interprétait mal.

Or, que se passerait-il si Tom savait quel genre de rêve son petit frère faisait ? Que se passerait-il s'il savait quel genre de sentiments Bill avait pour lui ?

Dans un monde rationnel et moral, il était absurde d'avoir même songé un instant que les choses eussent pu être différentes, et plus accablante que jamais, la dure réalité venait de terrasser le brun par sa logique. Tom ne pouvait pas l'aimer.

Tournant le dos à Tom en abandonnant toute idée de lui parler un jour de son rêve, Bill glissa ses mains sous l'oreiller et fixa le noir opaque devant lui, ses yeux brûlants de larmes de désespoir et son c½ur douloureux.

- Bonne nuit, murmura-t-il d'un ton neutre.

Tom resta silencieux pendant un moment, comme surpris par sa réaction étrange, puis après une courte hésitation, il resserra l'emprise de son bras sur sa taille, se collant contre lui.

Bill ne se tendit pas, frissonnant seulement légèrement dans ses bras. Appuyant son nez contre l'épaule du brun, Tom finit par soupirer au bout de quelques secondes, ses lèvres s'étirant en un sourire rassuré.

- Fais de beaux rêves.... Rêve de moi.

Un sourire triste fit son apparition sur les traits de Bill alors qu'une larme esseulée coulait sur sa joue. Il ne pouvait ignorer ses sentiments, mais il pouvait se taire.

Se jurant intérieurement de ne jamais révéler son rêve à son jumeau, Bill ferma les yeux pour oublier la réalité, sombrant peu à peu dans un sommeil profond.

***

Alors qu'il sortait de la salle de bains de sa chambre d'hôtel, son peignoir ouvert laissant entrevoir sa nudité, Bill passa une dernière fois la serviette blanche dans ses cheveux, frottant énergiquement sa chevelure pour chasser les dernières traces d'humidité qui pouvaient subsister, puis s'approchant du lit, il laissa tomber sa serviette à terre et s'assit sur le matelas, fixant anxieusement son téléphone portable posé à côté de lui qu'il avait laissé là quelques minutes auparavant.

Il jeta un coup d'½il à l'heure indiquée sur le cadran et soupira dans le silence de la chambre insonorisée. L'appareil restait obstinément muet et avec une petite moue, Bill le prit dans sa main et s'allongea, se roulant en boule sur le lit.

Le brun fixa avec un peu plus d'insistance le portable et humpffa. Pourquoi mettait-il autant de temps alors que lui avait eu le temps en revenant de leur concert de défaire ses valises, se démaquiller – tout en téléphonant à Andi – et prendre une longue douche délassante ?

Sa moue s'accentua encore, et Bill leva le portable dans l'air, attendant impatiemment que celui-ci se décide à sonner. Son geste se refléta sur le miroir long accroché au mur, et inconsciemment, les yeux du jeune homme dérivèrent sur son image... avant de se figer.

Dans le reflet, une paire d'yeux marron chocolat le fixait. Debout, une personne qu'il ne connaissait que trop bien semblait le regarder avec de grands yeux, immobile comme une statue.

Sursautant, Bill virevolta sur lui-même, son c½ur s'accélérant sous la peur, et se leva du lit, laissant le téléphone tomber sur la moquette en un bruit sourd. Affolé, il regarda fébrilement autour de lui.

Il n'y avait strictement personne.

Toujours paniqué, Bill se redressa et referma son peignoir en éponge, en nouant fébrilement la ceinture, puis il fit le tour de la pièce en tremblant, vérifiant même sous le lit et dans les placards, puis il jeta à nouveau un coup d'½il dans le miroir. Il n'y avait plus rien. Il avait rêvé.

Fixant son regard que le miroir lui renvoyait, Bill souffla nerveusement, à moitié rassuré. Cela avait dû être une hallucination, c'était la seule explication logique. En fait, il avait sûrement dû mal voir et confondre d'une manière ou d'une autre son propre reflet... car son frère ne se trouvait nulle part aux alentours, encore moins avec une perruque noire sur la tête pour lui faire une blague en s'habillant comme lui.

Une sonnerie stridente retentit et Bill sursauta à nouveau, avant de rire de soulagement. Oubliant l'incident, il trotta vers le lit, dansant presque, et ramassa le portable à ses pieds, cliquant pour lire le message qui venait d'arriver. Il sourit en lisant ce qui y était marqué.

Chambre 483. Je t'attends ;)

Poussant un petit couinement aigu d'excitation, Bill sautilla sur place puis fila vers la salle de bains, le temps de s'inspecter dans le miroir et de se coiffer vaguement, puis il ressortit, se dirigeant vers la porte.

Il prit une inspiration, essayant de se calmer, puis l'ouvrit lentement, passant avec précaution sa tête à l'embrasure.

Le couloir de l'hôtel était désert, seulement éclairé par une lumière tamisée qui laissait à peine deviner les numéros des chambres.

Sortant doucement de la sienne après avoir resserré le n½ud de son peignoir, il se mordit la langue et referma le plus silencieusement possible sa porte. Son c½ur s'était accéléré à la sensation d'interdit, conscient que personne ne devait le voir, et c'est sur la pointe de ses pieds nus qu'il se faufila dans le couloir, glissant sans bruit sur la moquette.

Il se mit à marcher d'un pas lent et hésitant, ses yeux rivés sur les numéros qu'il marmonnait silencieusement, comptant ce qui lui restait à parcourir, quand il arriva à un angle. Il s'arrêta, le temps de déterminer avec les nombres qu'il apercevait de quel côté il devait s'engager, lorsque quelque chose de froid le frôla, telle une main essayant d'agripper son bras.

Plus bas qu'un murmure, il entendit une voix étrangement familière.

Bill !

Il n'avait pas entendu quiconque s'approcher, pensant être seul, et c'est effrayé qu'il virevolta sur lui-même, inspirant une grande bouffée d'air. Il recula, retirant vivement son bras prisonnier.

Il se figea et regarda de toutes parts, hébété.

Encore une fois, personne. Pourtant, il aurait juré... Il avait senti... Il n'avait pas rêvé cette fois, si ?

Prenant quelques inspirations nerveuses, il sursauta une énième fois ce soir et tourna brusquement la tête quand au bout du couloir sombre à sa gauche une porte grinça, s'entrouvrant légèrement. Il observa l'ombre qui indiquait que la pièce qui se trouvait derrière était plongée dans le noir, et il frissonna. L'ambiance était un peu trop flippante à son goût.

Néanmoins, il lui suffit d'un coup d'½il aux insignes sur les autres portes du couloir en question pour noter qu'il se dirigeait dans la bonne direction.

Resserrant encore un peu plus le n½ud de son peignoir en se rappelant qu'il était complètement nu dessous alors qu'un pervers fantomatique rôdait peut-être non loin de lui en ce moment même, il s'avança prudemment, fixant la porte entrouverte qui portait le numéro 483.

Arrivé devant elle, il regarda encore en arrière le couloir silencieux et désert, puis s'en détournant, il posa une main hésitante sur la porte et la poussa, pénétrant lentement dans la pièce sombre. Une fois à l'intérieur, il jeta un coup d'½il circulaire, essayant de repérer l'individu censé y être.

- Tom ? chuchota-t-il.

Il n'obtint que le silence et nerveux, il tâtonna fébrilement pour trouver l'interrupteur. Mais avant qu'il n'ait pu l'atteindre, on lui sauta dessus, deux bras attrapant sa taille et un corps se collant au sien en poussant un cri.

Bill couina de peur et repoussant tant bien que mal son 'agresseur', il fit un bond en avant et se retourna pour lui faire face. L'autre personne gloussa, et allumant la lumière, il referma la porte en s'appuyant dessus de son dos. Il portait seulement un caleçon, sortant visiblement de la douche.

- Je t'ai fait peur ? se moqua-t-il gentiment.

Le brun souffla de soulagement, et ignorant sa remarque, il croisa les bras et humpffa :

- T'en as mis un temps. Qu'est-ce que tu fabriquais ?

Tom haussa les épaules, et décrochant son dos de la porte, il s'approcha de lui.

- Désolé, Georg ne me lâchait pas. J'ai eu du mal à m'en débarrasser.

Il lui sourit légèrement, l'air contrit, et s'arrêta devant le boudeur. Ses fines mains se posèrent sur ses bras, les obligeant à se décroiser, et lentement, très lentement, alors qu'ils s'étaient tus, se fixant intensément, il défit de ses doigts agiles le n½ud de son peignoir sans perdre de temps. Son sourire s'étira encore, devenant taquin.

- Je te manquais déjà ou quoi ? murmura-t-il.

Bill ne répondit pas, fixant Tom alors que celui-ci entrouvrait lentement les pans de son peignoir et caressait sa taille. Il trembla lorsqu'elles glissèrent sensuellement sur son torse, remontant jusqu'à son cou. Tom se rapprocha encore, et leurs visages s'effleurèrent, leurs yeux à moitié clos s'observant toujours plus tendrement. Puis penchant légèrement sa tête sur le côté, Tom embrassa sa mâchoire, la traçant de baisers goulus tandis que ses doigts glissaient à présent sensuellement sur ses clavicules et ses épaules, le dévêtant doucement de son peignoir. Celui-ci tomba finalement à terre, et l'air conditionné fit frissonner le brun.

Reculant un peu, Tom dessina pensivement son torse, essayant d'apaiser la chair de poule de son toucher. Bill fit de même, ses mains descendant sur le corps de son frère jusqu'à atteindre son caleçon, puis infiltrant ses doigts sous l'élastique, il le fit rapidement glisser, et le sous-vêtement chut à terre.

Ils étaient à présent nus comme des vers, et c'est rougissant et le c½ur battant que Bill détailla son jumeau qui bandait déjà légèrement, faisant miroir au sien.

Tom baissa lui aussi les yeux, l'observant un instant avant de relever la tête et de lui sourire, ses pupilles reflétant plus que jamais son désir. Sans rien dire, il ferma ses paupières et bécota son menton. Les papillons dans son ventre le rendant léger, le brun vint toucher sa joue d'une tendre caresse comme pour le retenir, et les lèvres de Tom trouvèrent enfin les siennes, l'embrassant d'un baiser brûlant qui le fit gémir.

Leur relation amoureuse était encore naissante et il ressentait un goût d'interdit à se voler de tels moments intimes, que cela soit dans une chambre d'hôtel ou bien dans leur bus. Il le ressentait d'autant plus quand, comme là, Tom l'embrassait passionnément comme s'il n'existait pas de lendemain, ou quand, comme là, il lui prenait les mains pour l'attirer avec impatience vers le lit, s'asseyait sur celui-ci et en en défaisait les draps.

Ou quand, comme là, son regard fixé sur lui était aussi coupable que le sien.

Pourtant Bill le suivit sans hésitation et se glissant à l'intérieur du lit sans prononcer un seul mot de plus, les deux jeunes hommes se faisant face à face timidement. Puis se rapprochant gauchement, Tom entama un nouveau baiser avec lui, plus lent et sensuel, et peu à peu, oubliant le stress de leur journée et du concert et ignorant la nature du lien le liant au jeune homme qui le touchait avec douceur, il s'abandonna aux sensations divines que les caresses de plus en plus assurées et entreprenantes de Tom lui procuraient, ses mains filant sur sa peau satinée qu'il ne connaissait déjà que trop bien pour un frère. Bill soupira de contentement.

Il en avait besoin, et tellement envie !

Alors qu'ils s'enlaçaient et s'embrassaient avidement, Bill s'accrocha à lui, gémissant et se frottant langoureusement contre son corps en sentant leurs parties intimes se réveiller complètement, quand un vent froid sur ses épaules le fit frémir.

Tandis que Tom s'attaquait à son cou, Bill releva des yeux fébriles, ceux-ci parcourant la chambre avec angoisse. C'était absurde, mais bien qu'il n'y ait personne, il avait la nette impression qu'on les observait.

- Qu'est-ce qu'il y a ? marmotta Tom entre deux baisers en le sentant distrait.

Il chercha ses pupilles quand il n'obtint pas de réponse, et Bill détourna finalement ses yeux anxieux pour le regarder. Il caressa tendrement sa joue.

- Rien, dit-il en secouant la tête. Rien du tout.

Faisant fi de ses impressions bizarres, Bill l'embrassa, et sous les draps, frotta son bassin contre le sien en ondulant ses hanches pour le distraire à son tour. Tom grogna et s'allongeant totalement sur lui, commença à entamer de longs et lents va-et-vient, frictionnant sensuellement leurs bas-ventres ensemble et envoyant de délicieuses vagues de plaisir dans leurs membres tendus.

Bill tendit la main pour éteindre la lumière, se sentant étrangement plus en sécurité dans le noir, comme si celui-ci pouvait le protéger d'yeux invisibles et pourtant indiscrets, puis il se laissa aller, gémissant contre sa bouche à leurs câlins alors qu'il l'enlaçait avec force et passion pour l'encourager.

En bas du lit, parfaitement inconscientes de la présence de l'autre, deux silhouettes sombres et invisibles regardaient l'étrange scène en silence, tels les spectateurs d'un songe dont on sait s'il est réel ou irréel.

À suivre...

Donnez une note à ce chapitre : * ** *** **** *****

# Posté le mardi 26 mai 2009 19:30

Modifié le lundi 08 juin 2009 07:34

Tu ne peux pas comprendre (11/?), partie 1/2

Tu ne peux pas comprendre (11/?), partie 1/2
Désolée, c'est court, mais c'est parce que j'ai préféré couper le chapitre en deux. ^^
Bonne lecture! Et merci encore pour tous vos commentaires, vous êtes adorables!
<3333

***

Le lendemain matin.

Le bus s'arrêta non loin de l'entrée du lycée, et alors qu'ils descendaient du bus, les crampons de leurs chaussures venant écraser la neige fondant au soleil en une bouillie boueuse, Andréas jeta un coup d'½il discret vers les jumeaux. Leur attitude le laissait perplexe.

Durant le trajet, les deux frères avaient été inhabituellement distants et silencieux l'un envers l'autre, s'ignorant presque, et pour une fois, les yeux de Bill étaient restés rivés sur ceux du blond platine, comme s'ils avaient cherché à éviter les prunelles – pourtant obstinément baissées – du blond.

Traversant à présent la cour de l'établissement, le groupe se sépara, Bill et Andréas laissant Tom et ses amis se diriger vers un vieux bâtiment. Tendant avec curiosité l'oreille, le blond platine entendit le jeune homme aux dreadlocks murmurer quelques mots à son frère, osant lever pour la première fois les yeux vers lui :

- On se voit à midi à la cafète ?

Sa voix était incertaine, presque timide, et Bill se contenta d'acquiescer, ses pupilles fuyantes et ses joues rougissant à cause du froid. Semblant soulagé par sa réponse, Tom sourit imperceptiblement et s'éloigna à grandes enjambées pour rattraper ses amis.

Ne prenant pas garde où il posait les pieds, Bill le suivait du regard, ses yeux observant pensivement sa silhouette, quand la voix précautionneuse d'Andréas le sortit de ses pensées.

- Est-ce qu'il s'est passé quelque chose avec Tom ?

Surpris, la tête de Bill virevolta vers lui et la couleur pourpre de ses pommettes sembla s'accentuer.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? bégaya-t-il.
- Je ne sais pas, dit le blond platine d'un ton faussement nonchalant et désintéressé. On dirait que vous vous êtes disputés.
- Oh...

Bill ne répondit pas tout de suite, jetant un dernier coup d'½il vers le bâtiment où se trouvait la classe de Tom. Ce dernier avait disparu de sa vue. Des souvenirs traversant malgré lui ses pensées, il soupira et cherchant ses mots, il toussota :

- Hm, en quelque sorte.

Andréas s'apprêtait à lui poser une autre question, quand Bill glissa soudainement sur une plaque de glace. Il couina en se sentant partir malgré lui en arrière, mais des bras le rattrapèrent dans sa chute, enveloppant sa taille et ses épaules avant qu'il ne tombe peu gracieusement par terre. Andréas l'aida à se redresser, et Bill rougit.

Plusieurs petits groupes d'élèves s'étaient retournés vers eux, moqueurs et pouffant, et il pouvait entendre les gros blaireaux de sa classe s'esclaffer de leurs voix bouffonnes.

- Non mais regardez-moi ce couple de pédales, dit l'un d'eux.

Gêné d'être ainsi au centre de cette attention malsaine, Bill se défit un peu précipitamment de l'emprise du jeune homme, et surprenant celui-ci, il le repoussa pour prendre un peu de distance avec lui.

- Merci, marmotta-t-il, toujours rouge comme une tomate.
- Hé le prognathe, ta p'tite copine vient de te larguer ? les interpella une armoire à glace.

Andréas jeta un regard noir en direction des 'gros durs' de leur classe qui venaient encore de ricaner aux mots de leur chef, puis il se tourna vers Bill avec un peu de mauvaise humeur.

- Tu sais, je me fous de ce qu'ils pensent, murmura-t-il.

Bill étouffa un rire sans joie et se remit à marcher, fixant le sol pour éviter les sournoises plaques de glace qui guettaient ses pas peu assurés car tremblants.

- Vraiment ? Je ne m'en fous pas, moi. Et jusqu'à présent, tu ne t'en foutais pas non plus. J'ai pas envie qu'on se fasse tabasser.
- Ils n'oseraient pas, affirma le blond platine. En fait, je suis sûr qu'ils se la fermeraient si on...

Il s'interrompit, hésitant. Bill remonta son lourd sac sur ses épaules et lui jeta un coup d'½il éberlué, réalisant après un instant ce qu'il voulait dire.

- Si quoi ? Si on s'affichait ?
- Pourquoi pas ? dit Andréas en haussant les épaules.

À ces mots, Bill s'arrêta et se tourna complètement vers lui, l'air sidéré. Tout comme lui, Andréas avait tenu depuis le début à ce que leur relation reste secrète. Il avait même clairement montré à diverses reprises des difficultés à accepter le fait qu'il était gay, tenant des propos homophobes face à leurs amis pour se protéger et éloigner tous les soupçons. Il s'en était expliqué il y a peu devant Bill, et le brun avait compris sans mal et pardonné ses paroles. Andréas avait eu peur, tout comme Bill avait peur.

Alors, pourquoi s'afficher maintenant au grand jour ?

Voyant l'expression étonnée de Bill, Andréas s'éclaircit la gorge, devinant ses pensées. Il voulait faire des efforts pour le beau brun, et dieu savait que Bill était à croquer avec son bonnet noir, ses longs cheveux noirs lissés et son petit nez rougi par le froid. Le blond platine tira nerveusement sur son propre bonnet.

- Je sais que j'ai parfois été con, et j'ai sûrement agi bêtement avec toi depuis qu'on est ensemble mais... J'aimerais... enfin, je sais que tu ne m'as pas encore donné de réponse, mais on est toujours ensemble, non ?
- Andi..., commença Bill avec embarras.
- Je t'aime, réaffirma Andréas en se penchant vers lui, et je suis prêt à leur montrer, maintenant.

L'air fier, il eut un léger rire plutôt stupide et agrippa son bras, le serrant presque un peu trop inconfortablement au goût de Bill. Celui-ci détourna le regard, essayant discrètement mais en vain de se défaire de l'emprise du jeune homme. Ils étaient au milieu de la cour et tous les regards étaient à présent rivés sur eux, semblant plus intéressés par le spectacle qu'ils offraient que par la sonnerie qui leur sommait d'aller en cours, et le brun commençait à être nerveux.

- Écoute Andi, moi je ne le suis pas, pas du tout même, et...
- Je n'ai plus envie de me cacher. S'il te plaît, Bill. On pourrait juste... s'embrasser ?
- Quoi ? Ici? paniqua Bill.
- Juste un petit baiser, insista Andi, pour les faire taire.
- Je ne peux pas.

Bill essaya de libérer son bras, mais Andi le serra un peu plus fort. Le brun retint un gémissement de douleur.

- Pourquoi ? le poussa le blond platine, s'agaçant un peu. Qu'est-ce qui t'en empêche ? Tu n'aimerais pas assumer toi aussi ce que tu es ?

Effrayé, Bill le fixa simplement un instant, toute pensée le quittant, puis il se ressaisit légèrement. La bouche d'Andréas était vraiment trop proche de la sienne. Or, il n'avait pas la moindre envie de faire son coming out en roulant une pelle à son meilleur ami devant tout le lycée.

- Je ne sais pas, hésita-t-il, essayant de gagner du temps. Il faudrait que j'en parle à Tom.

C'était son meilleur argument possible, car après tout, il demandait toujours son avis à Tom en premier avant de prendre une décision, même la plus futile qu'il fût, parce que leur relation était juste comme ça, et tant pis si personne ne pouvait le comprendre.

- À... Tom ? siffla Andi, incrédule. Mais putain, Bill, ça ne concerne que nous!
- Andi, tu me fais mal, bégaya-t-il en grimaçant sous la douleur.

Énervé, le blond platine serrait de plus en plus son bras sans même s'en rendre compte. Néanmoins, alors que leurs yeux se fixaient, ceux de Bill reflétant de la peur, il le lâcha brusquement. L'air impassible, le jeune homme murmura froidement :

- Tu te fous vraiment de ma gueule, Bill. Je croyais que j'avais un peu plus de valeur à tes yeux. Visiblement, je me suis trompé.

Sans rajouter un mot, Andréas tourna les talons et se sentant coupable, Bill essaya de le rattraper, sa main agrippant son bras.

- Attends !

Clac !

Sa tête tournée vers le côté sous l'impact, les pupilles de Bill s'écarquillèrent. Autour d'Andréas et lui, tous se turent immédiatement, stupéfaits par la scène.

Quelques secondes passèrent, puis Andréas tourna à nouveau les talons sans un mot et se dirigea vers leur salle de classe en laissant Bill planté dans la neige qui fondait toujours, le regardant s'éloigner, une main sur sa joue brûlante.

Andi venait de le... gifler ?

Tout autour de lui, les murmures qui s'étaient un instant tus recommencèrent, ponctués de rires, cherchant à déterminer moqueusement pourquoi les deux losers toujours collés ensemble s'étaient disputés, en venant aux mains de la façon la plus gay qui soit, et ses longs cheveux dissimulant son visage, Bill baissa les yeux.

Ils étaient remplis de larmes.

***

La seconde partie du chapitre ne tardera pas trop, j'ai juste voulu couper pour être sadique ne pas vous faire patienter plus. ^^
Suis zentille, hein? 8D
*évite les tomates*

# Posté le jeudi 25 juin 2009 10:12

Modifié le jeudi 24 septembre 2009 10:48

Tu ne peux pas comprendre (11/?), partie 2/2

Tu ne peux pas comprendre (11/?), partie 2/2
Deux heures plus tard

Assis dans un des box des toilettes du dernier étage du lycée, Bill se moucha une nouvelle fois le nez puis renifla, étouffant ses sanglots.

Il s'était retenu pendant les deux dernières heures de classe au cours desquelles Andréas l'avait royalement ignoré – la tension plus que palpable alors que les deux garçons étaient placés côte à côte.

De plus, il n'avait cessé de se sentir observé tandis que leurs 'camarades' échangeaient des messes basses et ricaneuses à leur sujet. Sans comprendre de quoi il retournait exactement, le professeur s'était même plaint avec mauvaise humeur de l'agitation inhabituelle qui animait ses élèves.

Une boule dans la gorge, Bill avait donc lutté à grand-peine contre les picotements dans ses yeux, puis quand la cloche avait sonné, il avait rassemblé en vitesse ses affaires et était sorti de la classe sans un seul regard pour son petit ami, allant directement se réfugier dans les toilettes, choisissant les plus isolées du lycée où il était sûr de ne pas être dérangé jusqu'à la sonnerie.

La porte s'ouvrit néanmoins doucement alors que quelqu'un entrait, et quand Bill renifla, vidant un peu plus le rouleau de papier, la personne s'immobilisa, essayant de localiser le bruit avec précision. Elle marcha ensuite vers le box où se trouvait le brun et posa ses mains écartées sur la paroi.

Se rendant compte soudainement de sa présence, Bill se tut et se tendit.

- Bill, ouvre-moi, soupira l'intrus d'une voix douce.

Le brun essuya ses yeux rougis en le reconnaissant, et il trembla.

- Laisse-moi.
- Si tu ne me laisses pas entrer, je retourne amocher Andi, humpffa Tom.

Bill releva la tête à ces mots, affolé. Tom s'était battu avec leur meilleur ami ?

- Quoi ? s'étrangla-t-il.

Se levant, le brun ouvrit précipitamment la porte, son regard angoissé rencontrant celui préoccupé de son frère. Ils se fixèrent un instant en silence, jusqu'à ce que Bill détourne le regard, croisant ses bras de manière protective. Ses yeux brillaient toujours et il se mordait l'intérieur des joues pour ne pas pleurnicher comme un bébé à nouveau. Tout était de sa faute.

- Je veux dire, tu ne l'as pas vraiment... si ? demanda-t-il, mal à l'aise.
- J'exagère, soupira encore Tom en le dévisageant. En fait, j'ai juste eu le temps de lui rendre sa baffe, mais je peux aller lui en mettre d'autres si tu veux, il le mérite.

En réalité, son poing avait eu le temps de lui mettre un pain en bonne et due forme, mais on n'en était pas à un détail près, hein ? Même Andréas n'avait protesté ni encore moins répliqué quand il l'avait frappé, le garçon se contentant de lui jeter un regard noir avant d'aller fumer plus loin pour cogiter tandis que les amis de Tom s'étaient jetés sur ce dernier pour contenir sa fureur alors qu'un pion passait non loin de là, les regardant avec suspicion.

Bill souffla de soulagement, puis honteux, il étouffa un rire sans joie et secoua la tête d'un air résigné :

- Tout le lycée est déjà au courant, hein ?

Il avait déjà entendu les chuchotements railleurs de ses 'camarades', évoquant une querelle d'amoureux. Nul doute que la rumeur s'était répandue comme de la poudre à la récréation. Il déglutit, sentant les larmes l'envahir, et il essuya vivement ses yeux pour les chasser, essayant en vain de ne pas étaler plus son maquillage.

- Tu me diras, ça ne change pas grand-chose. Pour eux, je n'ai jamais été qu'une pédale.

Il étouffa un autre petit rire honteux, murmurant un « désolé » larmoyant, et Tom soupira encore. Refermant la porte du box derrière lui, il s'avança jusqu'à pouvoir enlacer son frère. L'enveloppant de ses bras, il le serra délicatement et frictionna ses épaules et son dos pour l'apaiser.

- Arrête de dire n'importe quoi.

Laissant son frère le réconforter, les bras de Bill s'insinuèrent autour de la taille de Tom et il nicha son visage dans le creux son cou, sanglotant légèrement. Attendant qu'il se calme, le blond déposa de courts baisers doux et chauds à la naissance de sa mâchoire, juste à l'endroit sensible situé sous son oreille, et il sentit le brun frissonner dans ses bras, le jeune homme ravalant nerveusement ses derniers pleurs.

- Je suis sûr qu'Andi me déteste maintenant.

Tom fronça les sourcils, et ses lèvres effleurèrent son oreille.

- Arrête, c'est faux. Et puis, ça serait plutôt à toi de le détester. Andi a agi comme un connard, il n'avait aucun droit de te frapper.
- Il voulait qu'on s'affiche, il voulait m'embrasser et je ne voulais pas, expliqua Bill en soufflant contre sa peau. Mais en fait...
- Il n'avait pas à te forcer, insista Tom.
- Non, tu ne comprends pas... C'est ma faute, Tom. Tout ça, c'est de ma faute.

Surpris, Tom recula, obligeant Bill à faire de même bien que ses mains restassent agrippées à sa taille, et le brun baissa les yeux, reniflant encore.

- Il a raison, poursuivit-il. Sans m'en rendre compte, je me suis foutu de lui, et parce que j'ai joué au con avec lui, je risque aussi de perdre mon meilleur ami. Je n'ai eu que ce que je méritais.
- C'est faux, le contesta Tom. Andi a aussi ses torts !
- Non, lui m'aime, il a été clair, alors que moi, je suis resté avec lui tout en sachant que je l'aimais pas. Je ne lui ai pas donné de réponse alors que je savais très bien que ce n'était pas de lui dont j'étais amoureux.

Bill se mordit les lèvres, conscient d'en avoir trop dit, et il croisa les bras de manière protective.

Il avait menti à Andréas en reportant encore et encore le moment fatidique où il devrait lui dire qu'il ne l'aimait pas, qu'il voulait rompre et redevenir simplement son ami.

Tout comme il lui avait menti tantôt ce matin en lui disant qu'il s'était disputé avec Tom alors que la seule raison pour laquelle les jumeaux étaient restés distants était tout autre, inavouable.

Car, comment aurait-il pu lui avouer que cette raison était que Tom et lui s'étaient réveillés tous les deux en pleine nuit, bandants après avoir fait le même rêve érotique, et qu'ils s'étaient alors embrassés, déshabillés, touchés et frottés passionnément jusqu'à jouir ensemble dans leur lit, puis s'étaient encore embrassés jusqu'à se rendormir enlacés sans un mot ?

Bill frissonna tandis que Tom frottait tendrement son bras pour le réconforter, son toucher ne lui rappelant que trop bien les mains qui l'avaient caressé avec ferveur quelques heures auparavant.

- Cela ne change rien. Il n'a pas le droit de te traiter ainsi, souffla Tom avec rage.

Son regard insistant cherchait ses yeux, espérant le convaincre, mais Bill ne pouvait se résoudre à lever la tête, rougissant comme un coquelicot. Il ne pouvait non plus se résoudre à se ranger à l'avis de son frère.

Dans l'absolu, et même si le principal intéressé ne le savait pas, Bill avait pour la première fois la conscience d'avoir trompé Andi... avec son propre frère. Sans le savoir, le blond platine avait toutes les raisons de lui en vouloir. Néanmoins, Bill ne se sentait pas du tout honteux de ce qu'il avait fait avec son jumeau.

Bill sentit ses joues brûler sous le regard de Tom, et il essuya une fois de plus grossièrement ses yeux rouges et gonflé. Il devait être horrible à voir, avec son maquillage tout coulé et son visage cramoisi.

- Désolé, répéta-t-il.

Deux mains vinrent délicatement se poser sur ses joues, glissant tendrement sous ses yeux pour effacer toute trace de pleurs et de khôl, et Bill leva timidement les yeux, se perdant complètement dans le regard tendre de Tom. Et quand s'enhardissant le blond captura sa mâchoire, l'obligeant à relever un peu plus la tête, Bill sentit leurs nez se frôler. Les lèvres de Tom n'étaient qu'à quelques centimètres des siennes.

- Désolé de quoi ?

Bill hésita, puis haussa les épaules. Il ne savait plus quoi dire, perturbé par leur proximité alors que ses souvenirs de la nuit revenaient, et sous le regard intense de Tom, un petit gloussement gêné s'échappa des lèvres du brun.

- Je... Je ne sais pas, bredouilla-t-il.

Il ne savait pas de quoi il s'excusait. À vrai dire, il se sentait juste confus par toute cette situation. Comment en était-il arrivé là ?

Les mains de Tom caressaient à présent son cou, le faisant frissonner alors qu'il sentait le bout des doigts malaxer lentement, presque sensuellement sa nuque, et Bill baissa à nouveau les yeux en rougissant, ses mains venant agripper le sweat de son frère au niveau de son ventre. Ses doigts tordirent nerveusement l'épais tissu, ses ongles gratouillant pour sentir les abdos qui se cachaient dessous, et rougissant, il étouffa un encore léger rire, s'exaspérant lui-même.

- Je fais vraiment tout de travers. Mais je n'aurais jamais pensé que... Je veux dire, j'ai l'impression de devenir dingue, je ne sais pas ce qui m'arrive.

Son c½ur battait comme un fou dans sa poitrine, et Bill était frustré. Il ne sentait pas le courage d'expliquer à son jumeau tous les sentiments qui le submergeaient en ce moment même, et pourtant...

- Je comprends, Bill. Ne t'inquiète pas, je comprends.

Tom avait appuyé son front contre le sien, ses yeux à moitié clos. Il s'était encore rapproché, et leurs corps étaient pratiquement collés l'un contre l'autre. Bill déglutit en sentant leurs nez se frotter, et son petit c½ur mis à rude épreuve s'affola encore un peu plus quand Tom se pencha avec hésitation, leurs lèvres indécises s'effleurant un long moment. Les paupières de Bill se fermèrent, et plusieurs secondes passèrent tandis qu'ils s'enfermaient un peu plus dans leur petite bulle, oubliant le monde extérieur.

Pour la première fois, tous deux étaient conscients de flirter ouvertement avec l'autre, conscients de leurs sentiments interdits, et la chaleur irradiait littéralement de leurs visages. Ils n'avaient pas besoin de plus de mots pour se comprendre.

Leurs bouches allaient se toucher, quand...

- Bill ? Tu es là ?

Les jumeaux ouvrirent simultanément les yeux, se lâchant et reculant assez pour se jeter un coup d'½il puis tourner la tête. Ils avaient arrêté de respirer, espérant passer inaperçus, mais quand Tom baissa son bras, son coude heurta malencontreusement le support de papier métallique, celui-ci cliquetant et résonnant furieusement dans la petite pièce. De l'autre côté de la porte, à quelques mètres de là, Andi se figea et soupira.

- Bill, je sais que tu es là.

Pour repérer dans quel box il se trouvait, il se plia en deux, mains dans les poches, et ses yeux scannèrent les bas découpés des portes.

- Je suis venu m'excu...

Il s'interrompit en voyant deux paires de pieds – des baskets blanches recouvertes de bas de jeans trop grands et des boots noires – pratiquement entremêlées à l'intérieur de l'une des toutes petites cabines. Choqué en en devinant les propriétaires, il se redressa au bout de quelques secondes, ses pensées filant à mille à l'heure et concoctant diverses hypothèses encore plus choquantes, et lorsque la porte de la cabine s'ouvrit, Tom puis Bill en sortant lentement, la gorge d'Andréas se serra pour de bon sous la suspicion.

C'était bien eux. Qu'est-ce que ça voulait dire ?

Les trois garçons s'observèrent, Bill restant craintivement derrière Tom. Son jumeau fronçait les sourcils, faisant barrière entre lui et Andréas, tandis que le blond platine arborait toujours une expression choquée, complètement hébété de trouver les deux frères enfermés dans un endroit si... confiné.

- Qu'est-ce que vous faisiez là-dedans ?
- Qu'est-ce que tu viens faire ? siffla Tom.

Andréas se tendit un peu plus quand leurs regards se rencontrèrent, sa joue brûlant encore au souvenir du coup que le blond lui avait donné. Passant une main nerveuse dans ses cheveux, Andi observa encore l'étrange paire un moment, puis il jeta un coup d'½il vers le brun, mal à l'aise en constatant que celui-ci avait pleuré.

- Bill, je peux te parler ?
- Qu'est-ce que tu lui veux ? grogna Tom.
- Je suis juste venu m'excuser. Bill, on peut se parler, seul à seul ? dit-il en ignorant le jeune homme aux dreadlocks.

Tom allait ouvrir la bouche, visiblement agacé par le comportement de leur ami, mais alors qu'il s'apprêtait à avancer vers lui, déterminé à lui montrer à nouveau sa manière de penser, une main attrapa la sienne, le retenant. Il se retourna vers Bill, et leurs pupilles se rivèrent sur l'autre, tels des miroirs.

- Ça ira, Tom.
- Tu en es sûr ?
- Oui, ne t'inquiète pas, murmura presque Bill avec un sourire timide.

Immobile devant la scène, Andréas n'entendit qu'à peine les mots qu'ils échangeaient, ses yeux jalousement rivés sur leurs mains liées tandis que Bill serrait affectueusement celle de Tom pour le rassurer, son pouce en caressant doucement le dos.

Inconscient de cet examen, Tom fixa un instant le regard suppliant de son petit frère, puis il soupira, cédant avec réticence.

- Ok, mais je t'attends dehors.

En guise d'avertissement, il lança un regard noir vers Andréas avant de se sortir de la pièce.

Quand ils furent enfin seuls, le jeune homme leva les yeux vers Bill. Sans le regarder, celui-ci se dirigea vers le lavabo, et Andréas l'observa alors qu'il sortait un mouchoir en papier et le mouillait pour enlever délicatement les dernières traces de khôl sur son visage.

Embarrassé, Andréas croisa les bras et commença à piétiner nerveusement sur place. Quelques secondes passèrent dans une lourde atmosphère avant qu'il n'ose briser le religieux silence.

- Bill, je m'excuse. Je ne sais pas ce qui m'a pris tout à l'heure.

Ledit Bill se redressa, et baissant la tête, il se mordit les lèvres sans répondre, ses pensées semblant ailleurs alors qu'il réfléchissait. Inquiet, Andréas s'emballa :

- Je sais que c'est inexcusable, je n'aurais jamais dû poser la main sur toi, et je comprendrais si tu ne...
-Excuses acceptées, l'interrompit-il.

Surpris, le blond platine redressa la tête avec espoir, et leurs regards se rencontrèrent. Bill frissonna et enveloppa ses propres bras autour de lui. Andréas sourit, laissant échapper un rire. Il souffla, rassuré :

- Oh, merci. Merci Bill, vraiment. Je...
- C'est toi qui as raison, le coupa-t-il. C'est ma faute si on en est arrivés là. J'aurais dû te donner une réponse bien avant.

Bill se pinça les lèvres un instant, et Andi eut encore un rire nerveux :

- Qu'est-ce que tu...
- Ça ne peut pas marcher entre nous, il vaut mieux qu'on arrête là, murmura doucement le brun en relevant la tête.

Interdit à ces mots soudains, Andréas se figea. Ses yeux rivés sur Bill, il eut un léger vertige, ne retrouvant sa langue que plusieurs secondes plus tard :

- Quoi ? bégaya-t-il, déstabilisé. Je comprends que tu sois furax après moi mais...
- Je ne le suis pas du tout.
- Mais... pourquoi alors ? Dis-moi pourquoi ?

Andréas avait l'air dévasté, et Bill détourna les yeux.

- Je ne... ressens pas la même chose que toi. Je suis désolé.

Il se tut un instant en voyant que le blond platine était abasourdi, puis il rajouta :

- Je veux vraiment qu'on redevienne amis, comme avant. Je ne veux pas te perdre, Andi.

Sortant de sa léthargie, Andréas secoua la tête.

- C'est faux. Tu... Tu m'as dit que...
- Je suis désolé, répéta-t-il en bredouillant.

Contournant le jeune homme tout en évitant son regard, Bill se dirigeait vers la porte quand le jeune homme lui barra le chemin. Les yeux du brun s'écarquillèrent avec effroi lorsque leurs pupilles se rencontrèrent. Andréas semblait consumé par la jalousie.

- C'est à cause de Tom ?
- Quoi ? s'étrangla Bill.
- Il n'accepte pas qu'on soit ensemble, c'est ça ? Il ne peut pas supporter que tu sois avec quelqu'un ? Je sais que vous êtes proches, mais...
- Andi, le coupa-t-il. Ça n'a rien à voir avec Tom.

Il avait fortement bégayé, semblant déstabilisé par ses propres mots, et Andréas se tut momentanément à son ton, ses doutes grandissant. Il lui mentait. Et quand Bill essaya à nouveau de passer, paraissant pressé de le fuir, il ne l'en empêcha pas, essayant seulement de contenir la colère qui l'envahissait.

Bill le sentit, et culpabilisant, il marqua une pause quand sa main toucha la poignée et il tourna la tête vers le jeune homme dont il ne voyait que le dos.

- Je suis vraiment désolé. Si tu veux, on pourra en rediscuter à la fête chez Jan, demain soir.

Jan et Daniel organisaient en effet une fête pour leur départ le lendemain soir, fête à laquelle sûrement près de la moitié du petit lycée était convié. Ils auraient tout l'alcool qu'il faut et une gigantesque maison à disposition vu que les parents de Jan ne seraient pas là, et Andréas avait espéré pouvoir se rapprocher de Bill et franchir un nouveau pas dans leur relation, sachant que Simone et Jorg partaient également en voyage pour tout le week-end.

Andréas ferma un instant les yeux. Tout cela n'avait aucun sens, pourquoi Bill... Si soudainement...

Il rouvrit brusquement les yeux quand le brun ajouta avec gêne, souriant timidement :

- Je t'aime beaucoup Andi, et je veux vraiment qu'on reste amis.

La sonnerie retentit en même temps que la porte claquait derrière Bill, et les dents d'Andréas se serrèrent en entendant le timbre étouffé de la voix inquiète de Tom à travers les fins murs.

Il rouvrit les yeux. Il avait enfin compris. Oui, il ne savait pas comment, pourquoi, mais tout cela ne pouvait être que de la faute de Tom. Dieu seul savait ce qu'il avait pu dire à Bill.

Mais quoi qu'il n'en plaise à son frère, Andréas n'était pas prêt à renoncer si facilement à Bill.

À suivre...

***

Chapitre plutôt ennuyant >.>, mais ça va vraiment bouger au prochain, promis! ^^
Gros bisous à tous!!! <333

# Posté le vendredi 26 juin 2009 23:41

Modifié le dimanche 28 juin 2009 06:42

Tu ne peux pas comprendre (12/?)

Tu ne peux pas comprendre (12/?)
Le jeudi soir

Il était tard, et assis dans son lit, éclairé par la faible lumière de sa lampe de chevet, le bout de son stylo entre les dents et un énorme coussin supportant son dos, Bill essayait tant bien que mal d'étudier une dernière fois sa leçon d'histoire quand le téléphone vibra sur la couette diaprée.

Jetant un coup d'½il en coin vers le petit appareil, il soupira et tendit le bras vers celui-ci, puis cliqua sur une touche. Après avoir rapidement lu le message, il renvoya un court texto avant de laisser le téléphone et de se replonger dans son cahier.

Le brun s'était isolé dans sa chambre après le dîner pour réviser – il avait une interro très importante le lendemain matin –, et y était resté depuis, recherchant un peu de calme après sa rude journée.

Néanmoins, ce calme n'était pas fait pour durer, si bien que lorsqu'un toussotement se fit entendre, ce fut sans surprise. Pourtant, la tête de Bill virevolta nerveusement vers la porte qui, laissée plus tôt entrebâillée, était à présent béante, dévoilant l'intrus qui s'était faufilé jusque là.

Rougissant légèrement malgré lui, il observa Tom alors que celui-ci s'appuyait contre l'embrasure de la porte. Ses mains plongées dans les poches de son bas de pyjama, son frère avait le regard fuyant.

- Hey, je peux venir ?

Quelqu'un n'avait visiblement pas envie de dormir tout seul ce soir.

Bill se retint de sourire, et baissant les draps à côté de lui, l'invita silencieusement à le rejoindre. Tom ne se fit pas prier et il ne lui fallut que quelques secondes pour monter dans le lit et s'allonger confortablement sur le côté, se tournant naturellement vers son frère.

Après s'être installé, il demeura néanmoins timidement silencieux, son visage se contorsionnant pensivement comme s'il cherchait le meilleur moyen d'engager la conversation. Ses mains moites alors qu'il restait aussi immobile qu'une statue, Bill déglutit. Si le silence entre eux était en général confortable, les non-dits étaient... inhabituels, car pour la première fois, ils ne savaient pas ce que l'autre pensait réellement.

En effet, après l'incident du matin et l'étrange midi passé à la cantine – Tom et Andi n'avaient pas arrêté de se lancer des regards noirs quand ils pensaient que Bill ne prêtait pas attention –, les deux frères ne s'étaient quasiment pas vus ni parlés, passant sous silence l'étrange épisode des toilettes qui restait confus dans leurs esprits.

Et même quand ils étaient revenus chez eux, Bill était demeuré silencieux, encaissant peu à peu les événements mouvementés de la journée en restant dans son coin.

Agrippant le coussin où il reposait sa tête de ses bras, Tom leva les yeux vers lui :

- Alors, qu'est-ce que tu fais ? l'interrogea-t-il bêtement tellement la réponse était évidente.

Son pied alla tapoter volontairement celui de son jumeau, et Bill rosit à leur contact. Triturant le coin écorné de son cahier, il ouvrit la bouche, mais avant qu'il n'ait pu répondre, le téléphone le sauva en vibrant une nouvelle fois sur le lit, dans le creux entre eux, et il l'attrapa pour lire le message. Décryptant l'horrible écriture phonétique, il lança un timide sourire vers son jumeau.

- J'essaie de bosser, mais principalement, je réponds aux messages d'Andi. Il n'a pas arrêté de m'en envoyer pour s'excuser...
- Ah, je vois, marmotta le blond en tirant sur le coin de son coussin. C'est... bien.

C'était en effet un signe de bonne volonté du blond platine, mais...

Ses paupières mi-closes alors qu'il baissait les yeux, Bill l'observa un instant, intérieurement amusé en voyant comment son jumeau acquiesçait sans le moindre entrain. Il pouvait sentir sa jalousie à des kilomètres.

- ... et pour me demander qu'on se remette ensemble, termina Bill en un murmure.
- C'est bie... Quoi !?

Cette fois-ci, Tom avait écarquillé les yeux, le fixant d'un air sidéré. Bill retint de justesse un gloussement à sa réaction affolée, et balançant à nouveau le téléphone sur le lit, il retourna son attention vers sa leçon. Il ramena ses genoux vers lui.

- Il dit que je lui manque déjà, raconta-t-il, et il promet de ne plus faire les mêmes conneries...
- Mais, tu ne comptes pas accepter ? Après tout ce qu'il t'a fait, tu ne regrettes pas de l'avoir quitté quand même ?

Tom tentait en vain de paraître nonchalant, mais le ton urgent de sa voix le trahissait, montrant à quel point il était inquiet à la perspective que Bill ait changé d'avis sur Andréas. Rougissant, le brun se plongea un peu plus dans son cahier et s'insurgea :

- Bien sûr que non, et tu sais très bien pourquoi.

Il rosit en sentant le regard inquisiteur du jeune homme posé sur lui, et décalant son cahier, il s'allongea sur le côté pour l'éviter, lui tournant le dos. Persévérant, Tom se pencha sur lui et haussa un sourcil :

- Non, pourquoi ?
- Parce que, humpffa Bill.

Regardant obstinément son écriture qu'il n'arrivait plus à décoder – complètement déconcentré par la proximité de son frère –, Bill couina et se tortilla quand un doigt vint lui chatouiller les côtes.

- Tomi ! s'esclaffa-t-il.
- Parce que quoi ? insista Tom.
- Tu sais quoi.
- Non, tu ne m'as rien dit.
- Parce que tu le sais déjà, rougit Bill.

Il captura enfin la main chatouilleuse de Tom, et tous deux s'immobilisèrent jusqu'à ce que Bill ne relâche soudainement sa main, rouge comme un coquelicot.

Malgré leur... chaud câlin de la nuit passée et les mots rassurants de Tom ce matin-là, dans les toilettes du lycée, lui suggérant qu'il l'aimait comme le Tom de ses rêves, il ne se voyait pas lui avouer de but en blanc ses sentiments... ou peut-être devait-il le faire ?

Essayant de calmer le feu dans ses joues, Bill se mit à tirer nerveusement sur la couette de ses doigts, et Tom posa une main sur sa hanche, osant à peine la toucher tandis qu'il se collait lui. Il souffla sur sa nuque :

-Dis-le-moi quand même.

Le brun frissonna en sentant les doigts de son jumeau glisser légèrement entre son bas de pyjama bleu et son tee-shirt blanc. Le cahier tomba à terre, oublié. Bill hésita, son c½ur s'affolant :

- Parce que...

C'est toi que j'aime.

Après une légère inspiration, enfin prêt à se lancer, Bill allait continuer quand une nouvelle vibration intempestive le fit grogner.

Agrippant vivement son coussin, il se redressa dans l'intention d'étouffer son téléphone – donnant un malencontreux coup d'épaule dans le nez de Tom au passage, le malheureux punching-ball étouffant un 'aïe' avant de protéger l'élégante protubérance de ses mains – mais regardant autour de lui, le brun réalisa vite que ce n'était pas le sien qui venait de se manifester.

- Tu pourrais au moins t'excuser, tu viens de me démolir le nez là, au cas où tu ne l'aurais pas remarqué ! geignit Tom d'une voix nasillarde et plaintive pour obtenir son attention.
- C'est ton portable, M. Je-suis-en-sucre, gloussa Bill avec effronterie.

Remarquant néanmoins le regard noir soutenu que Tom lui lançait tout en se frottant le nez, attendant visiblement qu'il répare les dégâts qu'il avait causés, Bill leva les yeux au ciel, amusé de voir que certaines choses ne changeraient jamais entre eux, comme leurs 'excuses'.

Chassant les mains de Tom, il se pencha pour réparer le bout de son nez d'un bisou comme il avait l'habitude de le faire – il arrivait souvent qu'il assomme son frère durant la nuit –, mais Tom pivota la tête au dernier moment en humpffant, vexé, avant de lui tourner de dos de manière théâtrale.

Perdu, Bill cligna des yeux, les papillons dans son ventre s'entrechoquant lamentablement.

- Mais, Tomi...

Tom sortit son portable de la poche de son pyjama, marmonnant misérablement entre ses lèvres d'un ton outré :

- Oser me défigurer pour lire un message d'Andi.

À moitié rassuré, Bill leva une nouvelle fois les yeux au ciel en gloussant, puis retombant sur le lit, il se colla à son jumeau, plantant son nez dans ses dreadlocks et agrippant sa taille de ses longs doigts manucurés.

Le blond cliqua sur le clavier et cessant de frotter son nez martyrisé, il étouffa un rire au bout de quelques secondes en lisant le message qu'il venait de recevoir, attisant la curiosité du brun :

- C'est qui ?
- Quelqu'un..., sourit Tom.

Il avait dit cela sur un ton évasif, légèrement taquin. Encore plus curieux, Bill se pencha sur lui et se redressa un peu plus pour tenter de lire les mots, mais Tom cacha son portable de sa vue d'une main. Il rit pour de bon en terminant de lire son message, et Bill sentit la jalousie le piquer.

- C'est une fille ?

Tom haussa les épaules et écrasant son nez contre l'épaule de son frère, Bill fronça les sourcils, un peu inquiet.

Il savait qu'avec son pseudo look de gangster, Tom était plutôt populaire auprès des filles de leur lycée et que celles-ci avaient pour habitude de lui laisser leur numéro. Or, il n'était pas rare que Tom leur envoie des messages. Car même si cela faisait longtemps que son frère n'était pas sorti avec quelqu'un, il aimait flirter avec elles – surtout si elles étaient blondes et stupides, grogna-t-il intérieurement – pour maintenir sa réputation de Don Juan.

Néanmoins, maintenant Tom n'avait aucune raison de flirter avec ces blondes écervelées, n'est-ce pas ?

Le brun humpffa impatiemment :

- Tomi !

Il se pencha encore vers lui, étirant son cou pour voir l'écran, et Tom lui tourna encore plus le dos en gloussant.

- C'est Georg, expliqua-t-il enfin.

Bill retint un soupir de soulagement. Depuis le week-end passé, Tom et lui avaient parlé à diverses reprises avec Georg et Gustav, via téléphone et msn. Cependant, son soulagement fut de courte durée. Pourquoi Tom faisait-il autant de mystère autour d'un petit texto alors ?

Il le regarda suspicieusement et se redressant à moitié, assis sur le côté, il croisa les bras.

- Et qu'est-ce qu'il raconte de si important pour que je ne puisse pas le savoir ?

Tom se tourna légèrement pour mieux voir son petit frère capricieux, et le c½ur de Bill s'accéléra quand leurs yeux se rencontrèrent.

- Gustav et lui viennent à fête chez Jan, demain soir.
- Ah..., rougit Bill.
- Ils veulent nous parler. En fait, ils auraient soi-disant quelque chose à nous proposer, plus précisément.
- C'est vrai? Quoi donc ? s'étonna Bill.
- Je ne sais pas, Georg ne m'a rien dit de plus, sourit Tom.

Bill rosit et baissa les yeux, se sentant soudainement un peu embarrassé de s'être montré si jaloux pour un simple sms. Après s'être mordu les lèvres, Tom ajouta, baissant lui aussi les yeux pour tapoter un message en réponse à leur nouvel ami

- En fait, ce n'est pas exactement tout, il m'a aussi donné des conseils au sujet d'une fille.

Bill releva la tête, ses yeux écarquillés.

- Quoi ?
- Je lui ai simplement dit que quelqu'un m'intéressait, répondit Tom en haussant les épaules, un peu embarrassé. J'avais besoin d'en parler à quelqu'un.

Le c½ur de Bill se glaça soudainement. Tom, son Tom était intéressé par une fille ? Quelle fille?

Incapable de parler, Bill le fixait désespérément pour capter son attention, pour qu'il lui en dise plus, mais Tom ne le regardait pas, écrivant toujours de son pouce. Il poursuivit néanmoins :

- En gros, je lui ai raconté que je me suis rendu compte que je l'aimais en rêvant d'elle, dans des rêves plutôt hot, et là il me harcèle pour avoir plus de détails. Ce type est complètement pervers, rit-il.

Bill se mit à trembler à ces mots. Tom était amoureux de cette fille ?

Cela voulait-il donc dire qu'il avait eu faux sur toute la ligne concernant le comportement de son frère ? qu'il n'avait été excité à son réveil ce matin-même que parce qu'il avait fait un rêve érotique sur elle ? Comment ne s'en était-il pas rendu compte ?

Leurs baisers et leurs caresses si intimes n'avaient donc jamais rien voulu dire de spécial pour Tom ? Cela ne signifiait rien ?

Bill avait l'impression d'avoir été poignardé en plein c½ur, mais par-dessus tout, il ne comprenait pas. Il ne comprenait pas pourquoi Tom l'avait trahi.

- Pourquoi tu as été en parler à Georg ? murmura-t-il d'une toute petite voix. Pourquoi tu ne me l'as pas dit à moi en premier ?

Même si ça lui aurait déchiré le c½ur, pourquoi n'était-il pas venu lui en parler à lui, à son jumeau ?

Les larmes lui montèrent subitement aux yeux malgré lui et il grimaça pour les empêcher de tomber. Tom releva brusquement la tête aux trémolos dans sa voix. Ses yeux grands ouverts, il le dévisagea avec incompréhension.

- Dit quoi ?

Reculant jusqu'à s'asseoir sur ses genoux, Bill agita ses mains dans l'air et secoua la tête, l'air déboussolé. Il n'osait pas le regarder dans les yeux.

- Que... tu étais tombé amoureux d'une fille !
- Mais, Bill...
- On se dit tout d'habitude, et là tu me tiens à l'écart...
- Bill...
- Alors que je pensais, oh mon dieu...
- Bill ! s'impatienta Tom.

Ledit Bill allait tourner la tête, battant des cils pour chasser l'humidité qui commençait à s'accumuler dangereusement quand Tom se redressa et captura d'autorité son visage.

- Bill, regarde-moi.

Agrippant les poignets de son frère, Bill renifla, fixant obstinément la porte sur le côté. Était-il si malade et dérangé pour s'être imaginé que Tom l'aimait lui aussi ?

Bill déglutit, ravalant un sanglot, et les yeux de Tom cherchèrent les siens.

- Pourquoi je t'aurais dit quelque chose que tu sais déjà ? soupira-t-il.

Il ne fallut que quelques secondes pour que Bill ne tourne la tête vers lui, perdu.

- Quoi ?

Tom haussa les épaules. Ses mains quittèrent son visage en une caresse.

- Tu sais de qui je parle, tu les as vus comme moi, ces rêves.
- Quels rêves ? demanda prudemment Bill.

Il ne voulait pas se ridiculiser plus encore en dévoilant le premier ses songes. Tom se tortilla sur lui-même, et embarrassé à son tour, il leva les yeux au ciel.

- Tu sais lesquels.
- Non, insista Bill. Dis-moi.

Malgré sa dénégation, les yeux de Bill brillaient avec un soudain intérêt, son c½ur ayant repris espoir.

- Tu sais, toi et moi..., dit-il avec embarras.
- Continue.

Les yeux de Bill s'étaient ouverts comme des soucoupes en comprenant qu'il n'y avait pas réellement de 'fille'. Il pouvait lire les pensées de Tom à présent mais il voulait les entendre à voix haute. Cependant, Tom ne semblait pas enclin à se plier à sa volonté.

- Toi d'abord, rosit le têtu.
- Non, toi, exigea Bill en tapant mollement son torse.

Étouffant un cri, Tom fit mine d'avoir été frappé de plein fouet, retombant en arrière sur le lit après une chute ridiculement dramatique, puis agrippant sa poitrine au niveau du c½ur, il ferma les yeux et fit le mort. Bill eut une petite moue.

- Tom, arrête tes conneries et réponds-moi.

Tom ne répondit pas, semblant dormir paisiblement bien que cela ne fût pas le cas, et Bill soupira. Il attrapa la jambe de Tom à travers les couvertures, la secouant vivement.

- Tom...

Mais il ne réagit pas non plus, et la moue de Bill s'accentua. Se traînant sur ses genoux, il vint s'asseoir à côté de lui, fixant son visage calme et ses longs cils résolument clos.

- Tomi...

Ledit Tomi ne bougea pas d'un poil, et s'impatientant, Bill s'allongea contre lui. Il ramena les draps sur eux, puis posant sa tête à côté de la sienne sur l'oreiller, il se mit à tapoter sa joue du bout de son doigt en boudant.

- T'es mort ?

Comme il ne répondait toujours pas, Bill posa son menton sur son épaule et l'observa en soupirant. Un moment passa en silence, pendant lequel il pesa le pour et le contre, puis il souffla, abandonnant, et marmotta :

- Ok, je commence, mais t'as pas intérêt à te moquer de moi.

Il marqua une pause, et comme Tom semblait attentif, il rassembla tout son courage pour continuer, sa voix étouffée contre l'épaule du blond bégayant légèrement :

- J'ai rêvé de toi...

Il leva les yeux au bout de quelques secondes, examinant avec crainte les traits paisibles de Tom, puis comme celui-ci ne réagissait toujours pas, il baissa les yeux vers son torse qui se levait et s'abaissait calmement. Le caressant doucement de sa main, il précisa d'une toute petite voix nerveuse :

- ... de toi et moi.

Ses yeux se perdirent dans le vague, rassemblant ses souvenirs, et il poursuivit d'une voix incertaine :

- Dans ces rêves, on était amis avec Georg et Gustav, et on était tous les quatre des rock stars adulées par des milliers et des milliers de fans. On n'arrêtait pas de voyager de ville en ville, d'hôtel en hôtel. Quelque part, même si ça peut paraître bête, on avait l'air d'être libres, toi et moi...

Libres de s'aimer.

Il marqua une pause, sa main moite venant recouvrir celle de Tom qui agrippait toujours son tee-shirt, au-dessus de son c½ur qui battait rapidement.

- Même si on devait cacher le fait... qu'on était amants..., murmura-t-il timidement.

Il s'interrompit pour de bon, ses joues en feu et son c½ur en panique de s'être ainsi livré, attendant anxieusement que Tom lui dise quelque chose, n'importe quoi pour le rassurer, et une bonne demi-minute s'écoula avant que... Tom ne ronfle bruyamment.

Les yeux de Bill s'ouvrirent comme des soucoupes et toujours aussi rouge qu'une tomate, il humpffa, scandalisé. Roulant à moitié sur son frère, il pinça le bout du nez de Tom et le tordit sans ménage pour se venger. Tom se tortilla sous lui, craignant visiblement pour l'intégrité de son précieux appendice.

- Aïe !!! Tu essayes de m'amputer le nez ce soir ou quoi ? gémit-il plaintivement en le fusillant du regard.
- Sois content que je n'essaie pas de t'amputer autre chose, grogna Bill.

Oubliant sa gêne précédente, son genou vint frotter son entrejambe pour appuyer ses menaces, et Tom eut un sourire en coin provocateur.

- Tu n'oserais pas.

Il ondula ses hanches, leurs bassins se frottant, et quelque part rassuré par son attitude normale, Bill le regarda en gloussant avant de le chatouiller, ses mains descendant picoter son ventre et se dirigeant de plus en plus bas.

- Tu veux parier ?

Tom couina, étouffant ses rires alors que Bill gloussait ridiculement, et il ne tarda pas à céder.

- Bill ! Pouce, arrête ! J'arrive plus à respirer.

Bill sourit victorieusement et Tom pencha sa tête en arrière un instant pour reprendre sa respiration avant de le regarder à nouveau. Ils se fixèrent ensuite un long moment, des flashs de leurs rêves remontant à la surface de leur conscience, et leurs sourires disparurent légèrement pour ne laisser que des yeux chocolatés chauds et brillants qui se perdaient dans leur reflet.

Le temps sembla se suspendre jusqu'à ce que Tom murmure :

- Je t'aime Bill, je t'aime à la folie...

Les yeux de Bill s'écarquillèrent, son pouls s'accélérant. Il l'aimait ? Tom l'aimait vraiment ?

- Mais ici, on n'est pas dans un rêve. On n'a pas le droit... Ce n'est pas... normal, rajouta doucement Tom.

Le c½ur du brun se serra brusquement en voyant le sourire triste et défaitiste de son frère devant la dure réalité.

Quels que soient leurs sentiments, leur désir inconscient révélé par leurs rêves communs, être ensemble leur était interdit. Leur rêve était un beau rêve, mais un rêve inaccessible. Ils ne pourraient jamais être libres de s'aimer dans ce monde.

Bill déglutit lourdement avant de dire tout bas :

- Je m'en fous...

Il se fichait bien de souffrir en cachette, il se fichait d'être anormal. Après tout, c'était quoi, être normal ?

Bill se pencha lentement, et leurs yeux toujours rivés l'un sur l'autre, embrassa le bout du nez qu'il avait martyrisé plus tôt avant de frotter contre le sien en un baiser eskimo. Il souffla encore contre ses lèvres :

- ... si tu savais à quel point je m'en fous. J'ai besoin de toi. Je veux être avec toi.

Ses yeux brillaient à présent, et quand il continua, plus bas qu'un murmure, sa voix fut étranglée d'un sanglot :

- Je t'aime Tom.

Les yeux brillants de Tom se refermèrent alors qu'il se pinçait les lèvres pour ne pas craquer, et quelques secondes passèrent en silence avant que Bill ne sourie timidement, observant ses paupières closes avec dévotion.

- Tomi...

Son frère rouvrit les yeux, et Bill haussa les épaules.

- Tu veux sortir avec moi ?

Tom cligna lentement des yeux, l'air perdu, et Bill bredouilla :

- Si on est prudents, ça peut marcher, et... je le veux vraiment, alors, je... Enfin... ce que je veux dire... je sais ce que je veux, alors si toi aussi...

Il se mordit les lèvres, se sentant incapable de dire quelque chose de plus cohérent. Il ne savait pas où cela pourrait les mener. Ce ne serait peut-être pas tellement différent de ce qu'était déjà leur étrange relation, ou peut-être serait-ce quelque chose de complètement nouveau, Bill n'en était pas sûr, mais si cela pouvait fonctionner pour leurs doubles chimériques, peut-être que cela pourrait aussi marcher pour eux ?

Bill rougit encore, et étouffant malgré lui un rire, Tom accepta silencieusement mais avidement d'un hochement de tête, puis conclut leur nouveau pacte en glissant sa main sur sa nuque pour l'attirer à lui et poser doucement ses lèvres tremblantes sur les siennes, les happant tendrement pendant quelques secondes avant qu'ils n'approfondissent tous deux goulûment le baiser, leurs bras venant enlacer l'autre.

Il leur fallut de longues secondes avant de se séparer, et quand ils se regardèrent, frissonnant à la chaleur audacieuse qui s'était emparée d'eux, ils gloussèrent nerveusement.

- Quand je vais dire à Georg que j'ai conclu avec la fille de mes rêves, plaisanta Tom en caressant le dos de Bill.
- On n'a pas encore 'conclu', idiot, humpffa Bill.
- Techniquement, pas encore, mais un jour, bientôt, susurra Tom.

Un sourire en coin, il lui fit un clin d'½il taquin, et virant une fois de plus écarlate alors que son esprit tentait d'imaginer ce qu'il laissait entendre, Bill humpffa à nouveau.

- On verra, peut-être...
- Peut-être ?

Roucoulant stupidement, Tom lui fit des yeux dignes du chat Potté, et Bill détourna la tête, tel un coquelicot intimidé par le soleil. Envisager... de faire l'amour avec son frère était aussi attirant qu'effrayant. Rien que l'idée que son frère soit son premier... et d'être également le premier de Tom... C'était bien plus significatif que tous les batifolages fraternels, bien que moralement indécents, auxquels ils s'étaient livrés jusqu'alors.

- Peut-être, répéta-t-il en haussant les épaules le plus nonchalamment possible pour ne pas frissonner.

Tom s'esclaffa à son air grognon et gêné avant de l'embrasser à nouveau, le serrant comme un nounours alors qu'il renversait leur position. Il tendit ensuite la main pour éteindre la lampe de chevet, l'obscurité sécurisante enveloppant leur tendre étreinte.

Ils restèrent un bon moment à s'embrasser de simples mais longs et chauds baisers mouillés dont ils n'avaient que peu profité jusque-là, prenant le temps de se câliner de douces et tendres papouilles, et Bill se vengea même de l'effronterie passée de Tom en lui infligeant un joli suçon dans le cou – à vrai dire, il ne s'était pas vraiment défendu non plus...

Sur le lit, le portable gisait, complètement oublié, et ce ne fut que bien plus tard, lorsque Tom se fut endormi, ronflant légèrement dans ses bras, que Bill tendit le bras vers son portable dont l'écran brillait, luttant contre la pénombre.

Il n'y avait pas moins de dix messages, tous d'Andréas. Il les lut rapidement puis soupira. Andi était impatient d'être à la fête de Jan du lendemain soir, convaincu que les choses pouvaient y être réparées entre eux.

... je t'aime toujours,
je veux qu'on parle demain,
je sais qu'on a encore une chance toi et moi...


Le brun soupira et répondit, tapotant sur le clavier lumineux.

Je suis désolé Andi, il y a quelqu'un d'autre...
Redevenons amis, j'y tiens énormément.


Il envoya le message, éteignit le portable pour la nuit, puis se lova à nouveau contre Tom, inspirant son odeur et caressant un moment ses dreadlocks entre ses doigts en souriant légèrement avant de sombrer lui-même sereinement dans le sommeil.

À quelques kilomètres de là cependant, une autre personne avait les yeux écarquillés, fixant l'écran de son portable, complètement incrédule.

Il y a quelqu'un d'autre...

Andréas ne ferma pas l'½il de la nuit.

À suivre...

***

Ce passage n'était pas prévu à la base, et il n'a fait que s'allonger au fur et à mesure... ^^;
Le ~drama~ n'arrive donc qu'au prochain chapitre... vv
Mwéhéhé... 8D
Bisous tout le monde!!! <3333333
Et merci énormément pour tous vos com's, ça fait vraiment hyper hyper hyper plaisir!!! <33333

# Posté le lundi 13 juillet 2009 22:30

Modifié le jeudi 24 septembre 2009 11:18

Tu ne peux pas comprendre (13/?)

Tu ne peux pas comprendre (13/?)
Je me suis encore étalée pour pas grand-chose, donc ce chapitre contient moins de choses que prévu, cela sera pour le prochain chapitre. ^-^;
J'espère cependant qu'il ne vous décevra pas trop. :D

Bonne lecture!

***

Le lendemain soir.

Comme si l'hiver ne voulait pas encore mourir, la neige s'était remise à tomber sur le sol gelé, ses petits flocons luttant pour survivre en s'accrochant partout où ils le pouvaient, s'agglutinant aux pointes des cheveux bruns et blonds que les bonnets de leurs propriétaires ne suffisaient pas à camoufler entièrement.

En effet, sur le trottoir situé à quelques dizaines de mètres de la maison où avait lieu la fête, Bill et Tom commençaient peu à peu à ressembler à d'étranges bonhommes de neige, et pour cause...

Ils avaient à peine eu le temps de mettre le pied hors de la voiture que penchée à la fenêtre ouverte, Simone avait commencé à égrener sa longue liste de recommandations.

Bien entendu, ils n'avaient pu s'enfuir – il fallait être suicidaire pour tenter d'échapper à leur mère –, et cinq minutes plus tard...

- ... Et vous n'oublierez pas de fermer la maison à clé la nuit... Au fait, vous avez bien les clés de la maison ? s'inquiéta-t-elle soudainement, affolée.
- Oui, soupirèrent-ils en c½ur en trifouillant le sol neigeux de leurs chaussures.

Comme elle ne semblait pas convaincue, Bill lui montra le trousseau de clefs enfilé sur son index, son visage arborant un air blasé. Elle souffla de soulagement puis poursuivit :

- Vous nous appelez au moindre problème, entendu ?
- Oui.
- Et pas d'alcool ce soir !
- Maman, arrête de t'en faire, geignit Bill en croisant les bras. Ça va aller. De toute façon, c'est Gustav et Georg qui nous ramènent, et Gustav ne boira pas ce soir, rajouta-t-il rapidement.

En effets, leurs nouveaux amis leur avaient gentiment proposé de les ramener chez eux après la fête de Jan, Georg ayant emprunté la voiture de son père. Néanmoins, Simone n'était pas toujours rassurée. Jorg et elle s'envolaient le soir même pour un week-end romantique à Venise, laissant le champ entièrement libre à leurs deux grands adolescents – qui semblaient d'ailleurs étrangement pressés de les voir partir.

Or, malgré leurs airs angéliques et innocents de grands bébés, elle savait qu'ils étaient de vrais petits diablotins toujours prêts à faire les quatre cents coups.

- Ce n'est pas une raison pour ne pas être raisonnable, dit-elle en fronçant les sourcils.
- On sera sages, promis, répondit Bill en levant les yeux au ciel.
- Il y a intérêt, insista-t-elle.

Un sourire taquin en coin, Tom glissa son bras autour des épaules de son frère, l'attirant légèrement contre lui.

- Ne t'inquiète pas, je le surveillerai comme le lait sur le feu.

Ses joues rosies par le froid, Bill humpffa, prêt à répliquer, quand Simone le devança en haussant les sourcils :

- Je pensais surtout à toi en disant cela.

À ces mots, Tom eut une petite moue et Bill s'esclaffa.

- Je suis sérieuse en tout cas, soyez prudents, continua-t-elle.
- Et pas de bêtises ! ajouta Jorg en se penchant à son tour vers la fenêtre.
- Vous aussi ! chantonnèrent les jumeaux d'une même voix. Et amusez-vous bien !

Jorg soupira en voyant ses deux fils bras-dessus bras-dessous, et Simone remonta la vitre après leur avoir envoyé un baiser du bout des doigts. La voiture démarra, et les deux frères leur firent des signes d'adieu jusqu'à ce qu'ils disparaissent au coin de la rue.

Quand ils furent enfin seuls, Tom laissa échapper un couinement de joie, et avant que son frère n'ait pu réagir, il le prit alors dans ses bras, le faisant tournoyer avec lui.

- Enfin, j'ai cru qu'ils ne partiraient jamais.

Passant ses bras autour du cou du blond, Bill gloussa. Il redevint néanmoins sérieux et préoccupé quand le nez de Tom s'écrasa sur le haut de sa joue, son jumeau venant déposer une grosse bise sur celle-ci.

- Tomi, pas ici. N'importe qui pourrait nous voir, murmura-t-il.
- Je m'en fous, on ne fait rien d'illégal, grogna doucement Tom. Et je t'ai à moi tout seul pour tout un week-end.

Bill sourit à ces mots, et oubliant ses propres craintes – n'importe qui allant à la fête pouvait passer non loin de là et les voir –, il le serra un peu plus, gloussant encore alors que le jeune homme le faisait tournoyer à nouveau. Son c½ur amoureux battait si vite qu'il en devenait ridicule d'essayer de lutter contre la volonté de celui-ci avec quelque raisonnement sérieux.

Néanmoins, quand un raclement de gorge se fit entendre, ils se tournèrent brusquement vers la source du bruit, à quelques mètres de là. Leurs yeux toujours fixés sur ceux de l'intrus, Tom fit immédiatement redescendre Bill par terre, et leurs expressions se ternirent.

Ses mains dans les poches, les observant attentivement, Andréas s'avança vers eux :

- Hey.
- Hey, répondit timidement Bill.

Ils restèrent quelques secondes silencieux tous les trois, les flocons s'amusant à se coller sur leurs visages avant de fondre sous la température anormalement chaude de leurs joues rougies.

- Je suis content que tu sois là, dit Andréas en s'adressant à Bill. J'avais peur que tu décides de ne pas venir.
- Je n'aurais jamais manqué la fête de départ de Jan et Daniel, sourit légèrement Bill, un peu gêné.

Le blond platine acquiesça silencieusement bien qu'il parût désarçonné par le manque d'enthousiasme évident sur le visage de Bill à sa vue. Andréas jeta encore un coup d'½il vers Tom, notant à quel point il se tenait proche de son jumeau, et il s'éclaircit encore la gorge :

- Je voulais encore m'excuser, dit-il en fixant le blond. J'espère qu'on est... quitte d'une certaine manière ? Tu sais, j'ai encore la marque de ton coup de poing.

Il se massa la mâchoire là où un bleu était visible pour appuyer ses dires. Les yeux de Bill s'écarquillèrent de surprise en remarquant la petite tache qui brunissait, puis sa tête virevolta brusquement vers Tom. Il haussa un sourcil à l'air coupable de son frère.

- Un coup de poing ? lui chuchota-t-il en aparté. Je pensais que tu lui avais seulement mis une baffe ?

Plongeant ses mains dans ses poches, Tom toussota, et évitant son regard, il répondit à leur ami :

- Si Bill t'a pardonné, je ne vois pas pourquoi je t'en voudrais encore.
- Merci.
- Tu n'as pas à me remercier. On est amis, non ?

Se détendant un peu à ces mots, Andréas hocha plusieurs fois la tête sans rien dire, puis s'approcha et le prit dans ses bras, lui tapotant virilement le dos, et Tom fit de même. Puis le blond platine le lâcha pour se tourner vers Bill. Il hésita pendant quelques secondes, les deux garçons se fixant avec embarras alors qu'il flottait encore une certaine tension dans l'air.

- Nous aussi, on est..., hésita-t-il.
- Amis, termina Bill.
- Amis, répéta en écho Andréas.

Il ne semblait pas convaincu néanmoins, et quand il se rapprocha de Bill pour l'enlacer, celui-ci se tendit imperceptiblement, incertain que le jeune homme ait totalement renoncé à lui.

Bill tapota le dos du jeune homme qui s'agrippait à lui, jetant un coup d'½il par-dessus son épaule à Tom qui avait détourné les yeux, les mains dans les poches et les traits tendus.

Le brun retint un petit rire et recula, Andi le relâchant à regret, et ils restèrent silencieux, un peu gênés, jusqu'à ce que Bill penche la tête, observant curieusement l'ecchymose sur le visage de son ami.

- Il ne t'a pas loupé, dis.
- Bah, c'est rien, marmonna Andréas. Ton frère frappe comme une fille... Aïe !

Andréas frotta son bras que Bill venait de taper de son poing et regarda le brun d'un air hébété. Bill lui tira effrontément la langue puis sourit en coin, et comprenant enfin, le blond platine leva les yeux au ciel en soupirant.

- Je sais, je sais..., marmotta-t-il. Ne jamais, jamais...
- ... critiquer Tom, termina Bill.

Ils se regardèrent sérieusement pendant quelques secondes, puis Bill éclata de rire, imité par Andréas qui le fixait d'yeux brillants d'intérêt. Néanmoins, le rire du blond platine se fana quand Bill tourna la tête vers son frère – qui avait l'air un peu perdu devant leur échange – pour lui lancer un sourire étincelant.

Les yeux marron du brun dévoilaient une dévotion et un amour absolus envers son jumeau, le dévorant presque indécemment de leur regard, et le c½ur d'Andréas se pinça. Il s'impatienta.

- On y va ? Ils doivent nous attendre, on est sûrement parmi les derniers à arriver.

Détournant ses yeux de son frère, le brun sembla revenir sur Terre et acquiesça. Tous les trois se mirent en route, et alors que Bill bavardait timidement avec lui, Andréas sourit, satisfait.

Il n'avait pas été vain d'attendre pendant une heure depuis sa cachette l'arrivée de son ex. Oui, il en était sûr. Ce soir, il trouverait le moyen de récupérer Bill, coûte que coûte.

Se penchant vers Bill pour lui murmurer les derniers potins sur la soirée à venir, il attrapa son avant-bras pour l'attirer légèrement vers lui, remarquant le gloussement nerveux du brun à son geste.

En revanche, il ne remarqua pas le regard méfiant et jaloux de Tom posé sur lui.

***

Sirotant sa bière, Bill jeta un coup d'½il vers Tom. Leurs yeux se rencontrèrent un instant avant que Tom ne détourne la tête alors qu'une petite blonde essayait d'attirer son attention.

Bill soupira et tenta en vain de suivre la conversation – ou plutôt le monologue – qu'il entretenait avec Andréas. D'habitude, il adorait papoter avec son meilleur ami, mais ce soir-là, il aurait préféré rester aux côtés de Tom. Or, bien qu'il ne fût qu'à un ou deux mètres de lui, son frère était littéralement accaparé par ses amis et entouré d'une ribambelle de filles que Bill ne connaissait même pas pour la plupart.

Il fronça les sourcils quand battant des cils, la petite blonde s'approcha presque lascivement de son jumeau et attrapa le bout de l'une de ses dreadlocks pour l'examiner. Mettant en avant son outrageant décolleté, elle gloussa de manière ridicule tandis que Tom lui disait quelque chose. Le jeune homme semblait crispé, embarrassé par sa proximité, regardant de temps à autre son jumeau comme s'il espérait obtenir quelque aide de sa part.

Néanmoins, Bill était malgré lui coincé avec Andréas, et quand la jeune fille rit encore un peu plus fort – son rire ressemblant à des caquètements était d'ailleurs hautement ridicule –, attirant l'attention d'une bonne partie de la salle, Bill humpffa avec agacement. Comment osait-elle flirter si ouvertement avec son Tomi ?

- Bill ? Bill, tu m'écoutes ?

Détournant son regard de l'odieux spectacle, le brun sortit de sa transe :

- Hein ?
- Je te disais seulement que Tom a l'air d'avoir du succès ce soir.
- Ah, euh oui, marmonna Bill dans sa bière.
- Non mais regarde ça. Chantelle est à deux doigts de lui sauter dessus, s'esclaffa Andréas.
- Je m'en fous, s'impatienta-t-il.
- Ça n'a pas l'air de te plaire on dirait, pourtant Tom ne semble pas s'en plaindre.
- Andi, je t'ai dit que je m'en foutais.

Surpris par son ton sec, le blond platine le fixa un moment, perdu, puis son estomac se tordit désagréablement. Les mots inscrits sur son portable lui revinrent douloureusement en mémoire. Était-il possible que Bill soit tombé amoureux de cette fille ?

- Ne me dis pas que tu es jaloux ?

Surpris, Bill se tut un instant et regarda dans même direction que son ex-petit ami. Il grimaça en voyant la jeune fille blonde glousser bêtement, minaudant devant Tom. Elle ne savait même pas se maquiller correctement. Il étouffa un rire gêné, cherchant ses mots.

- Pourquoi je le serais ? Tom peut faire ce qu'il veut.
- Mais, cette fille...
- C'est une dinde, visiblement. Et Tom a plus de goût que ça.

Andréas se tut un instant, réalisant qu'il s'était trompé, et son sang se glaça.

- Il a l'air intéressé pourtant.
- Il ne l'est pas, répondit fermement Bill en fronçant les sourcils.

Bill se tut à son tour, sentant qu'il avait laissé sa jalousie transparaître, et après avoir vidé d'un trait le reste de sa boisson alcoolisée, il marmotta qu'il allait s'en chercher une autre et partit vers le buffet sans remarquer le regard éberlué d'Andréas posé sur lui.

Le brun se versa du ponch, glissant de temps à autre des coups d'½il jaloux et agacés vers Chantelle qui ne cessait de se rapprocher de son frère. Pourquoi Tom ne s'en débarrassait-il pas ? Perdu dans ses pensées meurtrières, il sursauta et poussa un petit cri aigu quand une main vint lui tapoter l'épaule. Il virevolta sur lui-même.

- Salut, ça va ? Désolé si je t'ai fait peur, dit Georg.

Gustav et Georg se tenaient face à lui, verre en main, et Bill eut un large sourire.

- Juste un peu surpris. Ça va, et vous deux ?
- Ça va. La fête est sympa.

Georg passa nonchalamment sa main libre sur le bas du dos de Gustav, et Bill se retint de glousser en remarquant que quelques personnes espionnaient le couple du coin de l'½il, plus par curiosité qu'autre chose. Alors que les rumeurs sur son homosexualité s'étaient répandues comme de la poudre depuis la veille, la présence de Gustav et Georg qui n'avaient que faire du qu'en dira-t-on aidait Bill à se détendre.

- Vous avez changé d'avis concernant le groupe ? demanda Bill avec curiosité et espoir.

Les deux jeunes hommes secouèrent la tête, et Bill soupira.

- Les gars vont vraiment être déçus.
- Ils s'en remettront. Par contre, est-ce que Tom t'a parlé de notre idée ? s'enquit Georg.
- Non, laquelle ? s'étonna Bill.

Georg désigna Gustav et lui-même.

- Je lui ai demandé si vous ne voudriez pas venir demain pour faire une répète avec nous.

Les yeux de Bill s'écarquillèrent. Il n'avait pas réellement cru que ses nouveaux amis avaient été sérieux la première fois qu'ils avaient suggéré de faire quelque chose ensemble. Il rougit.

- Mais... Je n'ai jamais vraiment chanté devant quelqu'un...

A vrai dire, la seule personne qui l'avait entendu brailler était son jumeau.

- Bill...
- ... et puis, ça ne serait pas très correct envers Andréas et son groupe après ce qui s'est passé.
- C'est par rapport à ton copain ? Tu penses qu'il pourrait mal le prendre ? dit Gustav en fronçant les sourcils.
- On n'est plus ensemble, rougit Bill en baissant les yeux.

Les deux autres échangèrent un regard surpris.

- Oh, ben raison de plus, conclut Georg. Allez, Bill, s'il te plaît. Juste pour un essai. Tom a dit qu'il viendrait aussi si tu acceptais.
- Je ne sais pas, hésita-t-il.

Georg lui lança un regard suppliant, joignant ses mains, et Bill s'esclaffa.

- Ok, ok. J'abandonne, on viendra.
- Yes ! Demain à 14 heures chez moi alors.

Bill acquiesça puis se figea en voyant Chantelle poser sa main sur le torse de Tom, celle-ci essayant de le faire reculer contre le mur et se collant dangereusement près de lui, et les dents de Bill se serrèrent, le brun fusillant littéralement la jeune fille du regard bien qu'elle ne le remarquât pas.

- Excusez-moi, je reviens. Je vais aller le dire à Tom, marmonna-t-il en serrant son nouveau verre entre ses doigts.

Laissant ses amis se faire assaillir par le groupe d'Andréas, il se dirigea vers son frère et la jeune fille, et sous les yeux éberlués du blond platine qui l'observait toujours, Bill heurta de plein fouet la petite blonde comme s'il ne l'avait pas vue, et celle-ci poussa un cri aigu au contact du liquide froid du verre que Bill venait de renverser "malencontreusement" sur elle. Bill fit mine de s'affoler et posa une main sur sa propre bouche :

- Oh, je suis vraiment désolé. Je ne t'avais pas vue. Ça va ?

Le regardant un regard noir, Chantelle se contint et grimaça un faux sourire pour faire bonne figure devant Tom.

- C'est bon, ce n'est pas grave.

Elle s'excusa, filant à double vitesse nettoyer son haut dans les toilettes les plus proches en marmonnant des gros mots entre ses dents.

Bill la regarda partir avec soulagement, et ce ne fut que lorsqu'il sentit un souffle chaud sur son oreille que ses pieds revinrent sur Terre.

- Tu l'as fait exprès.

Tom souriait en coin, ses yeux brillants légèrement. L'air innocent, le brun se tourna vers lui.

- Je ne vois pas du tout de quoi tu parles.

Le rosissement sur ses joues le trahit néanmoins et Tom gloussa à sa jalousie. Il prit le verre désormais vide de Bill, et tendit la main vers la table pour en prendre deux nouveaux. Il lui en donna un et se pencha à son oreille pour lui parler, les deux frères se rapprochant jusqu'à être pratiquement collés l'un à l'autre dans la foule compacte, discutant comme s'ils étaient seuls au monde.

Or, alors que la musique battait maintenant son plein, quelqu'un avait observé toute la scène avec incrédulité, buvant verre après verre et fulminant alors que les deux frères riaient et se chuchotaient dieu seul savait quoi à l'oreille, leur proximité à la limite de la décence tandis que les doigts de l'un glissaient discrètement sur le tee-shirt de l'autre de temps à autre.

Andréas eut un vertige en finissant un énième verre, ses souvenirs se mélangeant au présent. Bill enfermé dans la salle de bains avec Tom, dans les toilettes du lycée avec Tom, Bill et Tom allongés sur la neige, Bill tournoyant dans les bras de Tom... et puis tous ces regards... Il y avait tellement d'indices qui s'accumulaient, mais pourtant... Bill ne pouvait pas être jaloux de Chantelle à cause de Tom, si ?

Sinon, cela voudrait dire que...

Andréas secoua la tête et se servit un autre verre.

Non, c'était absurde.

***

Assis en tailleur sur le sol, Bill regardait avec une certaine angoisse la bouteille posée au milieu du cercle que lui et une huitaine de personnes formaient. Sous les encouragements des joueurs, la bouteille tournait au rythme de la musique.

Ou peut-être était-ce la pièce entière qui tournait tel un manège.

Bill retint un hoquet, sa tête dodelinant sous l'effet de l'alcool. Il ne savait plus très bien combien de verres il avait bus, ni comment il en était arrivé à accepter avec son frère, Chantelle – qui était bien vite revenue à l'attaque vers Tom, en vain – et plusieurs autres inconnus de jouer à Action ou Vérité.

Tout aussi égayé par l'alcool que lui, Tom avait dit que ça serait un bon moyen pour s'intégrer un peu mieux parmi les autres élèves de leur lycée, et Bill s'était laissé convaincre. Néanmoins, il le regrettait déjà quand la bouteille s'arrêta dès le premier tour sur lui sous une nuée de 'ahhhh' et de rires.

Il déglutit et jeta un coup d'½il incertain vers Tom qui haussa les épaules. Assis à côté de lui, leurs genoux et leurs cuisses se touchant, celui-ci arborait un sourire idiot et ses yeux soûls étaient tournés vers lui.

Après quelques chamailleries sur qui devait commencer à poser les questions, un élève de dernière année le fixa :

- Je commence. Alors, action ou vérité ?
- Vérité, hoqueta Bill.

Quelques sifflets persifleurs se firent entendre puis quelques 'chuts' pour entendre la question que son interrogateur allait poser. Après le chuchotement d'une amie à son oreille, le garçon eut un sourire en coin.

- Est-ce que la rumeur disant que tu sors avec Andréas est vraie ?

Intérieurement soulagé, Bill leva son verre mis de côté et en but une gorgée, puis il sourit de même, l'air plus assuré par l'alcool.

- Non. On ne sort pas ensemble.

Quelques regards déçus se tournèrent vers Andréas qui observait le jeu à quelques pas de là, assis sur un canapé où il buvait également un verre, en espérant que le jeune homme contredirait son ami. Mais cela n'arriva pas, Andi se contentant de fixer le sourire pompette de Bill.

- Ok, soupira le premier interrogateur. C'est à toi de tourner la bouteille puis de poser les questions.

Bill s'exécuta, sa tête tournant plus que jamais alors que ses yeux suivaient la bouteille. Celle-ci s'arrêta sur Chantelle qui gloussa. Ses deux amies à ses côtés firent de même, l'image de poules s'imposant à l'esprit de Bill, et celui-ci se retint de grogner.

- Action ou vérité ?
- Vérité.
- Combien de râteaux t'es-tu pris ce soir ? demanda-t-il en haussant un sourcil.

Le public s'esclaffa légèrement, incrédule, et tous regardèrent Chantelle avec attention. C'était l'une des filles les plus populaires qui malgré ses faux airs de sainte-nitouche collectionnait les mecs. Peu lui disaient non.

Néanmoins ce soir, quand après avoir nettoyé son haut elle était revenue à l'attaque vers Tom, l'attirant dans un coin de la pièce pour lui demander de sortir avec elle, le blond aux dreadlocks l'avait gentiment envoyée balader en lui disant à sa grande surprise qu'il avait quelqu'un d'autre.

- Aucun, tiqua Chantelle.
- Ce n'est pas ce que j'ai entendu dire, répliqua doucement Bill, attisant l'intérêt de l'auditoire.

La jeune fille rougit alors qu'on la pressait de répondre, et Tom baissa la tête pour ne pas rencontrer son regard, retenant à peine un rictus moqueur. Chantelle s'impatienta et lança avec force la bouteille :

- À mon tour.

La bouteille fit de nombreux tours jusqu'à s'arrêter sur Tom et quelques chuchotements excités se firent entendre dans l'assistance, plusieurs personnes ayant remarqué comment la jeune fille était restée collée au blond pendant la soirée. Vu l'allusion de son jumeau, il n'était pas compliqué de faire le lien entre les deux jeunes gens.

Chantelle croisa les bras et en face d'elle, Tom redressa son dos.

- Action ou vérité ?
- Vérité.
- Comment elle s'appelle ta copine ? Si elle existe vraiment...
- Elle existe bel et bien et elle n'a pas du tout apprécié de te voir me coller toute la soirée, répliqua moqueusement Tom.

Ses yeux ivres dansaient et l'assemblée tournoyante rit avec lui tandis qu'à côté de lui Bill sirotait son verre, regardant de haut la jeune fille qui avait osé toucher son Tomi. Elle n'avait que ce qu'elle méritait !

Le regard noir de Chantelle rencontra le sien un instant avant de se recentrer sur Tom, l'air faussement surprise.

- Elle est restée super discrète ta 'copine' si elle est vraiment parmi nous. Alors, tu ne nous as toujours pas dit qui c'est, on attend.
- Et vous allez attendre longtemps. Je change pour 'action'.

L'assemblée grogna mais Tom resta sourd à leurs protestations. Pincée, Chantelle regarda à nouveau Bill qui souriait en coin, ses yeux profondément maquillés de noir plissés par l'ivresse semblant la narguer.

- Ok, sourit-elle finalement. Tu dois embrasser ton frère, disons, pendant dix secondes.

Tout le monde se tut, ne laissant que la musique remplir le silence, et la fixa.

Pensant mettre en rage la copine invisible de Tom et, par deux pierres un coup, embarrasser le gay de service – Bill – qui avait osé tacher son plus joli haut, elle sourit faussement et pencha la tête sur le côté, regardant les jumeaux qui la dévisageaient avec des yeux aussi grands que des soucoupes, dessoulant légèrement à ce gage.

Quelques grimaces et bruits de dégoûts parcoururent l'assistance tandis que d'autres gloussèrent de gêne. Ne pouvant en croire ses oreilles, Andréas se rapprocha de Jan et des autres membres du groupe qui regardaient également la scène. Gustav et Georg firent de même, le bassiste murmurant quelque chose à l'oreille du batteur qui fit froncer les sourcils de celui-ci.

- Pardon ? murmura Bill d'une toute petite voix.

Une partie de l'assemblée poussait des cris moqueurs censés les encourager, tandis que l'autre attendait sans savoir trop quoi penser qu'ils se décident.

- Si ça ne pose pas de problème à Bill, j'accepte, clama Tom.

Quelques sifflets railleurs se firent entendre et les regards se concentrèrent sur le brun.

Retrouvant ses moyens après quelques secondes, Bill jeta quelques coups d'½il effarés sur les visages qui le fixaient à présent puis il se tourna vers Tom, le c½ur battant. Le blond le regardait également, attendant calmement sa réponse, et Bill réalisa qu'il était sérieux. Il était prêt à l'embrasser devant une bonne partie de leur lycée.

Chantelle leva les yeux au ciel.

- Il est gay, bien sûr que ça ne lui pose pas de problème.
- Ça ne change rien au fait qu'il est son jumeau, il ne peut pas faire ça, commenta quelqu'un.
- C'est ce qui serait hot pourtant ! s'exclama une fille.
- Mais ça serait complètement dégueu ! C'est de l'inceste ! protesta un autre.
- Il ne s'agit que d'un petit baiser, décoincez-vous les mecs ! s'écria une autre.

Quelques garçons grimacèrent, les traitant de malades, et quelques filles se moquèrent d'eux. Bill rougit à leurs commentaires. Après ce qui s'était passé au lycée, il avait abandonné l'idée de cacher qu'il était homosexuel – cela n'avait rien changé à la vision que les gens avaient de lui de toute façon –, néanmoins, la situation était différente pour Tom et il ne voulait pas l'embarrasser.

- Bill ?

Ledit Bill releva la tête en sentant que Tom cherchait son regard, l'air calme, et le c½ur du brun manqua un battement.

Tom n'envisageait pas sérieusement d'embrasser son propre frère devant ses amis, si ?

Bill ouvrit la bouche, prêt à protester, quand il se ravisa. À vrai dire, c'était peut-être fou, mais il en avait secrètement envie.

Le brun haussa alors légèrement les épaules, lui montrant silencieusement qu'il n'était pas contre, et sous les yeux médusés de tous, Tom posa une main derrière Bill et une autre sur son genou, se rapprochant jusqu'à ce que leurs épaules se touchent. Il commençait à se pencher sur lui, le c½ur de Bill s'accélérant nerveusement en sentant les yeux de tous rivés sur eux, quand Chantelle rajouta subitement, espérant qu'ils fassent marche-arrière :

- J'ai oublié de préciser... avec la langue bien sûr !

Elle déglutit ostensiblement, les fixant avec un air de défi, et tout le monde retint son souffle quand Tom s'arrêta à mi-chemin. Un sourire provocateur apparut sur ses lèvres et après avoir regardé une dernière fois Chantelle puis l'expression anxieuse de son frère qui ne savait quoi faire au milieu de cette situation, le blond glissa un doigt sous le collier ras-de-cou que portait le brun pour l'attirer plus près et happa sans hésiter sa bouche de ses lèvres entrouvertes.

Il ne lui fallut que quelques secondes pour faire oublier à Bill la présence de leurs spectateurs choqués, le brun fermant ses yeux dansants alors que leur baiser s'approfondissait sensuellement, se goûtant lentement et goulûment.

Chantelle pâlit, ne l'ayant visiblement pas pensé capable de le faire, et quelques cris aigus et plusieurs gros rires mi-embarrassés mi-dégoûtés pour la forme se firent entendre, et tous commencèrent à compter jusqu'à dix, éternisant chaque chiffre en allongeant indéfiniment leur son.

Posant sa main derrière Tom, Bill se pencha plus à son aise, se retenant à peine de gémir alors que leurs langues se caressaient. Malgré leur 'public' littéralement pendus à leurs lèvres, leur baiser ivre était doux et tendre, comme si la scène se déroulait au ralenti.

Ils entendirent à peine quand le nombre dix fut prononcé et ce ne fut que lorsque les rires, sifflements et applaudissements éclatèrent que leurs bouches rougies se séparèrent, leurs têtes dodelinant légèrement sous l'alcool.

Se rendant enfin compte de ce qu'ils avaient osé faire devant leurs amis et nombre d'inconnus, Bill baissa les yeux en sentant les regards ébahis toujours posés sur eux.

Son ventre se tordait sous l'angoisse mais aussi l'excitation et il se tortilla en rougissant, mal à l'aise en sentant la chaleur qui s'était emparée de lui à ce baiser. Il tira nerveusement sur son jeans. Ce n'était vraiment pas le moment.

Quant à Tom, celui-ci souriait en coin en regardant à nouveau Chantelle, et piquée, celle-ci détourna le regard, ses amies lui parlant tout bas avec des mines dégoûtées, lui disant certainement qu'un gars aussi bizarre que Tom, capable de rouler une pelle à son propre frère, ne pouvait pas être fait pour elle.

Un vacarme soudain de l'autre côté de la pièce détourna subitement l'attention de tous. Un jeune garçon complètement bourré était tombé, se cognant la tête contre une table et renversant plusieurs verres et bouteilles qui avaient éclaté en mille morceaux.

Poussant des cris, tout le monde se précipita à ses côtés, oubliant totalement le jeu en cours, et les voix s'affolèrent, parvenant même à surpasser le bruit de la musique qui battait toujours son plein.

Bill souffla de soulagement et s'appuyant d'une main sur l'épaule de son jumeau, il essaya de se relever. Ses jambes flageolantes le firent cependant vaciller dangereusement et Tom attrapa son poignet. Il leva les yeux vers lui.

- Où tu vas ?
- Aux toilettes. Je crois que j'ai bu beaucoup trop de bières.
- Attends, je t'accompagne. T'arrive à peine à tenir debout.

Il se releva en tanguant et agrippa brièvement son bras, plus pour se stabiliser que pour aider Bill, et ce dernier sourit, taquin :

- L'hôpital qui se fout de la charité.
- La ferme, grogna le blond.
- Ou sinon quoi ? gloussa Bill.

Tom se pencha vers lui, et le c½ur de Bill fit un bond dans sa poitrine en sentant ses lèvres chatouiller le lobe de son oreille.

- Un mot de plus et je te fais taire encore dix secondes de plus, susurra Tom tout bas.

Bill gloussa nerveusement à sa suggestion, son bas-ventre se réchauffant encore plus dangereusement, et lui lançant un énorme sourire, il attrapa le poignet de Tom pour l'entraîner avec lui à l'étage où se trouvaient les secondes toilettes, celles du rez-de-chaussée étant envahies par les personnes qui s'occupaient du jeune homme bourré toujours dans les vapes.

Remarquant néanmoins leur fuite groupée, Daniel les interpella avec humour :

- Hé, pas de bêtises vous deux ! On vous a à l'½il maintenant !

Ses joues rougies, Bill gloussa nerveusement, et sourire en coin, Tom fit un bras d'honneur à leur ami, puis la démarche branlante, les deux jeunes hommes disparurent de la vue de tous dans l'escalier.

Aucun d'eux n'avait remarqué le regard vide et sans éclat d'Andréas. Celui-ci n'avait pas bougé d'un millimètre, son sang bouillonnant depuis qu'il avait vu les jumeaux s'embrasser, suivant le moindre de leurs faits et gestes, tous leurs petits regards et sourires qui le rendaient fou de jalousie.

Et alors que tout le monde était rassemblé autour du malheureux garçon bourré qui s'était évanoui pour s'occuper de lui, Andréas serrait les poings et après quelques secondes, décidait de suivre discrètement les deux fuyards.

Il voulait comprendre et il comprendrait, coûte que coûte.

À suivre...

***

Et au prochain chapitre, patatras!!! 8D
lol
Enfin, vous verrez., ça risque d'être chaud bouillant... ;)

Bisous!!!

# Posté le vendredi 31 juillet 2009 19:29

Modifié le jeudi 24 septembre 2009 17:00

Tu ne peux pas comprendre (14/?)

Tu ne peux pas comprendre (14/?)
Hiiiiiiiii! Je suis impardonnable! ç_ç
Le chapitre n'était pas censé se terminer là, mais je n'ai pas eu le temps d'en écrire plus. ^^;;;
Je vous laisse néanmoins cette scène, même si c'est tout petit, c'est mieux que rien! ^^;;;

Merci à Winry pour sa correction! ^^

***

Titubant et gloussant légèrement, les jumeaux étaient à peine arrivés au premier étage que Bill tirait avec insistance sur le poignet de Tom pour l'attirer le plus vite possible dans la chambre des parents de Jan – à laquelle une petite salle de bains était adjointe – et pouvoir ainsi refermer à clé la porte derrière eux.

Surpris de se retrouver immédiatement plaqué contre le torse de son frère, un bras entourant avec possessivité son cou et l'autre sa taille, Tom manqua de tomber, déséquilibré par sa vue trouble. Une fois relativement stabilisé sur ses pieds, il étouffa un rire en entendant Bill soupirer profondément, son petit frère s'accrochant à lui pendant de longues secondes sans bouger, telle une ancre jetée à la mer pour lutter contre ses remous qui les faisaient tanguer dangereusement.

- Bill, je croyais que tu voulais aller aux toilettes, au cas où tu serais trop bourré pour t'en rappeler, gloussa-t-il contre son épaule au bout d'un moment.
- Je ne l'ai pas oublié, mais je ne suis pas vraiment venu ici pour ça en fait, grogna sensuellement le brun en tournant la tête jusqu'à ce que leurs nez se touchent.
- Ah bon ? fit mine de s'étonner Tom. Pour quoi faire alors ?
- J'avais besoin d'un peu plus d'intimité, souffla Bill, pour faire ça.

Glissant une main sur sa mâchoire, sa bouche chercha avec impatience la sienne, et quand Tom se mit à répondre, Bill passa paresseusement son autre bras autour du cou du jeune homme, leur baiser s'alanguissant. Poussant un petit soupir content, il ne tarda pas à frotter son bassin contre celui du blond, et sentant une bosse déjà bien proéminente contre son bas-ventre, Tom eut un sourire en coin contre leurs lèvres jointes. Il recula légèrement.

- On aurait pu continuer à faire le show pourtant, je crois que ça les a excités. Et il n'y a pas qu'eux on dirait, taquina-t-il.

Il glissa une main jusqu'à agripper doucement mais fermement l'entrejambe de son petit frère et celui-ci étouffa un couinement choqué, rougissant. Tom colla ses lèvres aux siennes pour souffler.

- Tout ça à cause d'un petit baiser en public ? le titilla-t-il d'une voix ivre excessivement aiguë.

Bill humpffa, une petite moue se dessinant sur ses lèvres alors que Tom gloussait, et le blond réattaqua ses lèvres pour se faire pardonner. Au bout de quelques secondes, le joli brun se laissa amadouer et gémit même de manière appréciative lorsque les mains de son frère vinrent capturer ses fesses.

Ses yeux fermés et la tête légère sous l'alcool, Bill soupira doucement de contentement dans leur baiser en sentant les mains de son jumeau s'impatienter et se balader en de longues caresses le long de ses hanches et de sa fine taille. Inconsciemment, les deux jeunes hommes titubaient à travers la pièce, le brun reculant à l'aveuglette alors que le blond l'embrassait de plus en plus ardemment.

Leurs langues glissaient lentement, leurs lèvres mouillées se goûtant en prenant tout leur temps, mais leurs jambes faiblissaient, tanguant dangereusement, et quand les genoux de Bill heurtèrent le lit, le jeune homme poussa un petit cri entre leurs bouches et tomba en arrière, s'écrasant sur le matelas et entraînant son frère avec lui.

Leurs dents s'étaient entrechoquées dans leur chute, et ils grimacèrent. Tom se redressa légèrement, réalisant ce qu'ils faisaient. La maison de leur ami n'était sûrement pas le meilleur endroit pour ça.

- Désolé, murmura Tom. On devrait redescendre et...
- Non, souffla immédiatement Bill.

Il tira sur la manche de son frère, et secouant la tête, se lécha les lèvres puis les pinça, fixant Tom avec des yeux intensément noirs qui firent frissonner celui-ci.

Lentement, alors que leurs yeux étaient plongés dans le regard de l'autre dans la pénombre, la main chaude de Bill alla chercher celle de Tom. Il la prit délicatement puis la posa et l'appuya sur son torse, et tout aussi lentement, il la fit glisser sur le tee-shirt, laissant Tom deviner les formes qui se trouvait en dessous en les caressant, jusqu'à atteindre sa ceinture puis la matière plus rugueuse de son jeans.

- Continue, l'encouragea Bill en un murmure.

Il guida encore plus bas la main de Tom, et les doigts de celui-ci se refermèrent sur la forme bosselée qui déformait toujours son pantalon. Fermant les yeux face à ce dilemme, Tom grogna de plaisir. Bill était sous lui, le suppliant presque qu'il le touche. Comment pouvait-il refuser ?

- Tu veux toujours redescendre ? entendit-il.

Tom rouvrit les yeux en entendant un gloussement ivre et ses yeux rencontrèrent le regard amusé de Bill.

- Tais-toi, grogna Tom.

Bill rit encore, et soupirant intérieurement de sa faiblesse mais sourire en coin, Tom s'allongea à moitié sur lui, ses lèvres venant embrasser la mâchoire de Bill, et il se mit à caresser le petit paquet qui lui était offert. Bill couina doucement, ses yeux se fermant, et Tom captura sans hésitation sa bouche entrouverte, le faisant taire pour de bon.

Le baiser s'enflamma vite, les deux jeunes hommes se serrant à s'en étouffer alors que leurs mains s'agrippaient désespérément à l'autre. Ils retenaient leurs gémissements, ne laissant échapper que de tendres soupirs de temps à autre qui venaient rompre le silence sur fond léger de musique entraînante dont le son de la basse se propageait tel un marteau à travers les murs, martelant presque aussi vite que leurs c½urs.

Ils s'embrassaient et se caressaient encore, enlacés, lorsqu'ils se figèrent. Des voix proches s'étaient soudainement élevées, comme si des personnes se tenaient près de l'escalier, et ils se tendirent, tournant la tête vers le bruit.

Ils attendirent quelques secondes, aussi immobiles que des statues, fixant le bas de la porte où un mince filet de lumière régulier parvenait à s'infiltrer, puis les voix s'éloignèrent de nouveau. Ils soufflèrent, Bill glissant ses bras autour du cou de Tom tandis que celui-ci agrippait ses hanches et soufflait de soulagement dans son cou.

Respirant l'odeur suave de son frère et caressant ses dreadlocks, Bill murmura tout bas à son oreille, un petit sourire illuminé se dessinant sur ses lèvres :

- Je n'arrive pas à croire que tu m'aies embrassé devant tout le monde.
- Ça leur a plu je pense, répondit tout aussi bas Tom.

Le souffle rieur de Bill chatouilla son oreille et le bout de sa langue vint en lécher le lobe. Tom frissonna. Il n'avait aucune envie de bouger.

- Bill...
- Hm ?

Soupirant, Tom se redressa enfin, s'asseyant à côté de lui.

- On doit redescendre.

Bill se mordit les lèvres.

- Ok, sauf que j'ai un léger souci.
- Lequel ? s'étonna Tom.

Le brun leva les yeux au ciel.

- À ton avis, gros bêta ?

Tom cilla puis baissa les yeux, fixant la bosse qui paraissait encore plus proéminente que précédemment. Il s'esclaffa. Comme lui, il bandait toujours. Sauf que dans son cas, Bill ne pouvait le cacher sous d'amples vêtements.

- Voilà ce qui arrive quand on porte des habits aussi moulants que ceux d'une fille.

Bill fronça les sourcils, lui lançant un regard noir et lui donnant une petite tape sur le bras. Tom sourit en coin et son frère siffla entre ses dents :

- C'est pas drôle. C'est à cause de toi que j'en suis là... Qu'est-ce que je fais moi maintenant ?

Tom battit des cils.

- Va dans la salle de bains et pense à moi.

Humpffant, Bill lui asséna un second coup de poing plus vigoureux au même endroit, Tom poussant un petit 'aïe' plaintif, puis le brun croisa les bras et tourna la tête.

- Goujat, bouda-t-il en rougissant.

Massant son bras martyrisé, Tom gloussa. Bill ne le regarda pas pour autant, l'ignorant royalement, et Tom soupira, observant pensivement pendant un moment son frère allongé, ses cheveux semblant éparpillés sur le doux tissu du couvre-lit.

Un souvenir rêveur traversa soudain son esprit et penchant sa tête sur le côté, il laissa sa main glisser sur la taille de Bill, la malaxant un instant avant d'effleurer sa ceinture du bout de ses doigts. Il hésita, puis ses doigts s'accrochèrent à sa boucle, commençant à la défaire tout en ignorant la bosse située juste en-dessous.

Quand il le sentit, le brun tourna subitement la tête vers lui.

- Qu'est-ce que tu fais ?

La ceinture céda, et en deux trois mouvements lents, Tom baissa le jeans de son petit frère sans grande résistance toutefois de la part de ce dernier. Bill le regardait néanmoins avec étonnement, et quand il passa une main inquisitrice sur son boxer qui laissait deviner son membre dur et gonflé, le brun se redressa sur ses coudes, intéressé mais rougissant d'être si ouvertement exposé quand son frère baissa finalement doucement son boxer de sa main libre, le bout de ses doigts glissant de manière chatouilleuse sur son aine.

Coupant le souffle de Bill, Tom prit sans attendre son membre gonflé en main, et le brun crut défaillir quand le jeune homme leva les yeux vers lui, un léger sourire en coin.

- Ces rêves m'ont donné envie d'essayer quelque chose...

Bill l'observa d'un air interrogateur, mais Tom ne développa pas. Ses yeux à nouveau rivés sur son sexe fièrement tendu, il avait commencé de légers va-et-vient de ses doigts, et Bill agrippa l'épaule de son frère à l'excitante sensation, y enfonçant ses ongles.

Il se mordit les lèvres. Sa tête tournait encore, mais il n'était plus très sûr que l'alcool en soit cette fois-ci la cause. C'était vraiment trop bon même s'il n'était pas très sage de faire ce genre de choses dans la chambre des parents de leur ami.

Ignorant néanmoins royalement la petite voix de sa bonne conscience, il se mordit un peu plus les lèvres quand le blond accéléra ses mouvements et manqua de crier de désarroi quand son jumeau les arrêta soudainement à la base de son membre tendu.

Néanmoins, cela ne dura pas, et Bill hoqueta quand Tom baissa la tête pour donner un coup de langue expérimental sur son gland. Il gémit au second coup, ses yeux ronds comme des soucoupes en réalisant ce qu'ils étaient en train de faire.

Encouragé par ses réactions, Tom le prit dans sa bouche, suçant le bout de son sexe telle une sucette à la fraise, faisant rouler sa langue autour. Ses joues en feu, Bill ondula malgré lui ses hanches, un peu gêné par leur position, et quand les lèvres de Tom glissèrent sur son membre, le prenant plus profondément comme pour le tenir tranquille, la main tremblante de Bill vint s'agripper aux dreadlocks de son frère.

Tom ne tarda pas à l'aspirer, entamant d'exquisément lents va-et-vient, et le brun pencha sa tête en arrière, ses yeux fermés et sa bouche ouverte dans un 'O' silencieux tandis que ses doigts s'enfonçaient un peu plus dans la chevelure de son jumeau.

Son corps était en feu, sa peau brûlante mais frissonnante sous ses vêtements et le dos arqué de Bill ne tarda pas à céder sous l'émotion, retombant sourdement sur le lit quand Tom glissa sa main libre sous son haut pour la poser sur son ventre. La musique était toujours aussi forte, semblant transpercer les murs, et Bill n'était plus capable de penser ou de parler, son corps submergé par des vagues de plaisir dues aux va-et-vient plus ou moins réguliers de la bouche de Tom qui l'engouffrait goulûment.

Il resta un moment immobile, se laissant porter par les délicieuses sensations qu'il ressentait, puis se forçant à ouvrir les yeux, il pencha sa tête devenue extrêmement légère sur le côté, sa joue s'écrasant contre le lit dans un angle presque inconfortable, il jeta un coup d'½il ivre vers Tom avait ses paupières closes, appliqué à sa tâche. Le brun se mordit les lèvres.

La vue était décidément érotique.

Caressant les cheveux du blond, il observa encore un moment ses lèvres s'activer autour de son membre, sentant l'orgasme monter en lui peu à peu, et quand Tom s'arrêta un instant à mi-chemin pour le titiller de petits suçotements et lèchements, Bill ferma les yeux et jouit silencieusement, se tendant de manière saccadée et tremblant à peine en sentant Tom avaler le sperme arrivant par petits jets au fond de sa gorge.

Quelques secondes plus tard, Bill se détendait à nouveau, tête en arrière et cheveux étalés sur le lit, remarquant à peine que Tom remontait son boxer et son pantalon.

Quand Bill rouvrit les yeux, Tom était au-dessus de lui, un sourire satisfait et taquin en coin. Il l'observait attentivement, avec une tendresse presque indécente, et le brun rougit à leur audace alors que leurs amis étaient à quelques mètres de là.

- Mieux ? souffla Tom.

Bill acquiesça silencieusement, le dévorant des yeux, et il glissa ses bras autour du cou de Tom en gloussant, l'attirant plus près. Il fit mine de grimacer.

- J'arrive pas à croire que tu aies avalé, berk !

Tom lui tira la langue et Bill poussa un petit cri dégoûté, faisant mine d'essayer d'éviter sa bouche quand le blond essaya de l'embrasser. Il y parvint néanmoins et Bill accueillit sa langue avec enthousiasme dans sa bouche, la goûtant avec curiosité.

C'était à la fois doux et érotique, et quand Tom grogna d'une voix rauque à la sensualité du baiser, Bill éclata de rire contre sa bouche avant de l'embrasser. Quand il recula, ses yeux étaient pétillants et Tom sourit légèrement.

- Il y a d'autres choses que j'ai vues en rêve que j'aimerais qu'on fasse.

Ses pupilles étaient noires de désir, et Bill frissonna avant de laisser échapper un petit rire gêné, rougissant quand Tom déposa plusieurs baisers sensuels sur son menton et sa mâchoire. Il agrippa néanmoins le sweat de Tom à la taille, le tordant avec possessivité.

- Quand ?
- Bientôt, souffla Tom d'un ton prometteur en se penchant à son oreille. Si tu en as envie, bien sûr...

Il y déposa un baiser mouillé, sa langue jouant avec les méandres de son pavillon, et Bill ferma les yeux sans répondre.

Des cris ivres et enjoués se firent soudainement entendre, plus forts que la musique, et ils sursautèrent, se séparant légèrement.

- On devrait redescendre, murmura Bill. Ils vont finir par trouver ça bizarre.

Ils commençaient à dessouler, et le brun se sentait tout d'un coup moins audacieux. Tom acquiesça et après lui avoir donné un dernier bisou, il se leva, le lâchant complètement. Il se dirigea vers la salle de bains, lui lançant un petit sourire par-dessus son épaule.

- Je vais pisser. Tu m'attends en bas ?

Ses yeux fixés sur le pantalon de son frère, Bill leva un sourcil en le voyant disparaître dans la salle de bains. Il devrait sûrement s'occuper de quelque chose avant de pouvoir pisser.

Étouffant un rire, il se remit sur ses pieds, légèrement chancelant, puis s'épousseta, remettant ses vêtements et ses cheveux en parfait ordre. Il se pinça les lèvres en tombant sur son reflet dans un miroir accroché au mur, se demandant si on pouvait deviner ce qu'il venait de faire seulement en le regardant . Il rougit, décidant que non, et après avoir vérifié une dernière fois son apparence sous toutes les coutures, il tourna la clé de la porte et jeta un coup d'½il prudent dans le couloir désert.

Rassuré, il ouvrit complètement la porte et commença à se diriger vers les escaliers quand une voix basse l'arrêta net, son ton lui donnant des frissons dans le dos.

- Je peux savoir ce que vous faisiez là-dedans depuis tout ce temps ?

À suivre...

***

Un cliffhanger? Non, je vois pas, où ça? *regard innocent*

x)

# Posté le samedi 22 août 2009 15:18

Modifié le dimanche 01 novembre 2009 17:09

Tu ne peux pas comprendre (15/?)

Tu ne peux pas comprendre (15/?)
Encore un petit chapitre, désolée... >.<
On approche de la fin. ;)

Bon anniversaire (un peu en avance) à Winry! :)

***

- Je peux savoir ce que vous faisiez là-dedans depuis tout ce temps ?

Bill se tourna et se figea, tendu. Ses pupilles dilatées scrutèrent quelques secondes le couloir obscur avant de discerner le jeune homme assis par terre, dos au mur.

Tenant son verre du bout des doigts, avant-bras posé sur l'un de ses genoux, Andréas le fixait d'un regard rendu noir par l'alcool et un je-ne-sais-quoi qui le fit frissonner à nouveau. Mal à l'aise, tel pris en flagrant délit, Bill bégaya :

- Andi ? Qu'est-ce que tu fais là ?

Ce dernier abandonna son gobelet vide sur la moquette, se relevant en tanguant dangereusement, puis appuyant son épaule contre le mur pour se stabiliser, il croisa les bras. Sa voix était étrangement soûle et calme à la fois.

- À ton avis ?

Il s'avança vers lui, titubant légèrement. Bill recula automatiquement, et quand il fut acculé contre le mur, Andréas posa son avant-bras sur celui-ci, se penchant vers lui. Son haleine alcoolisée effleura les lèvres de Bill.

- Je vous espionne, souffla encore le blond platine d'un ton mystérieux.

Gêné par leur proximité et perturbé par ses paroles au goût acide, Bill détourna son visage, sa tête écrasée contre le mur. Il était piégé, Andréas l'oppressant sans même le toucher, et il étouffa un rire embarrassé tout en évitant le regard d'Andréas, craignant de se trahir.

- Andi, tu as trop bu.

Andréas l'ignora. Appuyant son front sur le mur, il s'approcha encore, se collant carrément au brun, et il articula avec difficulté à son oreille, son ton pressant et inquisiteur.

- Où est Tom, hein ? Qu'est-ce que vous fabriquiez là-dedans ?
- Andi, recule. Tu m'étouffes là !

Posant ses mains sur son torse, Bill essaya de le repousser mais Andi tangua à peine avant se recoller de plus belle à lui.

- Ne pense pas t'en sortir comme ça. Tu crois vraiment que je suis stupide à ce point ? s'énerva-t-il.
- De quoi tu parles ?
- Tu le sais très bien. J'ai compris ce que vous faites.

Arrêtant de se débattre, Bill se figea, son sang se glaçant dans ses veines. Mais quand Andréas lécha son cou, il tenta à nouveau de le repousser vigoureusement avec un certain succès.

- Qu'est-ce que tu fiches ? siffla-t-il.

Le blond platine ne dit rien pendant quelques secondes, puis Bill eut le souffle littéralement coupé quand Andréas l'écrasa pratiquement contre le mur, recouvrant son corps du sien. Le brun déglutit lourdement à la chaleur désagréablement moite qui l'envahit. Il se rendait compte qu'il n'avait jamais réellement aimé l'odeur du jeune homme.

Caressant sa hanche, Andréas chuchota un long 'chut' comme il l'aurait fait pour un petit animal effrayé, et Bill se rendit compte que la comparaison n'était pas si éloignée que ça de la réalité.

S'il n'avait pas craint de rameuter tous les invités, il aurait hurlé pour qu'Andréas le lâche. C'était absurde pourtant, car son ami ne lui ferait jamais de mal, et Tom n'allait pas tarder à sortir de la salle de bains, non ? Il se tortilla pour tenter de se défaire de son emprise.

- Andi...
- Si tu resors avec moi je ne révèlerai pas votre sale petit secret aux autres, le coupa-t-il d'une voix basse.
- ... quoi ?

Bill se tendit, et Andréas en profita pour mordre le lobe de son oreille. Son ton fut amer.

- Eh oui, je sais ce que vous cachez, ton frère et toi.

Le sang de Bill se glaça, et quand Andréas le plaqua à nouveau avec force contre le mur, l'oppressant de plus en plus, il crut avoir la nausée. Le ton de la voix d'Andréas à son oreille se durcit, hargneuse.

- Tu roules une pelle à ton frère devant tout le lycée et tu croyais que je n'allais pas finir par comprendre que tu laisses ton frère te tripoter peut-être ? articula-t-il mâchoires serrées.
- Tu délires complètement, murmura Bill en tremblant.

Ses jambes étaient flageolantes. Il jeta un coup d'½il angoissé vers l'escalier. N'importe qui pouvait arriver et les entendre.

- Ah oui ? Vraiment ? Tu agis comme une meuf jalouse dès qu'une fille s'approche trop près de Tom et c'est moi qui délire ?

Livide, Bill se ratatina nerveusement sur place.

- Je ne..., essaya-t-il de contester en bégayant.
- Tu sais que j'ai raison. Tu crevais de jalousie, cracha Andréas.
- Tu ne peux pas comprendre, Tom est mon frère et je...

Andréas délaissa soudainement son oreille pour le regarder dans les yeux, son haleine alcoolisé se mêlant à la sienne. Sa voix remplie de dégoût transperça le brun, le tétanisant sur place.

- Ne me prends pas pour un imbécile. Je comprends très bien au contraire. Je comprends enfin pourquoi tu as cassé avec moi, ragea-t-il. Je sais ce que vous avez fait là-dedans. Et au cas où tu ne le saurais pas, on appelle ça de l'inceste, Bill.

Le brun se figea, tremblant de plus belle. Andréas devait bluffer, n'est-ce pas ? Il ne pouvait pas avoir réellement compris, si ? Il tenta de se ressaisir. Malgré le fait que son c½ur affolé battait à tout rompre, il parla calmement mais avec force :

- Andi, tu es complètement soûl, tu ne sais pas ce que tu racontes. Et pour ton information, je ne sortirai plus jamais avec toi.

Il essaya de se soustraire une nouvelle fois, sans succès alors qu'Andréas agrippait sa taille, ses doigts s'enfonçant sans ménagement dans sa chair. Son regard cherchait à le transpercer, mais cela faisait déjà plusieurs minutes que Bill le fuyait, cherchant une échappatoire.

Frustré, Andréas le décolla du mur pour mieux l'y repousser, s'attirant un petit cri aigu de douleur de la part du brun alors que sa tête venait de cogner contre le dur matériau.

- C'est faux. Tu m'aimes, décréta Andi.
- Non, je te l'ai dit, il y a quelqu'un d'autre. Andi, lâche-moi, s'il te plaît.
- Qui ? Ton frère ? Tu l'avoues donc !
- Tu délires, bégaya Bill d'une voix tremblotante.
- À d'autres Bill. Qu'est-ce que vous faisiez là-dedans alors, hein ?

Ses yeux picotaient du coup qu'il avait reçu, Bill tenta de poser sa main sur la zone endolorie, mais Andréas arrêta son geste. Le brun le supplia, commençant vraiment à avoir peur.

- Andi, lâche-moi.
- Pas avant que tu me l'aies dit.
- Arrête.
- Ou tu peux me le montrer peut-être, hein ? Ça t'évitera de me mentir. Où est-ce qu'il t'a touché ? peut-être ?

Sans préambule, sa main quitta sa taille pour venir agripper les bourses du brun à travers son pantalon, les malaxant avec force, et Bill cria de douleur, cherchant en vain à lui donner un coup de genou.

- Andi, arrête.
- C'est pour ça que tu m'as quitté ?

Andréas le frotta plutôt brutalement quelques fois encore avant d'essayer d'infiltrer sa main dans son pantalon, ignorant les supplications de Bill qui lui disaient d'arrêter quand quelqu'un agrippa subitement l'épaule d'Andréas, le tirant en arrière et l'envoyant valdinguer à deux mètres de là.

- Qu'est-ce que tu fous, Andréas ? siffla Georg, s'interposant entre eux. T'es malade !

Georg semblait sorti de nulle part et hagard, Andréas mit quelques secondes avant de comprendre ce qui venait de se passer, chancelant sur place. Néanmoins, à la grande surprise du bassiste, après quelques secondes de silence Andréas éclata d'un rire lugubre comme si de rien n'était.

- Son frère le baise, et c'est moi qui suis malade ? finit-il par dire, incrédule.

Georg se contenta de le fixer, son visage impassible, mais Bill se figea, mortifié. Il ne réagit qu'au moment où Andréas essaya à nouveau de s'avancer vers lui, le brun reculant avec peur.

Le bassiste arrêta le blond platine d'une main, mais ce dernier ne sembla même pas le remarquer, ses yeux rivés sur les prunelles effrayées de Bill avec une expression soûle étrangement triste et désespérée. Il vacillait sur place. Un sanglot ajouta des trémolos à sa voix.

- Donne-moi une dernière chance, Bill. Tu ne peux pas sérieusement préférer faire... ça avec Tom. Ce n'est pas de l'amour, c'est anormal. Alors que je t'aime, moi. Dis-moi que tu m'aimes aussi.

L'air toujours tétanisé, Bill secoua silencieusement la tête et il essuya inconsciemment ses yeux légèrement mouillés.

- Bill, insista Andréas en l'interpellant d'une voix déchirante.
- Hé, je crois que tu lui as fait assez de mal pour ce soir, fiche-lui la paix, l'interrompit Georg en le repoussant une nouvelle fois.

Andréas secoua la tête, continuant pendant une minute ses suppliques, ressassant son amour vertueux comparé au comportement incestueux des jumeaux sous le regard effaré de Bill qui n'osait pas tourner la tête pour voir la réaction de Georg.

Le blond platine ne pouvait plus retenir ses hoquets étranglés de pleurs, et ceux-ci ne tardèrent pas à se transformer en haut-le-c½ur de plus en plus forts, coupant court à son monologue, et il se pencha en avant, portant la main à sa bouche. Georg qui jusque-là avait essayé de le calmer en lui parlant écarquilla les yeux.

- Il va être malade, vite, où est la salle de bains ? demanda-t-il en jetant un coup d'½il au brun.
- Par là, répondit Bill en lui ouvrant la porte de la chambre des parents de Jan et lui en désignant une autre d'un bras timidement tendu. Au fond à droite.

Sans ajouter un mot, Georg prit Andréas par les épaules, dirigeant le jeune homme plié en deux, et ce fut au moment où ils passèrent la porte qu'ils faillirent heurter Tom, le blond reculant subitement de surprise en les voyant se précipiter à l'intérieur de la chambre.

Quand ils eurent disparu de sa vue, il se retourna vers Bill, appuyé contre l'armature de la porte, ses bras croisés d'une telle manière qu'on aurait dit qu'il voulait se recroqueviller sur lui-même.

- Eh ben, Andi est vraiment dans un sale état... Bill ? s'interrompit-il en fronçant les sourcils. Quelque chose ne va pas ?

Se frottant les bras, Bill secoua légèrement la tête, ses lèvres tremblantes et ses yeux brillants à deux doigts de le trahir.

- Ça va, je suis juste fatigué, dit-il d'une petite voix. On peut partir ? J'ai envie qu'on rentre à la maison.

Bien qu'un peu remué par les soupçons d'Andréas, il était soulagé de voir son jumeau et surtout impatient de se retrouver blotti contre lui et d'avoir ses mains sur son corps pour effacer les gestes déplacés d'Andréas.

Par la porte ouverte de la salle de bains, on pouvait entendre le blond platine vomir. Tom jeta un vague coup d'½il en direction du bruit et acquiesça.

- Je vais chercher Gustav et nos affaires en bas. On devrait ramener Andi en premier. Tu es sûr que ça va ? Tu as l'air pâle.

Il s'avança jusqu'à agripper le bras de Bill, le frottant avec douceur pour calmer ses frissons.

- Sûr, sourit faiblement Bill. Vas-y, je t'attends là.

Ses yeux semblaient cependant vouloir le retenir, et Tom hésita. Il finit néanmoins par acquiescer, mais avant de sortir de la pièce, il se pencha doucement, venant déposer une grosse bise sonore sur la joue du brun, son nez venant s'écraser contre sa peau.

Reculant enfin, Tom lui sourit, ses yeux l'enveloppant d'une tendresse réchauffante et se sentant immédiatement mieux, Bill sourit à son tour, le suivant amoureusement du regard jusqu'à ce qu'il disparaisse de sa vue... et qu'une petite toux ne le fasse sursauter et revenir sur terre. Il pivota sur lui-même.

- Je peux te parler ? demanda Georg.

Rougissant pour de bon, le brun croisa les bras tandis que Georg s'avançait vers lui, et ils allèrent dans le couloir, laissant la porte ouverte.

- Comment va Andi ? s'enquit Bill au bout de quelques secondes de silence gêné alors que Georg semblait hésiter à se lancer.
- Mieux, je pense qu'il a régurgité la plus grosse partie, répondit le bassiste en jetant un coup d'½il vers la salle de bains où l'on pouvait vaguement entendre l'eau du lavabo couler.

Bill hocha la tête, bougeant nerveusement sur place. Il n'avait pas trop envie de se retrouver confronté au jeune homme une seconde fois. Le brun se mordit la lèvre inférieure avant de lever timidement les yeux vers Georg, étudiant attentivement son visage.

- Tu sais, à propos de ce qu'il a dit, tu te doutes bien que c'est complètement faux, hein? dit-il en se tortillant, mal à l'aise. Andréas a un peu de mal à accepter qu'on ne soit plus ensemble, et je crois qu'il n'a pas vraiment aimé que Tom... enfin que je...

Une couleur pourpre s'étendant sur ses joues, Bill se gratta la tête, et Georg haussa un sourcil, semblant amusé :

- ... que tu embrasses ton frère devant lui ?

Bill rougit un peu plus, tordant ses mains. Il se mit à parler de plus en plus vite, s'embrouillant :

- Oui, enfin... ce n'était qu'un jeu, hein ? Ce n'est pas comme si je l'embrassais quand je ne suis pas devant lui, je veux dire, sauf des bises, mais à part ça, on n'a rien à cacher... non pas qu'on cache pour se faire des bises... des bises fraternelles j'entends, hein ?... et je... Enfin, ce que je veux dire...
- Rassure-toi, je vois ce que tu veux dire, l'interrompit Georg en étouffant un rire à son babillage incohérent avant de froncer les sourcils d'un air incertain. Enfin, je crois...

Bill se mordit encore les lèvres, nerveux en voyant Georg soudainement perdu dans ses pensées. Celui-ci marmotta rêveusement :

- Je n'avais jamais vu un truc aussi hot, à part en rêve.
- En rêve ? cilla Bill avec surprise.

Se rendant compte qu'il avait parlé tout haut, Georg toussota et changea de sujet, l'air préoccupé :

- Tu es sûr que ça ira avec Andréas, je veux dire... après ce qui vient de se passer ?
- Oh, oui, enfin je pense, dit-il en baissant les yeux avec embarras. Il avait seulement un peu trop bu.

Regardant le mur d'un air absent, Bill frissonna. Malgré ses dires, il n'était néanmoins pas près d'oublier l'attitude d'Andréas. Georg soupira et secouant la tête, il marqua avec insistance :

- Tu lui trouves trop d'excuses. Il t'a agressé, Bill.
- Je m'en rends compte. Mais ce n'était pas lui. Je le connais. Mon meilleur ami n'est pas comme ça, murmura-t-il doucement.
- Apparemment pour lui tu es encore plus qu'un 'meilleur ami'. Il faut vraiment que tu mettes les choses au clair avec lui, sinon il ne se calmera pas.
- Je le ferai, lui assura-t-il en le regardant à nouveau. Merci d'être intervenu en tout cas. Tu es arrivé au bon moment.
- Y a pas de quoi... J'arrive toujours pas à croire qu'il t'ait sauté dessus comme ça...

À ce moment-là, Bill remarqua une ombre derrière Georg qu'il n'avait pas vue jusque-là, et il se figea en rencontrant ses yeux noirs de furie, comprenant qu'elle avait tout entendu. Le brun se redressa alors et regarda Georg avec panique, lui faisant de gros yeux en espérant le faire taire. Inconscient de ce que tentait de lui communiquer le brun, Georg croisa les bras, ses épaules se haussant tandis qu'il secouait la tête d'un air sérieux.

- ... Franchement, c'était violent. Quand je l'ai vu te plaquer contre le mur et te toucher, j'ai vraiment cru qu'il allait te violer. Il était en plein délire.

Croisant à son tour les bras, Bill se mordit les lèvres en trépignant nerveusement sur place, ses yeux reflétant l'angoisse, et suivant son regard, Georg se retourna enfin, réalisant son erreur.

Derrière eux, suivi de Gustav, poings et mâchoires serrés, Tom avait visiblement tout entendu de leur conversation et bouillonnait de rage. Il cracha ses mots, les détachant avec des traits tendus :

- Je vais le tuer.

À suivre...

***

Hm, comment est-ce que ça va se terminer... mystère. x)
Je n'ai pas perdu de vue l'explication sur leurs rêves, ne vous inquiétez pas... Un OS en dédicace à qui la trouve! x)
Ah, et ai-je mentionné le fait que le prochain chapitre devrait être plus long >.< hot ? (et le dernier aussi avant l'épilogue ^^; )

# Posté le dimanche 11 octobre 2009 06:12

Modifié le dimanche 01 novembre 2009 17:18